Greenpeace : « Nucléaire, ce qui nous provoque vraiment »

Rédaction en ligne

mardi 03 juillet 2012, 14:22

Michel Genet, directeur général de Greenpeace

La vidéo que Greenpeace a rendu publique cette semaine a suscité des commentaires en sens divers. Elle aura en tous cas permis de réaliser que nos décideurs semblent une fois de plus reculer devant l’obstacle. Dans son texte fondateur, le gouvernement Di Rupo s’engage à respecter la loi de sortie du nucléaire, à savoir la fermeture de trois réacteurs en 2015 et de quatre autres au plus tard en 2025. Alors qu’il n’a pas encore rendu sa copie, tout indique qu’il mangera sa parole et ne respectera que partiellement l’échéance de 2015.

Ce compromis à la Belge ne fait pas uniquement le jeu du secteur nucléaire, il plombe notre avenir énergétique pour les prochaines décennies. Les pronostics tournent autour d’un respect partiel de la loi de sortie du nucléaire. Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 devraient fermer en 2015. Ils pèsent ensemble 1.800 MW soit 15 % de notre production d’électricité. Tout indique que l’on s’achemine vers la fermeture des deux petits réacteurs de Doel (ensemble 866 MW) et un nouveau bail de dix ans pour Tihange 1 (962 MW).

Si cette piste évoquée par le PS, le MR et le CD&V se vérifie, le gouvernement Di Rupo s’acquitterait de la moitié de sa tâche en modifiant 7,5 % de notre production (900 MW). La Belgique ferait ainsi une sortie du nucléaire.

Sortie du nucléaire en 2035 ?

Cette sortie partielle équivaut à une non sortie du nucléaire. Modifier 7,5 % de notre production ne permettra pas de faire fonctionner le marché de l’énergie sur d’autres bases. Il fonctionnera toujours comme il (dys)fonctionne aujourd’hui et la colline que le gouvernement actuel pense ne pas pouvoir gravir prendra demain des allures de montagne.

Si Tihange 1 est prolongée jusqu’en 2025, le gouvernement aux commandes aux alentours de 2022-2025 devra fermer non pas quatre mais cinq réacteurs et ce, dans des conditions similaires à celles que nous connaissons aujourd’hui. Il y a fort à parier que ces décideurs proposeront de prolonger la durée de certains réacteurs d’une nouvelle tranche de dix ans. Le manque de courage politique de l’équipe gouvernementale actuelle conduira ainsi à prolonger le nucléaire au bas mot jusqu’en 2035.

Essor des renouvelable compromis

Ne pas sortir aujourd’hui du nucléaire implique de ralentir les investissements dans d’autres énergies. Bloqués en 2012, ceux-ci le seront tout autant en 2025. Pourquoi ? Le nucléaire est une énergie peu flexible qui occupe en permanence le réseau. Ce manque de flexibilité est préjudiciable aux énergies alternatives. Le gaz est déjà bloqué, les renouvelables le seront bientôt. Ces énergies propres et inépuisables représentant aujourd’hui 6 % de notre électricité et elles trouvent à peine leur place sur le réseau. Ne pas sortir du nucléaire, c’est compromettre leur essor.

La Belgique a connu un week-end de Pentecôte ensoleillé qui s’est soldé une importante production photovoltaïque. La production nucléaire occupant en permanence le réseau, elle s’est retrouvée en surproduction. Pour « se débarrasser » de ce surplus, il a fallu payer… Qui dans ces conditions pourrait prendre le risque d’investir dans les renouvelables ? Placée face à un dilemme similaire, l’Allemagne a choisi de sortir du nucléaire…

Sécurité

Ne pas fermer nos centrales nucléaires à heure et à temps équivaudrait à nous faire vivre la menace d’un Fukushima sur Meuse ou d’un Tchernobyl sur Escaut. Nos centrales ont été construites à l’époque où les ordinateurs fonctionnaient avec des cartes perforées. Dans les années 1970, on estimait leur durée de vie à 30 ans. En 2003, on a porté cette durée à 40 ans. Le gouvernement actuel flirte à présent avec une durée de vie de 50 ans… Nulle part ailleurs on ne trouve des réacteurs qui fonctionnent depuis aussi longtemps.

Le compromis que l’équipe d’Elio Di Rupo proposera sous peu à la population belge équivaut à accepter l’idée d’un marché énergétique sclérosé, dominé par le nucléaire jusqu’en 2035. Il est encore temps de l’éviter. En misant sur l’efficacité énergétique (4 TWh en économies d’énergie réalisables en 3 ans), en renforçant les connexions avec le Pays-Bas pour faciliter les importations d’électricité non nucléaire et en refusant de cèder fermer les centrales au gaz (TGV), jugés trop peu rentables par Electrabel, la Belgique peut sortir du nucléaire dès 2015.

S’inscrire dans une démarche de long terme n’est pas évident pour des mandataires tenus par des échéances électorales bien plus courtes. Néanmoins, c’est bien d’une vision et de volontarisme politique qu’il s’agit : à eux de répondre présents.

Michel Genet

Directeur général Greenpeace