Thierry Hellin : un marathon à Avignon

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 25 juillet 2012, 11:52

Chaque soir, entre 17h45 et 22h30, Thierry Hellin joue dans trois spectacles successifs. Pour tenir durant trois semaines, il s'est préparé comme un sportif. Porté par les textes qu'il interprète, il n'a pas vu le temps passer.

Thierry Hellin : un marathon à Avignon

Au Théâtre des Doms, Thierry Hellin commence son marathon quotidien en interprétant « Childéric », formidable texte d’Eric Durnez qui trouve ainsi à Avignon une reconnaissance largement méritée © Cha

AVIGNON

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Bondissant de la scène du Petit Louvre, Thierry Hellin traverse la salle en rigolant et se précipite vers la rue Saint-Agricol où l'attend un triporteur. Il est 21h21. Quelques minutes plus tôt, il jouait Les Pères, dans la mise en scène de Julie Annen, aux côtés de Daniel Marcelin et Anton Tarradelas. Dans 9 minutes, il est attendu à la Manufacture pour sa lecture quotidienne d'un texte de Philippe Blasband, aux côtés de Valérie Bauchau. Dernière étape d'une succession de trois représentations commencée à 17h45 avec Childeric d'Eric Durnez, solo qu'il joue au Théâtre des Doms.

À Avignon, si tout le monde mouille sa chemise dans le Off, Thierry Hellin y fait figure de marathonien. Et traverse tout cela avec le sourire et la décontraction qui ne le quittent jamais.

Comment en êtes-vous arrivé à jouer dans trois productions ?

J'ai passé une audition en janvier pour remplacer Achille Ridolfi dans Les pères. Dans la foulée, le 16 février, Isabelle Jans m'appelle pour me dire que Childéric est pris aux Doms. Depuis sa création, on a tout fait pour faire vivre ce spectacle. C'était la cerise sur le gâteau. On ne refuse pas une telle proposition.

Les années précédentes à Avignon, avec Une Compagnie, votre propre compagnie, vous vous chargiez de tout : production, administration, diffusion… Julie Annen qui met en scène Les pères, m'a proposé de laisser tomber tout ça et de ne venir à Avignon que comme comédien. J'ai donc délégué tout le reste à La Charge du Rhinocéros (lire ci-contre).

La première semaine ici, j'en ai profité pour m'isoler et trouver la meilleure manière d'organiser mon temps. D'autant qu'en plus de ces deux spectacles, une lecture d'un texte de Philippe Blasband s'est ajoutée à la Manufacture.

C'est un programme de marathonien. Vous tenez le coup ?

Paradoxalement, je ne ressens pas la fatigue. Je me couche à minuit et demi au plus tard, je ne fais aucun excès et je trouve l'énergie dans la succession des choses et le succès qu'elles rencontrent. Parce que l'accueil est formidable et ça, c'est irremplaçable.

Comme un sportif, vous vous êtes préparé physiquement ?

Il y a trois mois, j'ai vu une copine nutritionniste qui m'a aidé à perdre quelques kilos et qui m'a fait un planning très précis pour ici : les heures où je dois manger, quel genre de choses, etc. Ca fait un bien fou.

Trois semaines à ce rythme, est-ce tenable ?

Il reste à peine quelques jours et je n'en reviens pas que ce soit déjà fini. C'est fou parce qu'on sait combien ce genre d'aventure, ici à Avignon, peut se transformer en un véritable calvaire où on ne voit pas le bout du tunnel.

Comment enchaîne-t-on trois univers en si peu de temps ?

Je ne dois pas incarner des personnages. Dans les trois cas, ce sont les textes qui me portent. C'est plus simple pour passer d'un univers à l'autre.

Pratiquement, comment cela se passe-t-il ?

J'ai des horaires très précis. Ici aux Doms, j'arrive dans l'après-midi, je me promène un peu puis je m'isole quelques minutes avant le spectacle. À l'issue de celui-ci, je m'accorde un quart d'heure pour rencontrer les spectateurs, les programmateurs. Ensuite, je quitte les Doms à 19h15 et j'arrive du côté du Petit Louvre à 19h22. Là, il y a une petite église dans laquelle je m'isole chaque soir 5 minutes. Je ne suis pas croyant mais là je sais que personne ne viendra me tendre un tract et je peux me retrouver seul avant de plonger dans le second spectacle à 20h15. En sortant du Petit Louvre, je prends un triporteur pour filer à la manufacture pour la lecture avec Valérie. À 22 h30, j'ai terminé et il me reste encore une heure ou deux pour bavarder, me détendre, rencontre des gens. Mais je fais très gaffe au rosé !