Chapitre II : Rue de Livourne, Mudra

BEATRICE DELVAUX

samedi 14 juillet 2012, 23:38

Comment une fille de fermier de Wemmel, au nord de Bruxelles, devient-elle une icône de la chorégraphie contemporaine ? Rencontre (partie 2/5)

Et puis il y a ce moment très étonnant à nouveau, cette dernière année d'humanités où à 17 ans, vous allez habiter seule à Bruxelles dans un meublé.

Aujourd'hui encore, je trouve étonnant de la part de mes parents qu'ils m'aient laissée faire. A cette époque, j'ai changé d'école de danse par le biais de Michèle Anne (De Mey) et je suis entrée à l'Ecole de la musique, de la danse et des arts du spectacle Lilian Lambert, tout près rue de Livourne. J'avais un programme très chargé, Je finissais l'école à 16h et dès 17 h, j'enchaînais avec des cours de danse classique, des cours de danse moderne et de chant. J'ai commencé à prendre des cours avec Fernand Schirren. J'avais même des cours de poésie avec ce Monsieur qui s'appelait Charles Kleinberg. Il était un peu désuet. (elle rit.)

Je partageais un kot à côté de l'avenue Louise avec une autre fille qui est devenue actrice au Théâtre National. Le quartier était connu comme celui des prostituées chic. L'école de Lilian Lambert était tout près d'un magasin de la rue de Livourne où il y avait cette communauté bouddhiste, le Tsampa. où habitait Rita Poelvoorde, la grande star du Ballet du XXeme Siècle.

Vous profitiez de cette liberté ?

Je travaillais comme une folle. J'étais très maigre et en classe, l'après midi, je m'endormais tellement j'étais fatiguée.

Et puis, vous atteignez votre objectif : Mudra, l'école de Béjart ?

C'était vraiment « a special place ». Sur le chemin, de la Gare du Midi à la rue Bara, on croisait toutes ces grandes stars de la danse comme Jorge Donn, Suzanne Farrel, Rita Poelvoorde, Shonach Mirk, Patrice Touron, Michel Gaskard. Et puis il y avait tous ces jeunes « mudristes » qui venaient de partout dans le monde. L'école était un grand hangar qui abritait non seulement les studios du Ballet du Xxeme siècle mais aussi les ateliers de l'opéra de la Monnaie. Et surtout, c'est à Mudra que j'ai suivi les cours de Fernand Schirren qui était le prof de rythme et qui avait assisté Béjart dans certaines de ses premières créations. C'était une sorte de grand philosophe de café, qui touchait à différentes disciplines de l'art : la danse, la musique mais aussi la littérature et les arts plastiques. Nietzche n'était jamais loin. Il avait développé une pratique du rythme qui était ancrée dans un système philosophique très proche de toutes les idées orientales qui par après sont devenues très importantes pour moi. Fernand Schirren était très bruxellois, très belge. Adoré et détesté.

Il vous aimait ?

Oui, mais il ne m'épargnait pas. Son jugement était sans pitié. Il était professeur à l'école de Lilian Lambert, et puis à Mudra et puis, à la fin de sa vie, il a donné cours à P.A.R.T.S.

Un autre père pour vous ?

C'est un peu exagéré de dire cela. Mais un maître, oui. D'ailleurs récemment, j'ai découvert que pendant la 1ère guerre mondiale sur le front du nord de la France, le père de Fernand Schirren, connu comme peintre Fauve, a rencontré mon grand-père, Paul Lindemans.

Chapitre III : Le réseau flamand et Focroulle. De Fase a parts, en passant par New York

Chapitre IV : les grands bonheurs

Chapitre V : La suite, les enfants

« N'ayez pas peur de la présence flamande à Bruxelles »