On ne badine pas avec les auditions

CATHERINE MAKEREEL

vendredi 01 juin 2012, 10:28

Chaque année, une grosse centaine de jeunes sort de nos cinq écoles d'acteurs. Puis, c'est la jungle. Symbole de cette survie du plus fort : les auditions. Reportage sur le casting du « Jeu de l'amour et du hasard » qui fera la Tournée des Châteaux cet été.

On ne badine pas avec les auditions

: Le Soir/ BRUNO DALIMONTE

Ils étaient 50 au départ. Ils ne seront que quatre à l'arrivée. Autant dire qu'il faut se battre pour ces auditions organisées par le Théâtre des Galeries, afin de pourvoir les quatre jeunes rôles du Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, qui fera la Tournée des Châteaux tout l'été. Divisés en groupes, ils sont une dizaine cette après-midi-là à défendre leur place au sein du projet. Deux garçons pour huit filles alors qu'au final, on recherche deux comédiennes (Silvia et Lisette) et deux comédiens (Dorante et Arlequin). C'est ainsi depuis longtemps : le théâtre attire plus de filles alors que le répertoire regorge plutôt de rôles masculins. Première cruauté de l'exercice.

Pour découvrir la relève

Les spectacles de fin d'études, c'est le bon plan pour se nourrir de théâtre à moindre frais (l'entrée est libre) et, en même temps, découvrir les artistes de demain. Petite sélection.

« Figaro » au Parc. Les étudiants du Conservatoire de Bruxelles et de la Cambre présentent leurs examens de fin d'études avec Figaro mêlant la pièce de Beaumarchais et l'opéra de Mozart. Une cinquantaine de comédiens, chanteurs, musiciens sur scène, et une dizaine de scénographes et costumiers en coulisses. Du 22 au 27 juin.

« Angels in America » au National. C'est Armel Roussel qui dirige cette pièce de Tony Kushner, production de fin d'études à l'Insas. Attention, marathon ! L'intégrale de la pièce dure 7h30, mais il est possible de la voir en plusieurs parties. Du 11 au 17 juin. « Les trois soeurs » au Jean Vilar. A Louvain-la-Neuve, l'IAD présente la pièce de Tchekhov, dirigée par Xavier Lukomski. Jusqu'au 2 juin.

« Forteresse Europe » aux Arbalestriers. Une pièce de Tom Lanoye avec les étudiants du Conservatoire de Mons, dirigés par Philippe Sireuil. Les 29 et 30 juin.

D'ailleurs, l'ambiance est plutôt froide dans les rangs, parmi ces étudiants fraîchement diplômés de l'IAD, de l'Insas, ou des conservatoires de Mons et Bruxelles, qui attendent leur tour pour monter sur le plateau et interpréter une scène choisie dans l'œuvre de Marivaux. Le visage impassible et l'œil scrutateur, David Michels, directeur des Galeries, et Fabrice Gardin, metteur en scène de la pièce, jaugent les candidats avec concentration mais courtoisie. « Parfois, dès qu'un comédien monte sur scène, on sait que ça n'ira pas, avoue David Michels. Avant, quand j'étais moi-même jeune comédien, il y avait une clochette aux auditions. Dès qu'elle retentissait, on devait quitter la scène. Aujourd'hui, on les laisse toujours finir leur scène. » Malgré les maladresses, les couacs et les faux départs. Comme celle-ci qui a choisi de dire son texte en mâchant une carotte, s'étouffant presque avec. Ou ces deux filles qui ont l'idée saugrenue de jouer au badminton, ratant le volant et la moitié des répliques. Ou cette autre, tellement occupée à dépecer un poulet qu'elle en oublie son texte. Difficile de se démarquer sans sacrifier à la maîtrise de la technique. « Parfois, on les fait recommencer parce qu'on sent qu'ils ont un trac énorme. On leur donne une deuxième chance, pour être sûr de ne pas passer à

côté de quelque chose. On a vu notamment une fille qui n'était pas la Lisette qu'on attendait mais sa prestation était tellement étonnante qu'on s'est dit : Pourquoi pas ? On cherche des comédiens pour jouer du plein air, ce qui requiert une certaine technique. Certains ont du mal à projeter leur voix tout en restant naturels. »

Quelle que soit la prestation, Fabrice Gardin monte sur le plateau dire un petit mot à chacun après chaque scène. Puis, vient le moment le plus ludique de l'après-midi, celui d'une présentation libre du personnage qu'ils souhaitent défendre. Il s'agit alors de mettre en avant sa personnalité. Il y a celui-ci qui se lance dans une sorte de stand-up comédie, mêlée à une anti-conférence sur Arlequin, témoignages à l'appui de sa grand-mère qui croit que c'est un auteur de livres érotiques. Il y a celle qui chante « J'ai tout mangé le chocolat » et cet autre qui sort sa guitare. Celle-ci encore qui danse sur A-ha au son de son iPod. Le style est plus léger mais le trac n'est est pas moins visible.

« C'est ma cinquième audition avec le CAS (Centre des arts scéniques), confie Mathilde Raoult. J'ai déjà été prise sur deux projets mais j'ai toujours le trac : mal au ventre, diarrhées. Et puis, une fois que je monte sur le plateau, tout disparaît. » Elle a déjà travaillé avec Christine Delmotte ou Christophe Sermet, dans des styles très différents.

« Quand on sort de l'école, on ne peut être allergique à rien ! Je suis curieuse de toutes les expériences, et la Tournée des Châteaux, c'est un peu mythique ! » Au bout de ces deux jours d'auditions marathon, l'équipe sélectionne 17 comédiens (13 filles et 4 garçons) qui, le reste de la semaine, travaillent plus précisément sur Le jeu de l'amour et du hasard, avec exercices de rythme, discussions sur Marivaux, défrichage de certaines pièces. A la fin de la semaine, quatre comédiens ont été sélectionnés, prêts à enfourcher les répétitions pour une pièce qui sillonnera Bruxelles et la Wallonie tout l'été, dans de belles demeures de caractère. Affaire à suivre.