Après le boycott politique, le nouvel appel d'intellectuels à la libération de Ioulia Timochenko
mardi 12 juin 2012, 14:05
mardi 12 juin 2012, 14:05
Si l'Ukraine de l'actuel président de cette ancienne république de l'Union Soviétique, Viktor Ianoukovitch, ancien apparatchik issu de l'ère stalinienne, voulait faire de l'Euro 2012, événement sportif planétaire par l'intérêt médiatique qu'il suscite, une vitrine internationale pour son pays, c'est raté. C'est là, au contraire, un véritable boomerang, à la fois durable et très dommageable, pour son image !
Car ce qui attire aujourd'hui les médias du monde entier en Ukraine, ce n'est pas seulement cette compétition sportive, qui a débuté ce 8 juin à Varsovie et se terminera le 1er juillet à Kiev. C'est aussi, et peut-être surtout, l'injuste et cruel sort qui y est réservé à Ioulia Timochenko, naguère égérie de la démocratique « révolution orange » et à présent condamnée à sept ans d'emprisonnement suite à une procédure judiciaire aux allures de lynchage politique.
Qu'on en juge seulement par la manière, en tout point contraire à l'élémentaire respect des droits de l'homme en matière de justice, dont cette ex-Première ministre fut emmenée manu militari en prison, avant même que tout verdict ne fût prononcé à son encontre lors de son audition au tribunal, pour ne plus jamais en sortir.
Pis : elle y croupit depuis dix mois maintenant, y subissant vexations et humiliations en tous genres (des photos montrent des ecchymoses, qu'elle dit être des coups portés par ses geôliers, parcourant son corps), sans même pouvoir bénéficier des traitements médicaux adéquats pour soigner le terrible mal de dos qui la mine et la paralyse sur son lit !
Cette parodie de justice, digne des procès de Moscou sous la tristement célèbre ère Vychinski, eut lieu le 5 août 2011 : il y aura donc bientôt, dans deux mois, un an déjà !
C'est dire si les responsables politiques de bon nombre des pays de l'Union européenne François Hollande, Angela Merkel et David Cameron en tête, auxquels on ajoutera José Manuel Barroso ont raison de boycotter cet événement majeur, lequel, bien qu'il soit sportif avant tout, ne doit pas constituer un alibi politique destiné à enjoliver l'image d'une Ukraine qui, dans la réalité des faits, se soucie fort peu, c'est un euphémisme, des principes démocratiques et libertés civiles !
Cet appel au boycott politique, nous le demandions déjà lors d'une pétition internationale que nous avons lancée il y a plusieurs mois, dès le 8 août 2011, c'est-à-dire trois jours seulement après l'incarcération de Ioulia Timochenko, dans les plus grands médias de l'Europe francophone.
Ainsi, face à cette situation aussi scandaleuse qu'inacceptable, tant sur le plan du droit international que des valeurs morales, réitérons-nous ici, mes amis intellectuels et moi, auxquels s'ajoutent des signataires issus du monde politique comme de la société civile, notre appel à la libération de Ioulia Timochenko, victime avant tout, en ce douloureux dossier, de la plus flagrante et intolérable des violations des droits de l'homme et, en l'occurrence, de la femme.
Ce sont donc des principes philosophiquement universels, valables en tout temps et en tout lieu, que, par-delà même le cas personnel de Ioulia Timochenko, nous défendons, tout d'abord, ici.
Cette pétition internationale que j'adresse donc à nouveau solennellement aux autorités ukrainiennes, et à leur président Viktor Ianoukovitch en particulier, est signée par quelques-unes des autorités morales les plus prestigieuses, au sein de l'intelligentsia, dont la conscience se voit éprise avant tout d'humanisme.
Davantage, nous prenons bonne note de ce que le président Ianoukovitch vient de déclarer lors d'une interview accordée à L'Express : « Attendons que la Cour de Cassation se prononce sur son cas, le 26 juin. Nous réfléchirons alors à la suite des événements, y compris une éventuelle grâce. »
Reste à espérer que ce chef d'Etat respectera là, avant la fin de cet Euro 2012 donc, sa parole et, mieux encore, que Ioulia Timochenko se verra innocentée, après que tous les critères juridiques d'un procès aussi impartial qu'équitable lui auront été internationalement garantis lors de sa défense.
Alors sera-t-elle réhabilitée c'est à souhaiter en un pays se proclamant libre et démocratique à tous les effets : il en va de l'honneur de l'Ukraine et de sa crédibilité en Europe !
Liste des signataires de la carte blanche
Elisabeth Badinter, philosophe; Robert Badinter, juriste et avocat, ancien Ministre français de la Justice; Patrick Besson, écrivain; Marc Bressant, écrivain; Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts au Parlement Européen; André Comte-Sponville, philosophe; Jacques De Decker, écrivain, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique; Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen; Vladimir Fédorovski, écrivain d'origine ukrainienne, cofondateur, en 1991, du Mouvement des Réformes Démocratiques de Russie; Luc Ferry, philosophe, ancien ministre français de l'Education nationale; André Glucksmann, philosophe; Guy Haarscher, philosophe; Stéphane Hessel, ambassadeur de France; Alexandre Jardin,écrivain; Jack Lang, ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand; Daniel Mesguich, comédien, directeur du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique (Paris); Edgar Morin,sociologue, philosophe; Gilles Perrault, écrivain; Michelle Perrot, historienne; Alain Rey, linguiste, historien; Michel Rocard, homme d'Etat, Premier ministre de la France (1988-1991); Jean-Marie Rouart, écrivain, membre de l'Académie Française; Elisabeth Roudinesco, historienne, psychanalyste; Daniel Salvatore Schiffer,philosophe et écrivain; Jacques Sojcher,philosophe; Guy Sorman, essayiste; Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes; Elisabeth Weissman, essayiste; Michel Wieviorka, sociologue; Yves Charles Zarka, philosophe.