« Non, Philippe Moureaux : nous ne céderons pas à l'intimidation ! »
mercredi 18 avril 2012, 11:13
Alain Destexhe (MR), réagit aux propos du bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux. Sa carte blanche
mercredi 18 avril 2012, 11:13
Les propos de Philippe Moureaux, ainsi que ceux tenus par un groupe Facebook assimilant diverses personnalités à Goebbels, Mengele ou Degrelle suite à la diffusion du reportage sur la montée de l'islam en Belgique, sont symptomatiques d'un climat de plus en plus malsain pour la liberté d'expression.
Le bourgmestre de Molenbeek n'en est certes plus à une comparaison stupide près. Après "les rupins" libéraux, évoqués à l'époque de la multiplication des "affaires" mettant en cause des personnalités de son parti, voici les "néonazis islamophobes" adeptes des pratiques de Goebbels.
Sa sortie et l'absence de réaction du Parti socialiste s'inscrivent dans une stratégie d'intimidation visant à empêcher tout débat autour de sujets à la fois complexes et gênants pour la domination politique de la Gauche en Wallonie et à Bruxelles.
Il est aujourd'hui devenu extrêmement difficile de parler d'immigration, d'insécurité, d'intégration et de neutralité sans être taxé de "raciste", de "xénophobe" et, nouveauté sémantique des dix dernières années, d'"islamophobe". Y compris au Parlement, qui devrait pourtant être le cur même du débat démocratique. Aux armes de l'argumentation, nombre d'élus de Gauche préfèrent celles de la disqualification de l'adversaire, l'évocation des heures les plus sombres de notre Histoire ou d' idées nauséabondes.
Ces dernières années, la chape de plomb du politiquement correct et l'autocensure (car personne n'aspire à une mort sociale) ont empêché toute discussion sereine sur les sujets précités. La preuve en est que le reportage de Frédéric Deborsu n'a suscité aucun débat dans la sphère politico-médiatique quant à son contenu. Nul ne semble se demander si le prêche de la mosquée d'Anderlecht est un cas isolé ou si, à l'instar de la Turquie kémaliste, il ne serait pas temps de contrôler au préalable les prêches des imams officiant dans nos mosquées. Nul ne se préoccupe de la conception de la femme au sein d'une partie de la communauté musulmane ou de la radicalisation de cette même frange. Pas plus que du double discours de quelques élus, dont un conseiller Ecolo, pris en flagrant délit de mensonge dans le reportage précité.
Cette autocensure (à laquelle Frédéric Deborsu a dérogé - avec les conséquences que l'on connaît) profite bien évidemment à des responsables politiques comme Philippe Moureaux. Par ses propos, l'autoproclamé pape (certains diront « ayatollah ») de l'antiracisme excommunie, frappe d'anathème et voue aux gémonies tous ceux qui oseraient remettre en cause son dogme : celui du modèle communautaire tel qu'il l'a façonné à Molenbeek.
Et avec quels résultats ? Ghettoïsation, repli sur soi, montée du fondamentalisme religieux, négation des droits des femmes. Quelle faillite pour le vice-président d'un parti qui, à l'origine, voulait libérer l'individu de la religion, « opium du peuple ». Il est d'ailleurs dommage que le reportage de la RTBF n'ait pas mentionné plusieurs incidents survenus lors du tournage sur le marché de Molenbeek (par exemple des hommes se plaignant de la présence de caméras susceptibles de révéler à certains époux que leurs femmes viennent faire leurs courses sans être accompagnées).
L'ouverture ce lundi d'un nouveau procès pour terrorisme nous rappelle également que Bruxelles compte des réseaux islamistes radicaux. Parmi les accusés figure le fils du Cheikh Bassam, un individu qui a pu développer en toute impunité pendant plus de 15 ans son réseau extrémiste dans la commune de Molenbeek
Un récent rapport de la Sureté de l'Etat souligne par ailleurs que «L'extrémisme islamique ne perdra pas en importance à l'avenir. [L]es ambitions que nourrissent les extrémistes musulmans exerceront une influence négative sur l'intégration des musulmans dans la société occidentale ».
Tout débat relatif à ce sujet est refusé au nom de l'opportunisme électoraliste. Nombre d'élus en ont fait un fonds de commerce. Cette posture n'aide pourtant pas nos concitoyens musulmans à entrer de plein pied dans la citoyenneté belge et entretient la marginalisation d'un certain nombre d'entre-eux, les maintenant à l'écart des murs et des valeurs qui sont aussi les leurs.
Le « modèle molenbeekois », l'universaliste que je suis le refuse. Plus que jamais, Bruxelles a besoin d'un projet de société intégrée qui puisse sortir les quartiers Nord de la capitale de l'Europe de la situation difficile à laquelle ils doivent faire face depuis trop longtemps et mettre fin à la dualité affolante qui ne cesse de se creuser jour après jour. Et à ce mur d'incompréhension, voire parfois de haine, entre citoyens d'une même Région. Car ériger certains sujets en tabous contribue à alimenter le ressentiment d'une partie de plus en plus importante de la population envers nos compatriotes de confession musulmane. Un problème qui ne pourra se régler qu'en osant entamer le débat autour de questions longtemps occultées. Pas en jetant des anathèmes et en utilisant des amalgames odieux, indigne de tout démocrate.