O vieillesse ennemie : ça cabotine au Théâtre du Parc

CATHERINE MAKEREEL

mercredi 25 avril 2012, 10:18

Les « Cabots magnifiques », pièce sur la vieillesse et la mémoire, croise les générations, invite des homes et des écoles au Parc.

O vieillesse ennemie : ça cabotine au Théâtre du Parc

: DR

Une fois n'est pas coutume, les jeunes du fond de la salle étaient largement les moins dissipés, mercredi après-midi, pour l'avant-première des Cabots magnifiques au Théâtre du Parc, tandis que leurs aînés chahutaient gaiement. Trois écoles et neuf maisons de retraites étaient les invités d'honneur de cette représentation pas comme les autres d'une pièce qui aborde la vieillesse, la mémoire, et la passion du théâtre.

« Pourquoi vous vous êtes mis au fond de la salle, les jeunes ? », lance le directeur du Parc, également auteur de la pièce, avant le lever du rideau. « Parce qu'ils ont de meilleures oreilles », plaisante un pensionné au premier rang. Il y a celles-ci qui bavardent bruyamment bien après les premières minutes de la pièce, celles-là qui frappent hardiment dans leurs mains quand les premières notes de musique s'élèvent, mais peu à peu la concentration s'installe et le public finit par suivre avec une attention sereine les tribulations de nos trois retraités sur scène. Trois anciens comédiens qui vont se remettre à jouer, sous l'impulsion d'une animatrice hypermotivée, afin de sortir Françoise, ancienne comédienne elle aussi, de cette prison de silence dans laquelle l'enferme la maladie d'Alzheimer.

« Finalement, on a sorti ces spectateurs de leur maison de retraite pour les emmener voir d'autres personnes dans une maison de retraite, sourit Thierry Debroux. Mais je pense que c'est salutaire de voir leur univers en miroir, de s'interroger sur la mémoire. » Pleine de dérision, la pièce décomplexe largement la vieillesse et tous ses aléas. « De la même manière, les comédiens ne se sont pas vexés quand je leur ai proposé ces rôles. »

C'est d'ailleurs comme un hommage à Yves Larec, l'un des trois cabots aux côtés de Michel De Warzée et Jean-Claude Frison, que l'auteur a conçu la pièce. « Je voulais rendre hommage à Yves, qui prenait sa retraite l'année dernière et à qui j'ai succédé à la direction du Parc. Mais c'est aussi un clin d'œil à Jean-Claude Frison, qui quittait en même temps le Parc comme comédien à l'année. »

Les comédiens jouent à jouer

Que de mises en abîme donc dans cette comédie où les comédiens jouent à jouer les comédiens, où les spectateurs observent une pièce de théâtre dans le théâtre et où, cette après-midi-là, des retraités venaient se gausser d'autres retraités. Pour élargir le panorama, les jeunes têtes blondes ou brunes se sont mêlées aux têtes grises, ce jour-là, sur les beaux fauteuils rouges d'un théâtre qui fait désormais du mélange des générations une de ces priorités.

« Dans la vie, on se mélange très peu aujourd'hui : on reste entre jeunes, entre vieux, entre gens de son quartier. Or le théâtre est un lieu d'art vivant où se croisent des êtres vivants. » Un lieu de partage et de vivre ensemble qui peut montrer l'exemple.