Anne Teresa De Keersmaeker, d'une ferme de Wemmel à la Tate Modern

BEATRICE DELVAUX

samedi 14 juillet 2012, 23:09

Anne Teresa De Keersmaeker raconte ces trente ans qui ont fait d'elle une icône de la danse contemporaine. Interview

Anne Teresa De Keersmaeker, d'une ferme de Wemmel à la Tate Modern

Anne Teresa De Keersmaeker

Ce mercredi 18 juillet, la Tate Modern va donner le coup d'envoi des « Tanks ». Le musée londonien, déjà considéré comme le plus grand au monde, va ainsi consacrer ses anciens réservoirs à mazout à l'art vivant. C'est Anne Teresa De Keersmaeker, la chorégraphe belge qui va inaugurer ce nouvel espace avec une interprétation adaptée des quatre parties de « Fase », un de ses classiques, avec la complicité de la plasticienne belge Ann Veronica Janssens.

Lorsque Chris Dercon, le directeur belge de la Tate et ATDK vont se retrouver côte à côte, il y aura entre eux, un lien, invisible mais fort, vieux de 30 ans : lorsqu'Anne Teresa créait « Asch » et que Chris produisait la vidéo de ce premier spectacle répété dans un grenier déglingué du quartier Dansaert au centre de Bruxelles. Dansaert est depuis devenu le Saint Germain branché, berceau de la « Nouvelle vague flamande », Chris Dercon a dirigé des musées renommés jusqu'à cette consécration londonienne et Anne Teresa a écumé les plus grandes scène du monde avant d'investir les musées – le MoMa de New York l'an dernier et la Tate Modern aujourd'hui.

Comment une fille de fermier de Wemmel, au nord de Bruxelles, devient-elle une icône de la chorégraphie contemporaine ? C'est au « Greenwich », le café rénové de la rue des Chartreux, ex-repère des joueurs d'échecs que la danseuse, créatrice de la compagnie « Rosas » et de l'école de danse « P.A.R.T.S » a choisi de se raconter. « J'ai toujours eu un lien très fort avec cet endroit. Dans les années 80, du temps de « Fase » et de « Rosas danst Rosas », le centre de tout était le Café Le Coq, situé rue Auguste Orts. C'était l'endroit. Dansaert, c'était comme un grand village. »

A notre première rencontre, elle arrivera avec la seule photo de son père fermier. A la seconde, elle viendra les bras chargés de documents évoquant son passé. Elle est fière des siens. De sa mère dont elle nous montre le tract électoral, féministe. De son grand père, dont elle manipule avec soins les lithographies de soldats alors qu'il était sur le front dans le nord de la France en 14-18, ou de paysages brabançons. C'est avec émotion qu'elle va découvrir dans ces documents que son grand père a croisé sur ce front, le père de son maître en danse, Fernand Schirren. C'est avec trouble qu'elle va réaliser que le livre qu'elle vient de terminer, est à la danse contemporaine, ce que celui de son grand père, Paul Lindemans, fut à l'agriculture. Tous deux dépositaires d'une expérience et d'une passion et illustrés de schémas élaborés par eux et tracés de leurs mains. Comme si, à un siècle de distance, la petite fille avait assuré une tradition.

Anne Teresa De Keersmaeker : « J'ai eu de grands moments de bonheur »

Chapitre I : La ferme, Wemmel, l'école, Mabo

Chapitre II : Rue de Livourne, Mudra

Chapitre III : Le réseau flamand et Focroulle. De Fase a parts, en passant par New York

Chapitre IV : les grands bonheurs

Chapitre V : La suite, les enfants

« N'ayez pas peur de la présence flamande à Bruxelles »

Les carnets d'une chorégraphe

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