Rio+20 : le temps d'un nouveau pacte social est venu

mardi 19 juin 2012, 14:22

Un colllectif de signataires (*)

Ce début de 21e siècle est caractérisé par une succession de crises majeures. La crise financière la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale a débouché sur une crise économique, sociale mais aussi morale dont l'Europe est devenue un des principaux foyers. Les politiques d'austérité généralisée sur notre continent se révèlent socialement douloureuses et, jusqu'ici, économiquement inefficaces. A l'échelle mondiale, la généralisation d'un modèle de développement insoutenable pour la planète et la surexploitation des ressources naturelles ont engendré des changements climatiques sans équivalent à l'échelle de l'histoire géologique. Une quantité de signaux d'alerte témoignent que le système économique actuel est à bout de souffle : nos charges financières n'ont d'équivalent que nos dettes écologiques ; les inégalités sociales ne cessent d'augmenter tandis que des centaines de millions de personnes continuent à vivre dans la misère et l'extrême pauvreté.

Il est illusoire d'espérer sortir de la crise systémique à l'œuvre en approfondissant les mesures qui l'ont provoquée. C'est pourquoi il faut promouvoir une transition socio-écologique, ramener la sphère économique et financière au service du développement humain, dans le respect de l'environnement.

Vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio, un nouveau sommet est organisé dans la capitale brésilienne du 20 au 22 juin 2012. Chefs d'Etat et de gouvernement, parlementaires, représentants des organisations internationales, de la société civile, du secteur privé et des organisations non gouvernementales se réuniront pour déterminer comment réduire la pauvreté, promouvoir la justice sociale et assurer la protection de l'environnement dans un contexte de croissance démographique planétaire. Rio +20 doit mettre en place les moyens nécessaires pour fonder un monde plus sûr, plus équitable, plus propre, plus soucieux de l'environnement et prospère pour tous, en un mot, plus harmonieux. Il représente une occasion unique de promouvoir des objectifs de développement durable et de définir un agenda international en faveur d'une transition socio-écologique à la mesure des enjeux du XXIe siècle. Ce défi implique d'instaurer un nouveau mode de production et de consommation nettement plus pauvre en carbone et moins gourmand en ressources naturelles. Il implique aussi de mettre en œuvre un nouveau système de réglementation bancaire et financière en vue de sortir de l'économie de bulles spéculatives et de garantir un nouveau système de répartition des richesses permettant d'enrayer l'explosion des inégalités sociales.

Le développement durable n'est pas seulement une contrainte liée aux exigences de notre écosystème ; c'est également une opportunité économique et sociale de développer une autre manière d'entreprendre, de relocaliser l'économie, de créer de nouveaux emplois dans les filières courtes, une alimentation locale de qualité, l'isolation des bâtiments, les énergies renouvelables, les transports en commun, le recyclage des ressources naturelles, etc.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, la réduction de 30 % des émissions européennes de gaz à effet de serre d'ici à 2020 ne pénalisera pas l'économie mais permettra au contraire une réduction du chômage, grâce à la création, en Europe, de plusieurs millions de nouveaux emplois, dans les secteurs de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Mais la réussite de ce défi nécessitera la mise en place d'une nouvelle gouvernance mondiale et ne pourra advenir que si des politiques alternatives sont mises en œuvre par les gouvernements nationaux.

En Belgique, la crise institutionnelle n'a pas permis de faire du développement durable une priorité de l'accord de gouvernement. L'absence à Rio du Premier ministre, Elio Di Rupo, pour des raisons d'agenda constitue par ailleurs un très mauvais signal. Nous attendons néanmoins de notre délégation qu'elle s'engage résolument à mettre en œuvre un plan de relance faisant de notre pays un pionnier de la transition économique, sociale et écologique.

La tâche sera considérable : l'empreinte écologique des Belges est en effet une des plus élevées au monde ! Mais le Plan de Développement durable de la Région bruxelloise, la Stratégie régionale de Développement durable de la Wallonie (SRDD), le nouveau Schéma de Développement de l'Espace régional wallon (SDER), ainsi que le projet de plan « Horizon 2022 » préparé par le Gouvernement wallon constituent autant d'occasions à saisir pour développer l'innovation et appuyer les alternatives émergentes.

Pour réussir, ces plans devront s'appuyer sur l'ensemble des forces vives au centre desquelles, dans l'esprit des engagements initiaux de Rio, la société civile. Il nous paraît à cet égard essentiel de mieux prendre en compte les contributions des secteurs associatif et académique qui, depuis de nombreuses années, ont mené des réflexions sur le sujet et soutenu les expériences concrètes d'une myriade de citoyennes et de citoyens actifs au quotidien.

Une meilleure intégration des organisations qui les représentent, dans des mécanismes consultatifs renouvelés, permettrait d'optimiser la mobilisation pour faire face aux défis gigantesques qui sont aujourd'hui devant nous.

Le nouveau pacte sociétal qui doit conduire nos sociétés à une véritable préservation de la biosphère, à davantage de justice sociale et à une économie au service de l'homme ne pourra advenir qu'en renouant avec l'audace du pacte social qui a permis d'asseoir la prospérité de nos économies après la Seconde Guerre mondiale.

En cela, « Rio +20 » est une chance unique à saisir, ici et maintenant, pour le bien-être des générations futures.

(*) Bernard Bayot, Réseau Financement Alternatif ; Antoinette Brouyaux, (Association 21 ; Marie-Caroline Collard, Solidarité des Alternatives wallonnes et bruxelloises) ; Marc Dascotte, Oxfam-Magasins du Monde ; Stefaan Declercq, Oxfam Solidarité ; Damien Vincent, WWF ; Philippe Destatte, Institut Destrée ; Alexis Deswaef, Ligue des Droits de l'homme ; Marc Fichers, Nature et Progrès ; Philippe Funcken, Natagora ; Michel Genet, Greenpeace ; Denis Lambert, Ligue des Familles ; Luc Lefèbvre, Lutte Solidarité Travail ; Philippe Funcken, Natagora ; Christine Mahy, Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté ; Joëlle van den Berg, Réseau Idée ; Christophe Schoune, Inter-Environnement Wallonie ; Pierre Verbeeren, Médecins du Monde ; Arnaud Zacharie, Centre National de Coopération au Développement.