Une histoire de femmes qui bousculent les clichés

JEAN-MARIE WYNANTS

mardi 22 mai 2012, 11:39

Entretien Young Jean Lee est une des metteuses en scène newyorkaises les plus en vue du moment. Elle débarque avec un spectacle dansé entre féminisme et féminité.

 Une histoire de femmes qui bousculent les clichés

Un corps féminin nu évoque certaines images que la metteuse en scène remet en question dans ce spectacle mêlant émotion et humour © Blaine Davis

NEW YORK

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Elle arrive dans le bar, à deux pas de Columbus Circle, le téléphone collé à l'oreille, avec un air de businesswoman sûre d'elle. Pas vraiment le look auquel on s'attend de la part de cette New-Yorkaise dont les spectacles défraient la chronique. Au bout de deux questions, on comprend que l'habit de fait ni le moine ni la metteuse en scène. Avec de grands éclats de rire, elle raconte son parcours, explique à plusieurs reprises qu'elle est folle. Et on se dit que son Untitled Feminist Show présenté dès ce mercredi soir au Kunstenfestivaldesarts vaudra le déplacement.

On vous connaît par vos mises en scène, vous êtes sur scène actuellement en tant que chanteuse et vous vous présentez à Bruxelles avec un spectacle chorégraphique. Quelle est votre formation ?

J'ai fait des études pour être prof de littérature anglaise, spécialisée dans Shakespeare. Mais j'ai abandonné suite à une dépression. Je détestais mes études. J'ai vu une psy qui m'a demandé de répondre à une question sans réfléchir : que voulez-vous faire de votre vie. Et j'ai répondu : écrire des pièces de théâtre. Stupide : je n'allais jamais au théâtre et je n'avais jamais rien écrit de ma vie. Mais la psy m'a poussée à continuer à réfléchir et j'ai fini par comprendre que je n'avais étudié Shakespeare que pour me lancer dans l'écriture.

Pourquoi un spectacle sur le féminisme en 2012 ?

J'ai une manière de travailler un peu particulière. Je me demande quelle est la dernière chose sur laquelle je voudrais écrire. Et là, c'était le féminisme. Je n'aime pas le théâtre politique. C'est souvent trop didactique. On sait à l'avance ce qu'on va nous dire. Je ne veux pas d'une pièce stupide où on me dit que le sexisme c'est mal. Donc c'était un challenge parfait pour moi.

Pourquoi un spectacle dansé ?

J'ai d'abord choisi les interprètes. Je voulais des personnalités fortes. Ce sont toutes des stars dans leur domaine : le cabaret, le burlesque, la danse… Ensuite, j'ai commencé à écrire. Au début, il y avait beaucoup de mots mais je n'étais jamais satisfaite. Je trouvais les mouvements plus intéressants. Mon processus de travail est un peu barré. Mes acteurs sont toujours effrayés et ne comprennent que tout à la fin où je veux en venir. C'est ce qui s'est passé et elles sont toutes devenues danseuses alors qu'elles s'étaient engagées dans un spectacle de théâtre.

Comment parle-t-on du féminisme de cette manière ?

Par la nudité. Dès qu'on voit un corps de femme nu sur une scène, on se fait certaines idées. Tout le spectacle consiste à bousculer ces idées et à montrer que l'identité de quelqu'un est bien plus complexe.

Du 23 au 26 mai au Kaaitheater dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Infos : www.kfda.be