Rio+20, la conférence des générations futures ?

Rédaction en ligne

samedi 09 juin 2012, 11:42

À l'approche du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin prochain, la société civile mondiale est en ébullition. L'austérité ou la relance du déficit public ne sont pas les seules solutions.

Rio+20, la conférence des générations futures ?

©AFP

Certains diront quʼêtre optimiste, par les temps qui courent, relève dʼune naïveté aigüe ou dʼun strabisme volontaire. En effet, comment communiquer de manière positive au sujet du Sommet de Rio, sans occulter les menaces de marchandisation de lʼenvironnement et dʼatteinte aux droits fondamentaux, lʼintense lobbying du secteur privé au sein des agences de lʼONU ou encore la fracture Nord-Sud qui compromet toute avancée dans les négociations internationales?

Et pourtant, vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio, il subsiste un groupe peuplé dʼirréductibles jeunes gens qui refuse lʼaspect inéluctable de ces constats et qui avance des propositions concrètes de transition. Ce groupe des moins de 25 ans, pesant aujourdʼhui plus de la moitié de la population mondiale, est également le plus vulnérable face aux différentes crises liées à lʼeau, à lʼénergie, au climat, ou à notre système économique instable. Depuis la déclaration de Rio en 1992 et la consécration des principes de participation, ce groupe sʼest organisé et a tenté de remplir un maximum lʼespace très limité qui lui avait été offert. Le Groupe Majeur des Enfants et des Jeunes est né, rassemblant des jeunes des quatre coins du monde pour sensibiliser les Etats membres et les différentes agences de lʼONU à lʼimportance de la participation des jeunes mais surtout pour exprimer des revendications.

Nos revendications, quelles sont-elles?

Le premier thème du Sommet concerne lʼEconomie Verte, priorité de lʼUnion Européenne dans les négociations à Rio. Pour faire court, ce concept apparaît aujourdʼhui comme stérile aux yeux de la jeunesse et ne peut être considéré comme une alternative crédible à notre modèle économique actuel et comme solution à tous nos maux. Verdir et étendre à lʼensemble des ressources une simple politique commerciale en ignorant la profondeur des inégalités, les crises financières, sanitaires, sociales et écologiques, la complexité des écosystèmes, et leurs interdépendances, nʼapporteraient quʼune solution partielle et, à terme, inefficace. Promouvoir le durable ne suffit pas. Il faut changer nos modes de consommation et de production ainsi que la logique sociale qui se cache derrière. De plus, le concept dʼEconomie Verte, tel quʼil est défini par lʼONU, ouvre la porte à la marchandisation des services environnementaux et à la privatisation des biens communs et entretient la confusion fâcheuse qui consiste à faire de la croissance une fin, alors que celle-ci devrait être un moyen en vue dʼune meilleure qualité de vie.

Bref, lʼéconomie verte, nous nʼen voulons pas.

La deuxième thématique de Rio+20 concerne lʼaspect institutionnel du développement durable: Quels sont les mécanismes institutionnels à réformer ou à créer pour passer enfin à une phase opérationnelle de la transition vers un mode de développement qui intègre de façon équilibrée le développement économique, le développement social et la protection de lʼenvironnement? Cette question de la gouvernance parait essentielle pour la jeunesse car elle rappelle que les engagements précédents, tels lʼAgenda 21 ou les Objectifs de Développement du Millénaire nʼont pas été mis en oeuvre et quʼil faut ouvrir les institutions de lʼONU à lʼensemble de la société civile afin dʼaméliorer lʼefficacité de ses actions.

Parmi nos revendications, deux dʼentre elles font lʼobjet dʼintenses débats dans les couloirs onusiens. La première porte sur la création dʼun Conseil du Développement Durable au sein de lʼAssemblée Générale des Nations Unies ayant un réel mandat dʼautorité, à lʼinstar du Conseil de Sécurité. Il sʼagirait dʼun véritable Conseil de développement économique, social et environnemental chargé entre autres dʼassurer lʼétablissement et la prise en compte de critères de durabilité et dʼassurer la cohérence des décisions prises dans le cadre multilatéral.

La jeunesse appelle également les dirigeants du monde entier à adopter la création dʼun poste de médiateur ou haut-commissaire aux générations futures. Cette institution très symbolique, à lʼimage du haut-commissariat pour les Droits de lʼHomme, aurait pour but de sauvegarder le droit des générations actuelles et futures à bénéficier de conditions économiques, environnementales et sociales saines, en représentant et en protégeant leur intérêt dans le développement durable aux Nations Unies et dans le processus d'élaboration des politiques mondiales.

Ces deux propositions ont pour vocation de donner à lʼONU les moyens de leurs ambitions. Et même si de nombreux pays, y compris la Belgique, sʼopposent à la création de nouvelles institutions, le débat reste ouvert et la jeunesse compte bien se faire entendre. Pour cela, elle peut sʼappuyer sur une société civile qui sʼorganise et se mobilise. A lʼimage des 80 000 citoyens qui à Copenhague en 2009 ont manifesté dans le froid pour crier haut et fort que le réchauffement climatique devait être LA priorité de nos gouvernements. Là réside lʼun des principaux motifs dʼespoir: la prise de conscience des citoyens du monde de la gravité des enjeux et de lʼexistence de solutions. Un autre modèle est nécessaire et souhaitable et la jeunesse veillera à ce quʼil soit plus juste et plus durable.