Justice : pas d'impunité négociable
vendredi 01 juin 2012, 13:54
vendredi 01 juin 2012, 13:54
Madame la Ministre de la Justice, votre nouvelle circulaire visant à étendre les transactions pénales m'a permis de passer du statut d'invertébré, avalant carabistouille et charabia depuis 37 années, à celui de Belge concerné, se réappropriant son squelette de citoyen. Votre circulaire m'a brièvement rappelé le commerce des indulgences, présent au IIIe siècle au sein de l'Eglise Romane. Mais il y plane surtout une forte odeur de fascisme économique et judiciaire qui me répugne profondément.
D'emblée, j'écarte votre argument selon lequel les victimes doivent donner leur accord avant toute transaction. Si la victime est un citoyen, celui-ci pourra être intimidé et menacé par la personne qui lui a porté préjudice, et qui souhaite ardemment porter l'auréole à la sortie du tribunal. Je me permets de croire qu'il est fondamental dans un pays de droits que les victimes s'entendent dire qu'elles ont été victimes et que leur agresseur est coupable. Cela fait partie du phénomène de guérison que tout être doté d'un minimum de compassion peut assimiler sans peine. Essayez, ça ne peut pas vous faire de mal.
A la page 23 de votre circulaire, la négociation financière est acceptée pour, je cite « des crimes et des délits contre l'ordre public, commis par des personnes qui exercent une fonction publique, ou par des ministres des cultes dans l'exercice de leur ministère ». Cela doit-il être compris comme une amnistie générale envers nos actuels et futurs élus du peuple, curés ou autres prédicateurs ?
Vous acceptez également le pourboire des personnes coupables de fraudes, corruptions, abus de confiance, escroqueries. La balance de la Justice n'est pas une écuelle de mendiante, Madame la Ministre ! Et je souhaite pour ma part qu'aucun de nos élus ne puisse échapper à un jugement si par hasard il souffrait de kleptomanie financière.
Page 24, on aborde « l'évasion des détenus ». Je suis dubitatif. S'ils sortent de la case prison, ils ont le droit de relancer les dés, de miser leur magot, et de ne pas voir leur peine augmenter ?
Page 25, les coups et blessures sont amnistiés sauf, je cite « s'ils ont causé une grave incapacité de travail ». Une femme battue de manière nonchalante, vous estimez ça à combien d'euros ? Et si jamais cette femme souhaite obtenir la garde entière de ses enfants, que se passe-t-il si son conjoint violent ne dispose pas de casier judiciaire parce qu'il est l'un de vos clients réguliers ?
En une seule circulaire, vous incitez à la malhonnêteté la plus profonde tous mes concitoyens, en leur garantissant une impunité négociable. Non seulement vous mettez la Justice au tapin, en transformant sa robe en jupe à trousser, mais vous rétablissez également la peine de mort en Belgique. Les victimes se nomment « récidive », « justice égalitaire », « protection du citoyen face à ses semblables et à ses élus ». Quand je vous parlais de fascisme.
Je veux cependant croire que parmi nos élus et les actuels et futurs juges de notre pays se trouvent des gens déterminés à garantir une justice équitable. Et je me fiche éperdument des ricanements éventuels, ce ne sont pas les cyniques qui ont fait les grandes nations. Il me paraît peu probable d'être le seul Belge à croire au respect minimum vital.
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