mardi 17 avril 2012, 13:56
Vingt ans. Il est des anniversaires qui chipotent aux entournures. Qu’on préférerait ne pas voir arriver. D’autres qui sonnent presque comme des glas. En 1992, à Rio, la Communauté internationale se penchait avec optimisme sur le berceau du développement durable, à l’occasion du premier Sommet de la Terre jamais organisé. Dix ans plus tard, les constats alarmistes et les appels à l’action immédiate lancés lors du Sommet anniversaire organisé à Johannesburg tempéraient l’enthousiasme des débuts. Et aujourd’hui, à l’heure où le processus de préparation de la Conférence 2012 des Nations Unies sur le développement durable bat son plein, une question se fait lancinante : l’ambition initiale cédera-t-elle sa place à la désillusion ?
Les chiffres ? 2,6 milliards d’individus vivent aujourd’hui avec moins de deux euros par jour. 2010 présente le taux de chômage le plus élevé jamais enregistré au niveau mondial. Les émissions de CO2 et l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère continuent d’augmenter ; la concentration des GES dans l’atmosphère est de + 9 % aujourd’hui par rapport à 1990, ce qui nous éloigne encore davantage du niveau requis pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement à 2ºC, à savoir environ 60 % de réduction des émissions globales d’ici à 2050 par rapport à leurs niveaux de 1990.
Nous serons 9 milliards en 2050. La surface forestière a diminué de plus de 300 millions d’hectares depuis 1990 (100 fois la superficie de la Belgique). Bref, sur les fronts économiques, sociaux et environnementaux, il y a urgence et, vu le contexte, les cotillons dans les valises des conférenciers feraient plutôt mauvais genre.
La Belgique n’a-t-elle pour autant rien à amener à la table de négociation ? Que du contraire ! A Rio, cela est désormais certain, on parlera beaucoup d’économie verte et, en la matière, Bruxelles, comme la Wallonie, a son mot à dire. Foin d’ergoter maintenant autour d’un concept loin d’être défini, dont seuls les contours se dessinent – une économie qui génère de la croissance, qui crée des emplois verts et qui permet d’éradiquer la pauvreté par des investissements dans le capital naturel et dans la protection de l’environnement – ce dont on a besoin tout de suite, au Nord comme au Sud, ce sont des solutions bien pensées, et qui fonctionnent.
A Bruxelles depuis 2004, et en Wallonie depuis 2009, les gouvernements régionaux se sont lancés, en partenariat avec les forces vives du secteur de la construction, dans des Alliances Emploi-Environnement. L’idée ? Améliorer le niveau d’isolation des logements de tous les citoyens, tout en réduisant leur facture énergétique et en créant de l’emploi durable dans le secteur de la construction. Voilà qui est bon pour la planète, bon pour l’emploi et bon pour le pouvoir d’achat des ménages !
C’est à la fois simple et efficace. Peut-être parce que, pour une fois, le prisme est inversé : il s’agit de faire de l’amélioration de l’environnement – et non plus de son épuisement – une source d’opportunités économiques et de création d’emplois. N’y a-t-il pas là, à défaut d’une panacée, du moins un ferment d’instrument de politique publique généralisable qui contribue à l’émergence d’une économie durable préservant au mieux les ressources naturelles, à mettre au service des générations tant présentes que futures ?
Soulignons également qu’à l’heure des grandes interrogations sur l’avenir du système financier international, ce type de politique de transition, capitalisant sur les contraintes environnementales sur un territoire donné et sur les potentialités existantes dans les filières vertes locales, œuvre au renforcement d’une économie endogène, davantage prémunie de la spéculation internationale et dès lors plus résiliente. L’inscription, en Wallonie, de la politique d’Alliance Emploi-Environnement comme outil de relance au cœur du plan de redéploiement socio-économique – le Plan Marshall 2 Vert –, et les résultats déjà engrangés à Bruxelles dans la mise en œuvre de l’Alliance Emploi-Environnement, démontrent toute l’importance stratégique qui a été conférée à cet enjeu et la ferme conviction qu’il est possible de jouer la carte de la spécificité territoriale sans pour autant verser dans le repli protectionniste.
C’est dit et à Rio en juin, nous le répéterons avec force.
Au-delà, ce qui manque peut-être au Sommet pour retrouver ses couleurs de fête, c’est du souffle.
Nous avons tous un rôle à jouer pour que notre développement soit réellement durable, et se l’entendre redire ne ferait probablement pas de tort. Le développement durable sera local ou ne sera pas, et si c’est l’avenir que la Communauté internationale veut donner à notre Terre, le texte adopté à Rio doit porter des objectifs clairs et précis permettant de catalyser les initiatives prises aux quatre coins du globe.
Plus fondamentalement encore, à l’heure où la récession enfonce nos portes, la Communauté internationale devra transformer ce Sommet en un engagement concret à réinvestir le développement durable et à relancer l’économie mondiale autour de ce nouveau paradigme d’alliance fructueuse entre l’emploi et l’environnement, qui stimule durablement les agents économiques en protégeant la Planète. Est-il utopique de croire qu’un consensus international puisse se dégager pour évoluer d’une Organisation Mondiale du Commerce prônant un libéralisme débridé vers une OM D (pour durable), fondant ses échanges sur la plus-value économique, environnementale et sociale qu’ils génèrent ?
Rio+20 constitue à nos yeux un rendez-vous décisif pour donner, à nos semblables, autre chose que l’espoir d’une prise de conscience encore à venir ! Ce temps-là appartient déjà au passé. L’heure est à la transformation de nos économies mondiales en autant de sources de prospérité au service de chacun, et qui préservent l’avenir de ceux à qui nous tenons le plus : nos enfants.
Ce 20 avril, de 9 heures à 17 h 30 se tiendra au palais des Congrès à Namur, un forum de préparation au Sommet Rio+20. A cette occasion, Jean-Marc Nollet invite les forces vives wallonnes à se réunir pour échanger sur les deux enjeux majeurs de la conférence : l’économie verte et l’institutionnalisation du développement durable. L’objectif de ce moment d’échange est de préparer et de contribuer au message que la Région portera à Rio, dans le cadre du Sommet de la Terre. L’accent sera mis principalement sur l’économie verte, l’un des thèmes principaux de la Conférence.

