Les habits neufs de l'ORW

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 19 septembre 2012, 12:34

L'Opéra royal de Wallonie ouvre sa saison dans un Théâtre royal tout à fait rénové. Jaco Van Dormael inaugure avec sa première mise en scène d'opéra. Totalement relifté, le théâtre s'offre une technique de pointe entièrement informatisée.

Les habits neufs de l'ORW

Stefano Mazzonis a retrouvé un théâtre offrant de beaucoup plus larges possibilités © Belga

Bon on peut y aller là ? Il faut qu'on teste les poissons. » Un peu inquiet, un technicien regarde l'heure tourner tandis que Jaco Van Dormael fait filmer la danseuse Fatou Traoré en ombre chinoise. Lundi soir, à une demi-heure de la générale de Stradella (seule répétition en public avant la première de ce mercredi soir), on s'agite en tous sens sur le nouveau plateau de l'Opéra de Liège. Jaco Van Dormael, lui, semble parfaitement zen : « On a répété tout ce spectacle en 50 heures. Rien à voir avec le cinéma. A l'opéra, tout se fait dans des temps beaucoup plus court. Et ici, on s'est trouvé dans des conditions incroyables. Une centaine d'ouvriers travaillaient encore partout dans la maison pendant que nous répétions : ça clouait, ça peignait, ça sciait… Et régulièrement, on devait quitter le plateau à cause des essais d'alarme incendie. C'était du sport ! »

Une sacrée expérience. Ce n'est pas tous les jours qu'on essuie les plâtres d'un opéra entièrement rénové. Nouveau plancher et nouveaux sièges (avec système d'aération individuel), moulures, dorures et peintures restaurées et rénovées, plafond du foyer entièrement reconstitué après être resté caché par une structure provisoire depuis… le milieu des années 70 : le nouvel opéra de Liège a pris un sacré coup de jeune tout en gardant son look classique.

Bien sûr, vu de l'extérieur, la grande affaire reste le bloc rectangulaire rehaussant l'avant du bâtiment. Pour y accéder, deux ascenseurs vous font la surprise de surgir soudain à l'air libre, offrant de magnifiques points de vue sur la ville. Le public en profitera peu (hormis lors d'événements spéciaux), leur destination étant la nouvelle salle de répétition.

« On teste en direct »

« Ici, on peut désormais répéter dans les conditions du plateau, annonce le directeur technique Yvan Rossius. Venez, je vous montre le grill. » Derrière une porte blanche, on débouche à plus de 20 mètres au-dessus du plateau. Enthousiaste, Yvan Rossius montre les perches (66 au total) qui ont remplacé les ponts lumineux et autres herses du passé. « Désormais, tout est informatisé. Nos machinos ont dû suivre une formation toujours en cours car c'est un énorme changement. On découvre tout ça petit à petit puisque nous ne sommes rentrés dans le bâtiment qu'après la mi-août. Dans un an, tout sera beaucoup plus facile. Pour le moment, on teste en direct et Jaco a répété dans des conditions très spéciales. »

En prime, ce dernier a imaginé une mise en scène où les chanteurs évoluent dans l'eau d'un bout à l'autre du spectacle. « Au début, il voulait 60 centimètres d'eau sur tout le plateau. Impossible pour des questions de poids. Il a donc fallu trouver des solutions avec 10 centimètres sur les bords, 30 ailleurs et 90 à un seul endroit. » Au milieu de tout cela, les chanteurs et musiciens ont petit à petit trouvé leurs marques. Non sans quelques appréhensions. « Cette nouvelle salle possède une acoustique beaucoup plus claire, plus directe, sourit Yvan Rossius. Mais il faudra être très attentif car désormais, le moindre couac s'entendra aussi beaucoup mieux. »

Stefano Mazzonis, un directeur heureux

entretien

Directeur de l'ORW, Stefano Mazzonis a dû gérer la période difficile des travaux en déplaçant l'opéra sous chapiteau. Il retrouve aujourd'hui un opéra rénové.

Comment avez-vous vécu ces trois années sous chapiteau ?

C'était une expérience extraordinaire et excitante. On a démarré un peu difficilement. Durant les trois ou quatre premiers mois, les gens se méfiaient. Et puis le bouche-à-oreille a commencé à fonctionner.

Y a-t-il eu un événement particulier ?

Boris Godounov… Vous vous rendez compte ? Ce n'est quand même pas l'opéra le plus facile et le plus populaire. Pourtant, à partir de là, ça a décollé.

Où en étiez-vous avant de vous réinstaller dans le théâtre ?

En fait, on faisait plus de monde avec le chapiteau qu'ici auparavant. Et on fera encore plus de monde ici qu'au chapiteau puisque dès à présent, les abonnements sont en augmentation de 14 %. On a un taux d'occupation de 94 % avec 30 % de jeunes. On ne peut que se réjouir.

Avec le chapiteau, vous avez attiré un nouveau public…

Absolument. C'était l'un des grands bonheurs de cette expérience. Maintenant, il faut faire en sorte que ces gens continuent à nous suivre. Cela semble bien parti au vu de l'augmentation des abonnés.

Pour vous, quel est le changement principal dans cet opéra rénové ?

L'Opéra de Liège devient une maison au top mondial, une des plus performantes techniquement inscrite dans un beau théâtre, élégant, sobre mais riche en même temps. Cela va nous permettre de faire des choses qui nous étaient impossibles auparavant. Le fait qu'Arte et la RTBF diffusent nos opéras cette année montre que quelque chose a changé. En télévision, Arte diffuse deux de nos opéras et tous les autres en web TV. L'air de rien, c'est mieux que l'Opéra de Paris.

Ces nouvelles possibilités vont-elles vous permettre d'inviter des metteurs en scène qui ne venaient pas ici auparavant ?

Les metteurs en scène s'adaptent aux lieux dans lesquels ils doivent créer. Simplement, ils auront désormais encore plus de stimuli pour venir à Liège et créer des choses comme Jaco Van Dormael.

Pourquoi lui pour cette première ?

Parce que j'étais convaincu qu'il fallait quelqu'un ne venant pas de l'opéra pour mettre en scène ce Stradella. Jaco est arrivé sans toutes les habitudes de ce domaine. Il a donc osé des choses que d'autres n'auraient même pas imaginées. Sa mise en scène est géniale et je pense qu'il est lui-même un génie. Je compte d'ailleurs le réinviter pour monter un autre opéra dans les saisons à venir.