Shakespeare sang pour sang féminin

CATHERINE MAKEREEL

mercredi 14 mars 2012, 10:48

Attention, il faut solidement s'accrocher devant Les Reines de Normand Chaurette ! Le théâtre tout cuit, prêt à consommer, ce n'est clairement pas la tasse de thé de cet auteur québécois, ni celle du metteur en scène Philippe Sireuil. Il vous faut donc vous armer de toute votre concentration pour pénétrer dans cette matière dense, exigeante et finalement gratifiante.

Shakespeare sang pour sang féminin

CRITIQUE

Une matière cent pour cent féminine puisque Les Reines s'inspire du Richard III de Shakespeare pour laisser dans l'ombre les habituelles rivalités machistes et n'en extraire que les personnages de femme : Anne Warwick, Isabelle Warwick, Anne Dexter, la Reine Elisabeth, la Duchesse d'York et la Reine Marguerite. Il faut un certain temps pour démêler cet écheveau compliqué de reines, passées ou futures, sœur, mère ou épouse des héros shakespeariens : Richard, Edouard et George. Mais, une fois que l'arbre généalogique commence à se dessiner dans votre tête, ce tableau au féminin de passions, trahisons et désillusions, royales ou simplement humaines, prend des atours captivants. De Macbeth au Roi Lear, les femmes de Shakespeare relèvent souvent de diaboliques manipulatrices, moteurs implacables de l'ambition et de l'autorité des hommes. Les Reines nous donne à voir ces femmes en pleine lumière, décortiquant leurs tiraillements entre appétit pour le pouvoir et déchirement maternels, leur jalousie, leurs rêves, leur cruauté. On est loin ici de la reconstitution historique, l'écriture et la mise en scène optant plutôt pour une peinture baroque et burlesque de ces reines sans cesse sur le fil entre gloire et déchéance. Le teint blafard et les cheveux emprisonnés dans une sévère calotte, elles portent de frivoles tutus,

ce qui leur donne des airs de petites filles jouant aux grandes dames. Les bouches sont surmaquillées et le jeu des comédiennes, volontiers excentrique, conférant à leurs rivalités une folie pathétique. On oscille entre le bouffon (formidable Anne-Claire), le féroce (Janine Godinas) et le poignant (étonnante Valérie Bauchau). Et que dire de ce final renversant qui jette un froid (littéralement) sur cette bouillonnante comédie humaine !

Jusqu'au 31 mars au Théâtre des Martyrs, Bruxelles. www.theatredesmartyrs.be