Chapitre IV : les grands bonheurs
BEATRICE DELVAUX
samedi 14 juillet 2012, 23:41
BEATRICE DELVAUX
samedi 14 juillet 2012, 23:41
Vous avez à un moment senti une sérénité par rapport au travail et au succès ? Où vous vous êtes dit « on y est » ?
Et puis après, quoi, je peux mourir, là ? Non !
Mais il y a eu en effet des grands moments de bonheur ou de plénitude. Par exemple, dans la Cour d'Honneur à Avignon où à quatre heures du matin, 2000 personnes sont attentives au bruit du pied de Chrysa Parkinson dans le sable (« Cesena » en 2011). Où l'année passée, quand j'ai dansé « Violin Phase » dans l'atrium du MoMa. Ce sont des grands moments où on arrive à créer une émotion collective, ou l'on sent que l'on change la perception des gens, au niveau du regard et de l'écoute. Je trouve que cela vaut la peine.
Ou il y a trois semaines, à Lisbonne quand on a présenté dans le réfectoire du cloître de San Geronimo, la version concertante de « Cesena », sans la danse, avec tous les chanteurs de Graindelavoix et les danseurs de Rosas qui chantent uniquement, sans la danse, et le public est assis tout autour. Et rien que cette musique. Lorsqu'une de mes connaissances athée m'a dit en souriant après le concert : « Il y a quand même un problème, quand on assiste à cela, on croirait presque que Dieu existe ». J'ai trouvé cela très beau.
Ou les moments de collaboration. Ann Veronica Janssens (Keeping Still, The Song, Cesena et maintenant Fase à la Tate Modern) et Michel François (The Song, En Atendant) m'ont vraiment emmenée là où je n'aurais pas pu aller seule. Ils m'ont mise dans une certaine radicalité que je n'aurais pas eu le courage de tenter sans leur regard. J'aurais douté : « Est-ce assez explicite ? Est-ce assez fort dans toute sa nudité ? ». J'ai été gâtée aussi de pouvoir travailler avec de grands musiciens, la liste est trop longue pour les citer. Ces dernières années, il y a eu bien sûr Alain Franco, George-Elie Octors, Björn Schmelzer
Et les danseurs ?
Toute cette collaboration a été un grand, grand trajet avec les danseurs. Telle une grande communauté. Ils sont venus, partis, c'était parfois douloureux. Je n'ai jamais aimé voir quelqu'un partir. Tous ces spectacles sont ce qu'ils sont, parce qu'ils ont été créés avec ces gens là. Il y a des danseurs avec lesquels j'ai fait un très long trajet comme Fumiyo Ikeda qui est là depuis le tout début. Mon autre très grand bonheur est de voir comment les gens changent. J'ai constaté cela avec P.A.R.T.S. Des jeunes gens arrivent de partout dans le monde, de Marrakech à la Finlande, en passant par la Belgique, le Brésil ou encore le Japon et, en quatre ans, leur corps, leur esprit, leur regard ont changé. L'éducation des jeunes, cela existe ! L'éducation du public cela existe ! Dimanche dernier, c'était la graduation de la neuvième génération de Parts, en présence des parents. C'est une tellement belle histoire et c'est devenu une très grande communauté qui voyage, qui respire et qui est très liée à ce qui se passe ici en Belgique. Tous ont un très grand attachement à Bruxelles.