Spa prépare sa cure de théâtre

CATHERINE MAKEREEL

jeudi 09 août 2012, 10:16

C'est l'autre festival de Spa. Après les Francofolies, la petite ville thermale prépare une nouvelle effervescence, théâtrale celle-là. Comment transformer une bourgade tranquille en théâtre géant ? Reportage dans les coulisses de l'événement, à la veille de l'ouverture.

Spa prépare sa cure de théâtre

Le festival de Spa représente une trentaine de jours de travail, avant, pendant et après le festival Photo : SYLVAIN PIRAUX

Les passants à l'œil aiguisé auront remarqué une espèce à part dans la foule qui arpente les rues de Spa en ce jour de marché. Parmi les touristes en casquettes et bermudas et les autochtones qui promènent doucement leur cabas, on remarque quelques spécimens dont le pas pressé tranche avec l'ambiance indolente qui prédomine dans la ville. Caractéristiques communes : grands gaillards musclés, pantalons boursouflés d'outils et tee-shirts bleu Schtroumpf. C'est l'armada de techniciens qui s'affairent pour faire pousser en quelques jours des tonnes de planches dans la ville en vue d'accueillir la 53e édition du Festival de Théâtre de Spa.

Le programme

Petite sélection parmi une vingtaine de spectacles. Du côté des reprises, il faudra voir absolument Nothing-Rien-Niks-Nada, chorégraphie visuelle muette mais bruyamment drôle sur l'absurdité de nos vies. Mais aussi Le Carnaval des Ombres, seul en scène en fanfare de Serge Demoulin, explorant avec tendresse et humour l'histoire complexe des cantons rédimés. Le festival accueille aussi quelques classiques français dont Monsieur Chasse et Georges Dandin et, bien sûr, plusieurs créations concoctées par Cécile Van Snick, Jean-Claude Idée, Geneviève Damas ou encore Jean-Luc Piraux.

Du 10 au 24 août. www.festivaldespa.be

« On fait en quinze jours ce que beaucoup de théâtres proposent en toute une saison », sourit Eric, codirecteur technique de ce festival qui compte cette année 26 spectacles, entre créations, reprises et accueils français, sans oublier les arts de la rue. Plus de 10.000 spectateurs fréquentent l'événement et pourtant, celui-ci reste toujours aussi discret de l'extérieur. Hormis quelques affiches à l'entrée de la ville, le chapiteau des Baladins trônant sur la place Royale, et notre armée de techniciens hyperactifs, il faut le savoir pour croire que la ville s'apprête à devenir la capitale estivale du théâtre en Wallonie.

Mais à Spa, plus qu'ailleurs, on sait qu'il faut se méfier de l'eau qui dort. Dans l'ombre, une quinzaine de techniciens s'activent, certains depuis le 1er août, pour équiper six lieux dont les Anciens Thermes et plusieurs salles du casino, vierges de tout théâtre le reste de l'année.

Il a fallu prévoir la somme des projecteurs et autres équipements en son et décor, convoyer tout cela pendant trois jours, monter les gradins. Et puis, il faut aussi installer la billetterie, le coin presse, préparer la guinguette où se dérouleront les directs radio de la RTBF. « Ça représente une trentaine de jours de travail, avant, pendant et après le festival », estime François, un technicien, qui trime dix heures par jour, plus ou moins (souvent plus que moins).

Le codirecteur technique fait ses comptes lui aussi – deux à trois mois de préparation puis un mois de présence sur place – mais il avoue travailler dans de bonnes conditions : « Avec les 24 h de Francorchamps et les Francos, on sent que c'est un des événements importants pour la ville. Les Spadois l'attendent avec impatience. C'est “leur” festival. De ce fait, il y a une vraie souplesse de la part de la ville et du bourgmestre, une certaine adaptabilité de la part de la police aussi. On se sent chez nous. »

Ce qui n'empêche pas quelques imprévus, comme lors de l'installation des Baladins sur la place Royale. Un effondrement d'une partie de la place, une expertise inquiétante de l'état du sol et hop !, il a fallu trouver in extremis une solution pour placer ce chapiteau imposant un peu plus loin, engendrant quelques dissensions avec l'hôtel d'en face.

Habitués du festival, les Baladins n'en sont pas moins ravis d'être là avec leur nouvelle création. « Pour nous, c'est très important de pouvoir être au cœur de la ville, ce qui devient rare à une époque où on relègue volontiers les chapiteaux sur des parkings en dehors de la ville, remarque Geneviève Knoops, comédienne de la troupe. C'est pour ça qu'on amarre le chapiteau à nos camions plutôt que de planter des piquets dans le sol. De cette façon, on ne laisse pas de cicatrices sur le tarmac des places publiques. »

Par contre, l'équipe laisse visiblement des traces dans l'esprit des spectateurs : trois séances du Producteur de Bonheur sont déjà complètes sur les cinq à l'affiche. « À Spa, nos spectacles sont toujours bourrés. On sent une vraie émulation du festival. L'année dernière, des gens se battaient dans la file pour avoir des places. » Pourtant, avec la boisson locale, on ne peut pas dire que les esprits soient échauffés.