Pour une sortie de crise par l'écologie et le civisme
AgroParistech ET France) DUFUMIER Marc (agronome
vendredi 18 mai 2012, 16:36
AgroParistech ET France) DUFUMIER Marc (agronome
vendredi 18 mai 2012, 16:36
Pourquoi la débâcle économique et écologique actuelle ? Parce que les instances politiques ont perdu le contrôle sur les grands choix collectifs. Une grande partie du monde politique croit en la toute-puissance des marchés. Cela tend à marginaliser la sphère démocratique. Les conséquences du défaut local et global de régulation sont dramatiques : les inégalités explosent et les limites des ressources naturelles, de même que les grands équilibres qui nous font vivre, sont ignorés. Nous appelons avec force à un éveil des consciences et de la solidarité mondiale. Il est temps de renouveler le civisme et de réaffirmer la puissance publique.
À la veille du 20ème anniversaire du Sommet de Rio,
NOUS APPELONS à la reconnaissance des liens qui unissent les enjeux économiques et écologiques. L'ouverture d'un marché mondial, avec pour objectif la réduction des protections et régulations au service d'une croissance maximale, n'a fait que renforcer les inégalités. Les élites politiques, économiques et financières, en captant la quasi-totalité de la richesse produite, ont condamné à la misère les paysans du Sud, et au déclassement nombre des populations du Nord.
En même temps, une seconde catastrophe humanitaire se prépare. L'élévation de 4°C de la température durant ce siècle - scénario hautement probable - excéderait nos capacités d'adaptation dans bon nombre de régions. Cela se traduirait notamment par une chute de la production agricole et alimentaire mondiale. Des ressources raréfiées, un climat de plus en plus hostile et une montée inexorable du niveau des mers ne faciliteront certes pas les activités économiques !
NOUS APPELONS à contrecarrer la myopie de la finance mondialisée. Il est temps de contrecarrer l'approche court-termiste des questions d'environnement et de développement. Il faut donc renforcer les capacités de régulation de la communauté internationale et lutter à l'échelle des Etats contre l'impuissance du politique. Hélas, sur une planète où le commerce est la fin suprême, c'est toujours le moins-disant social et environnemental qui l'emporte. Les biens circulent et sont consommés sans aucune considération, ni pour les conditions de travail des personnes qui les produisent, ni pour leur impact environnemental global.
NOUS APPELONS à la condamnation de toute vision opportuniste des changements climatiques. Les données régionales de plus en plus précises fournies par les modèles climatiques rendent possibles des stratégies d'adaptation et d'investissement cyniques. Un petit nombre d'acteurs croit ainsi pouvoir tirer profit, au moins pour un temps, des changements en cours en déplaçant au fur et à mesures des opportunités nouvelles leurs investissements.
NOUS APPELONS à une décroissance des flux physiques et à la fin du pillage des ressources naturelles du Sud. Il ne suffit pas que les classes moyennes des pays en développement envient le train de vie des pays riches. Les limites physiques que nous atteignons aujourd'hui (terres rares, pétrole conventionnel, etc.) montrent qu'il faut ouvrir d'autres voies. Il est indispensable d'organiser rapidement, en commençant par les pays du Nord et les modes de vie les plus dispendieux, une décroissance des flux physiques sur lesquels reposent nos économies. Il convient de mettre fin au pillage quasi systématique des ressources naturelles du Sud, qui prive la majeure partie de la population des conditions de satisfaction des besoins essentiels (eau, énergie, alimentation).
NOUS APPELONS enfin à une réaffirmation de la puissance publique pour sortir de la crise par l'écologie. Des décisions politiques, respectueuses des règles démocratiques, sont l'unique voie pour définir un intérêt général mondial. Elles permettront de mettre en uvre une série de mesures indispensables pour réussir la transition vers une économie juste et équitable, sobre et soutenable. Il est urgent
§d'imposer des règles environnementales et sociales à l'OMC, pour que bien-être social et respect des limites de la biosphère soient les principes fondateurs de l'économie soutenable ;
§de développer de normes financières nationales et internationales contraignantes pour réorienter le système vers le financement de l'économie réelle ;
§de concrétiser la solidarité envers les victimes des crises écologiques et les populations qui souffrent de l'extrême pauvreté, notamment par la mise en place du Fonds Vert pour le climat décidé à Copenhague ;
§de mobiliser la création monétaire publique pour financer la transition écologique, mais aussi pour en finir avec la crise de la dette et revenir à l'équilibre budgétaire pour les dépenses courantes ;
§de faire basculer la fiscalité du travail et de l'investissement vers le prélèvement des ressources, pour asseoir une vraie fiscalité écologique porteuse de nouveaux comportements ;
§de réformer l'enseignement de l'économie et de créer au sein des universités des programmes de recherche sur de nouveaux modèles économiques et sociaux compatibles avec une consommation décroissante et équitable des ressources ;
§de transmettre par le système éducatif des valeurs civiques, de respect des êtres humains et de la nature, qui sont les conditions du bien-vivre ensemble.
ARNSPERGER Christian (économiste, FNRS et Université de Louvain, Belgique)
AUGAGNEUR Floran (philosophe, Sciences Po. Paris, France)
BOULEAU Nicolas (mathématicien, spécialiste de l'économie financière, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, France)
BOURG Dominique (philosophe, Université de Lausanne/vice-président Fondation Nicolas Hulot/ Suisse)
CASSIERS Isabelle (économiste, FNRS et Université de Louvain, Belgique)
CHAPELLE Gauthier (biologiste, spécialiste du biomimétisme, directeur scientifique de Greenloop, Belgique)
DUCHEMIN Eric (environnementaliste, directeur de la revue Vertigo, Université du Québec, Montréal, Canada)
FRAGNIERE Augustin (environnementaliste, Université de Lausanne, Suisse)
FRUND Benoit (vice-recteur de l'Université de Lausanne, Suisse)
GERBER Jean-David (géographe et politiste, Université de Lausanne, Suisse)
GIRAUD Gaël (économiste, Ecole d'économie de Paris, France)
GOUYON Pierre Henry (biologiste de l'évolution, Museum National d'Histoire Naturelle, Paris, France)
GRANDJEAN Alain (économiste et co-fondateur de Carbone4, FNH, Paris, France)
HESS Gérald (philosophe éthicien, Université de Lausanne, Suisse)
HUDON Marek (économiste, professeur à la Solvay Business School, Université Libre de Bruxelles, Belgique)
HULOT Nicolas (président Fondation Nicolas Hulot, France)
JOUZEL Jean (scientifique du climat, IPSL/CEA, Paris, France)
KAUFMANN Alain (directeur de l'Interface Sciences Société, Université de Lausanne, Suisse)
KLEIN Etienne (physicien et philosophe, CEA, France)
MAJNO Pietro (chirurgien, hôpital universitaire de Genève, Suisse)
MIRENOWICZ Jacques (directeur de La Revue durable, Suisse)
OSTRIA Cécile (directrice Fondation Nicolas Hulot, France)
RENOUARD Cécile (philosophe et économiste, Centre Sèvres et ESSEC, Paris, France)
ROCH Philippe (ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement, ancien secrétaire d'Etat, Suisse)