Jeff Dunham, ventriloque

PHILIPPE MANCHE

jeudi 26 avril 2012, 11:32

L'humoriste, ventriloque et comédien américain de retour chez nous après deux Sportpaleis l'an dernier. Jeff Duhnam, qui remplit plus que Lady Gaga, est ce qu'il convient d'appeler un phénomène.

Jeff Dunham, ventriloque

ENTRETIEN

Plus de douze mille fans francophones

Comment développer un spectacle en anglais chez nous spécialement auprès d'un public francophone ? « Jeff Dunham est superactif sur les réseaux sociaux, explique Alexandre Pinchart, le promoteur belge du comédien. Il totalise 80.000 fans belges sur Facebook dont plus de 15 % de francophones. Alors que la page de Madonna a 50.000 fans chez nous. Ces indices permettent de peser le potentiel de l'artiste. » Un artiste qui, après s'être produit deux fois à Anvers (25.000 spectateurs), se pose à Hasselt. Volonté du management de développer de nouveaux territoires. « Et ça marche puisqu'on avait 2 % de francophones à Anvers et 15 % cette fois-ci grâce à la proximité de la région liégeoise », poursuit Pinchart. Next stop : une grande salle à Bruxelles.

Ce Texan de cinquante balais a près de 7 millions de fans sur Facebook et plus d'un demi-milliard (vous avez bien lu) de vues sur YouTube. Jeff Dunham est le comédien de stand-up le plus populaire au monde et se produit dans des salles ou arènes réservées habituellement aux stars du rock ou de la variété.

À quelques jours de sa deuxième venue en Belgique, nous avons joint par téléphone ce drôle de zigue dans les bureaux de son management californien.

Vous expliquez, au début de votre nouveau spectacle, combien vos parents vous ont soutenu et combien vos copains d'école vous regardaient un peu bizarrement. Pourquoi vous avez emprunté le chemin du ventriloquisme dès vos 8 ou 9 ans. Pour masquer une certaine timidité et vous cacher derrière vos personnages ?

J'étais un petit peu enveloppé, nul en sport et pas populaire auprès des filles, Grâce à ces marionnettes, j'ai commencé à raconter des blagues sur l'école, les cours, les professeurs, mes camarades et me tailler mon petit succès.

Mais vous vous cachiez et vous cachez encore derrière vos marionnettes ?

C'est l'inverse. Ça me fait penser au sitcom américain All in the family, un show très populaire dans les années 70. Un des personnages était Archie Bunker, un vrai bigot raciste et homophobe. Le créateur du sitcom n'était pas raciste mais il écrivait spécialement pour son personnage. Idem pour un acteur dans un film. Il va suivre la partition du scénario sans pour cela partager les propos de son personnage. C'est la même chose pour moi. J'écris un script et je suis en quelque sorte le réalisateur.

Mon personnage, Walter est un conservateur alors que moi, je suis plus à gauche, libéral. Ce qui donne un contraste intéressant pour de la comédie. N'oublions pas que les ressorts de la comédie, ce sont les conflits, les oppositions, la tension, c'est ce que j'essaie de créer sur scène. Je ne suis pas là pour enseigner quelque chose. Je suis là juste pour les faire rire. Et s'ils oublient leurs soucis le temps du spectacle, c'est gagné.

Un bon comédien connaît ses limites. Quand je suis à l'étranger, je suis invité. Je fais des recherches parce que je ne voudrais pas offenser une culture que je ne connais pas. Ce qui me permet de voir ce dont je peux parler ou au contraire, éviter les sujets sensibles.

Quels sont vos modèles, vos phares dans le registre de la comédie ?

J'ai grandi avec Bill Cosby. Aujourd'hui, j'aime beaucoup Jerry Seinfeld parce qu'il est encore aussi bon qu'au premier jour. Je ne sais pas si vous connaissez en Europe Lewis Black ? C'est quelqu'un de très populaire chez nous, de très politique mais il me fait mourir de rire. Sans doute parce qu'il pousse les limites plus loin que les miennes.

On peut imaginer qu'un de vos challenges est d'humaniser au maximum vos marionnettes…

Je ne veux pas que les spectateurs se disent que je suis un bon ventriloque. Je préfère qu'ils disent que mes personnages sont d'enfer.

Quelle est la marge d'improvisation dans un spectacle comme le vôtre ?

Si quelque chose se passe dans le public, une clameur ou quelqu'un qui tombe en allant aux toilettes, par exemple, j'essaie de réagir en fonction. Les gens adorent parce qu'ils savent que c'est de l'improvisation pure. Même pour moi, c'est beaucoup plus drôle.

Jeff Dunham à l'Ethias Arena à Hasselt le mercredi 2 mai à 20 h 30. Infos et réservations au 070-345.345 et www.teleticketservice.com .

Dvd Jeff Dunham Controller Chaos (PIAS Comedy).