Guy Bedos a fait ses adieux ce week-end à la Belgique

NICOLAS CROUSSE

lundi 28 novembre 2011, 11:53

Le père du one-man-show à la française faisait ses adieux à la scène, ce week-end en Belgique, au Théâtre 140 où il a toujours eu ses entrées. Dans son collimateur, Sarkozy… et Freud. Le rideau tombe, sur une standing ovation. Et sur pas mal de projets.

Guy Bedos a fait ses adieux ce week-end à la Belgique

Guy Bedos a fait chanter « Ce n’est qu’un au revoir » par le public © thomas blairon

Sacrée émotion, ce week-end au Théâtre 140 à Bruxelles comme jeudi au Théâtre national et dimanche à Seraing, pour le retour à la scène belge de Guy Bedos. Trente-six ans après ses débuts chez Jo Dekmine, qui en a fait avec le temps l'un des habitués des lieux, Bedos faisait ses adieux au one-man-show. Costume cravate noir, tignasse blanche, l'homme, précédé par un grondement de tambours, fait son entrée dans une salle chauffée à blanc. Les fans de la première heure sont là. Les amis et sympathisants aussi. Le public, survolté, lui réserve un tonnerre d'applaudissements.

Et À présent ?

Bedos a cent fois juré qu'il rendrait l'âme sur scène. Espérons qu'il se soit trompé. Quoi qu'il en soit, la tournée d'adieux au one-man-show n'en est qu'à se débuts. Il tournera jusqu'au printemps avec son ultime spectacle, Rideau ! Et après ? On peut compter sur lui pour ne pas disparaître de la vie publique avant un moment. Bedos devrait nous donner de ses nouvelles par l'écriture de livres, de chroniques. De films. Voire de pièces de théâtre… ce qui prolongerait finalement son bail sur scène. On le reverra très prochainement sur grand écran, dans Et si on vivait tous ensemble ?, de Stéphane Robelin, un film qui le ravit totalement et où il apparaît aux côtés de Jane Fonda, Pierre Richard, Géraldine Chaplin ou son copain Claude Rich : une sacrée bande qui, à l'approche de la vieillesse, décide de vivre en communauté.

Le légendaire cabot s'en amuse, et lâche en entrant : « Encore moi ! » Tantôt il entreprend un petit pas de danse, mime quelques claquettes, salue dans le geste les fantômes de Ginger, Fred, Mastroianni et Masina. Tantôt il s'avance tel un clown grabataire, et la démarche se fait alors hoquetante, saccadée, condamnée à une disparition prochaine.

La mort, la maladie : à 77 ans, Bedos les aborde plein pot, en se délectant à l'idée de jouer les malades imaginaires et de singer les vedettes « nécrologisables ». Celles, très vieilles ou très malades, que l'on retrouve inévitablement chaque année dans la séquence émotion des César ou des Molière. En général, on reconnaît les mourants au tonnerre d'applaudissements qui les accompagne. Bedos, narcisse mais pas dupe, s'amuse tout au long de la soirée à se faire applaudir tel un mourant.

Rideau !, le titre de son spectacle d'adieux, revisite certains sketches (dont le célèbre « Toutes des salopes »), en présente quelques nouveaux, fait la peau à la psychanalyse, flingue Freud et ses obsessions sexuelles (« C'est pas un psychanalyste, c'est un gastro-entérologue »). Fait en somme sur scène œuvre de thérapie. En observant, finaud, auprès d'un public qui après tout le paie : « Je ne vais quand même pas dépenser le double pour un type qui ne se marre même pas et qui n'applaudit jamais. »

Comme souvent depuis les années Mitterrand, le plat de résistance des spectacles de Bedos passe par l'inévitable revue de presse. D'autant plus chargée, cette année, que la nouvelle campagne présidentielle est lancée. Alors il repart à l'assaut. Se retourne sur le passé et allume gentiment Giscard, « qui fut l'un des piliers de Madame Claude », à la tête de maisons closes de luxe dans les années 60 et 70. Chambre Chirac, monsieur « crac crac, trois minutes, douche comprise », ce grand comédien qui se déguise aujourd'hui en vieux pour échapper à la justice. Célèbre le légendaire sex-appeal de Martine Aubry, en laissant entendre que les convictions politiques ont leurs limites, et que les siennes sont d'ordre purement érotique (« Je suis de gauche, mais pas à ce point-là »). Passe par le charme incompris de Christine Lagarde, qui n'a même pas eu la chance d'être honorée par DSK. Et s'attaque enfin au héros de la soirée, Tom Pouce, Nabot-léon, « le p'tit ». Lisez : Nicolas Sarkozy, dont il dresse le portrait d'un chef de gang immature et grotesque.

« Ce n'est qu'un au revoir »

Pendant plus d'une heure et demie, Bedos occupe la scène. La balaie comme un fauve. S'y étend le temps d'une sieste. Se débat aussi avec quelques problèmes techniques liés au son ou à la perte d'une fiche de sa revue de presse (celle sur Marine Le Pen). Il y a bien quelques petits ratés. Voire quelques passages à vide. Mais le public, affectif et sentimental, lui est acquis. Et sait que ce soir, voilà l'heure de se dire au revoir. Bedos en profitera pour faire chanter tout le 140 : « Ce n'est qu'un au revoir, mon frère. »

Puis, voilà l'heure de la révérence. Il part comme il était venu. Sur un pas de danse. Il revient. La salle est debout. Il fait trois petits tours. S'en va. Revient. S'en repart. Nous donne encore, en guise de salut final, son circassien « La vie est une comédie italienne ». Il disparaît dans le noir. Passe encore la tête. L'ovation est chaleureuse. Il vient serrer quelques mains. Lâche, ému, à la salle : « Je vous aime. Vous allez me manquer. » Puis, cette fois-ci ça y est, voilà le mot de la fin : rideau !