Semal au Festival de Spa : « Ceci n'est pas un chanteur belge »

CATHERINE MAKEREEL

dimanche 12 août 2012, 14:34

S'il n'en reste qu'un, ce sera lui. Si la Belgique finit par trancher dans le vif entre ses deux sœurs siamoises devenues meilleures ennemies, il en est un qui n'aura pas cette boucherie sur la conscience : Claude Semal, infatigable chevalier de l'ordre de la frite, continue, à 58 ans, de célébrer et croire en cette Belgique surréaliste. Non seulement, il est de tous les combats – du collectif pas en notre nom à la création des tables linguistiques Tartine et Boterham – mais son répertoire est comme tatoué du noir jaune rouge.

Il y a eu le « Cabaretje « . Il y a eu l'album « Belge Ik « . Il y a aujourd'hui « Ceci n'est pas un chanteur belge «, que nous avons découvert à Spa. Le décor magrittien – une patate à demi pelée traversant un ciel bleu – annonce la couleur tandis que le chanteur débarque, sous un parapluie noir, pour chanter le portrait bigarré de notre petit pays et ses chagrins Jacques Brelesques. La guitare a remplacé la pipe mais le surréalisme baigne doucement la magnifique guinguette où sont installés les spectateurs. Attention : ceci n'est pas pour les amateurs de gaies chansonnettes et autres « feel good « musiquettes. Plus que jamais mélancolique (mais pas pessimiste), le style de Semal reste empreint de cette fragilité à fleur de peau, de cette vulnérabilité d'écorché vif, d'un univers qui tend plus vers le canal gris que vers le ciel bleu de sa toile de fond.

Ce qui le rend d'autant plus touchant, c'est le fil rouge du spectacle : son enfant de quatre ans, symbolisé sur scène par un œuf burlesque, avec qui Semal dialogue pour lui raconter le monde d'aujourd'hui : la chirurgie esthétique dans « Botox Song «, l'illusoire réconfort de « facebook «, les pères modernes dans « les bébés, les papas «, le capitalisme et le progrès comme rouleaux compresseurs dans « Dormir au chaud « . On l'a dit, ses chansons n'ont pas vraiment de vertus euphorisantes. Il n'y a vraiment que lui pour inventer une chanson sur « Les maladies nosocomiales « et intituler son prochain album, « Les bals, les barbecues et les crématoriums « ! Pourtant, on se paye aussi de belles respirations comiques quand le chanteur balade sa « Bite philanthropique «, qu'il nous livre sa recette version nouvelle cuisine de la frite mayonnaise moléculaire ou quand il se fend carrément d'un tube dance en hommage à la baraque à frites. Entre les chansons, des petits textes humoristiques croustillent sous la dent. Finalement, c'est tout le spectacle qui tient de la frite : des parties croquantes et d'autres plus molles, une barquette qui ne paye pas de mine mais vous donne un plaisir simple, sans chichi.

Du 16 au 27 octobre à l'Espace Delvaux, Bruxelles.