Un plan B pour Elio Di Rupo

lundi 16 août 2010, 10:27

Edgard Baeckeland, Guy Bertrand, Willy Burgeon, Jean-Alexis D'Heur, Jules Gheude, Marc Hansen, Jean-Sébastien Jamart, Jean-Luc Lefèvre, Jean Lerusse, Michel Pieret, Jean-François Renwart, membres du Gewif, Groupe d'Etude pour la Wallonie intégrée à la France.

La messe est dite : minée par le nationalisme flamand, la Belgique est irrémédiablement condamnée. Et certains, dans les rangs francophones, de songer à bâtir une « Belgique seconde » au départ de la Wallonie et de Bruxelles. Tel est le plan B évoqué par Elio Di Rupo quelques jours avant le scrutin du 13 juin dernier. Il faut le dire tout de go : un tel scénario relève de l'illusoire.

Imagine-t-on un Etat flamand indépendant accepter spontanément de payer sa part de la dette belge, alors que Wallons et Bruxellois auraient décidé de poursuivre la route ensemble sous l'appellation de « Belgique » ? Nul doute que la Cour internationale de Justice serait amenée à se pencher sur la question. Si l'on se base sur la clé de population 60/40, la part de la dette fédérale à supporter par la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale représente 144 milliards d'euros. A quoi il faut ajouter la dette propre – directe et indirecte – de chacune de ces entités, soit 5,7 milliards d'euros pour la Wallonie et 2,1 milliards d'euros pour la Région de Bruxelles-Capitale. Cela alors que le Produit intérieur brut de la Wallonie représente en valeur absolue un montant de 77.948 millions d'euros et que celui de la Région de Bruxelles-Capitale s'élève à 62.579 millions d'euros. On mesure directement l'ampleur du problème.

En outre, un Etat Wallonie-Bruxelles ne bénéficierait plus des transferts annuels en provenance de Flandre, transferts que l'on peut estimer à 5-7 milliards et qui seraient loin d'être compensés par la recette (environ 2 milliards) provenant de l'imposition à Bruxelles des 235.000 navetteurs flamands qui y travaillent (…).

Dès lors, placé d'emblée en déficit annuel massif et chronique avec le retrait des financements de solidarité de source flamande, un État Wallonie-Bruxelles verrait sa dette s'accroître très vite sous l'effet de cette charge annuelle structurelle financée par l'emprunt (…). Si la Flandre connaît une véritable identité nationale, on ne peut en dire autant de la Wallonie et de Bruxelles. Un nouvel Etat, créé au départ de ces deux entités, présenterait donc un caractère tout aussi artificiel que celui de l'Etat belge défunt. Physiquement, la Wallonie et Bruxelles constituent des espaces de taille et de morphologie absolument dissemblables (…). Il nous faut également insister sur les divergences d'ordre sociologique. D'un côté, une population de substance rurale et ouvrière, de l'autre, une population à dominante bourgeoise. Avec des sensibilités opposées sur bien des sujets.

Bref, comme le dit le Français Jacques Lenain, qui approfondit la question belge depuis trois ans : avec cette tentative d'union, nous aurions au mieux une sorte de confédération lâche, donnant l'illusion, et pour quelque temps tout au plus, de l'existence d'un État unique à l'extérieur, offrant ainsi momentanément satisfaction aux membres de l'Union européenne. Mais un État de façade, sans substance pour ses citoyens et ses entreprises, incapable de solidarité, inapte à impulser des actions communes d'importance (…). Quant à ce qui pourrait être l'esquisse de cet Etat Wallonie-Bruxelles – la Fédération Wallonie-Bruxelles au sein même du Royaume, on ne peut citer une seule publication de parti qui en décrive clairement les missions et l'organisation.

Au demeurant, il n'existe, à ce jour, aucun Etat fédéral bicéphale (…). Le partage de la dette fédérale au prorata de la population ajouterait, pour la Wallonie, 33 % de la dette belge à sa dette propre, ce qui la placerait dans une situation intenable (…) Mais il existe une solution parfaitement réaliste : celle de l'union-intégration de la Wallonie (et de Bruxelles, si elle le souhaite) à la France.

La souplesse du cadre institutionnel français est, en effet, susceptible d'offrir un statut particulier à la Wallonie et à Bruxelles qui leur permettrait de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci (maintien des organes d'auto-administration actuels), tout en garantissant, par l'exercice de la solidarité financière nationale, l'équivalence des services publics et des systèmes sociaux. Après intégration de la Wallonie et de Bruxelles à la France, le rapport dette/PIB de la France serait de 1.652,8 milliards d'euros/2.067,5 milliards d'euros. Cela représente 79,9 %, soit une augmentation de 2 %.

Une situation parfaitement supportable, comme le souligne Jacques Lenain. Et Jacques Attali de préciser sur son blog, le 9 septembre 2008 : le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. Un sondage réalisé dernièrement par l'Ifop pour France Soir révèle d'ailleurs que 66 % des Français se déclarent prêts à accueillir la Wallonie. Ce chiffre est même des 75 % dans les départements frontaliers de la Belgique (…). Vu ce contexte, il nous paraît que la sagesse devrait commander aux responsables politiques francophones de prendre d'urgence les contacts nécessaires avec leurs homologues français afin d'opérer, le moment venu, dans la sérénité et l'ordre, l'indispensable transition.

(1) Les Cahiers du Gewif peuvent être consultés sur le site www.gewif.net.