Proposer d'améliorer les bulletins météo : un crime de lèse-majesté ?

vendredi 13 juillet 2012, 15:02

Yvan Moreau, administrateur délégué de Pairi Daiza (1)

Est-ce le temps qui est pourri ou les bulletins météo qui sont pessimistes ? La polémique a fait le buzz cette semaine.

La demande formulée mardi par les Attractions touristiques d'améliorer la manière d'annoncer la météo a suscité bien des réactions et commentaires. Même si notre message a été correctement relayé dans la plupart des médias, tant de commentaires sont partis dans tous les sens qu'il nous semble indispensable de recentrer le débat sur le sujet et de rappeler quelques éléments de notre discours pas suffisamment entendus :

– Les Attractions touristiques savent très bien que le climat belge est marqué par une météo fluctuante et par de nombreux jours avec précipitations. Là n'est pas le problème ! C'est précisément la raison pour laquelle nous avons plaidé pour changer le modèle de la journée météo idéale.

– Nous ne nous plaignons pas de la météo mais de la manière dont elle est annoncée. Nous avons d'ailleurs souligné, preuves à l'appui, qu'avec 5,5 heures d'ensoleillement moyen du 1e au 8 juillet, le début de ce mois de juillet est loin d'être l'un des plus mauvais des cinq dernières années.

– Ce constat relativise fortement le sentiment général d'été pourri relayé par de nombreux médias.

– Sans remettre en cause la fiabilité des prévisions météo en tant que telles, nous attribuons ce sentiment général aux bulletins météo, dans lesquels les parts données respectivement aux précipitations et au soleil/périodes sèches ne reflètent pas les proportions observées sur le terrain.

– Afin d'objectiver cet aspect, nous avons demandé de compléter les bulletins météo de trois données chiffrées : 1.les fourchettes de durée d'ensoleillement ; 2.La probabilité des précipitations ; 3.Les fourchettes de durée des précipitations.

Par ailleurs, nous avons été stupéfaits des réactions de certains responsables de l'information météo. « Pas question de tomber dans l'ultra-optimisme », disent-ils Nous n'avons évidemment jamais rien demandé de tel. En quoi prononcer le mot soleil lorsqu'il en est question et préciser la durée d'ensoleillement serait faire preuve d'ultra-optimisme ? « Nous n'avons pas vocation à tempérer les informations ». Nous ne sommes pas là pour amuser les gens », ajoutent-ils. On enfonce une porte ouverte. Nous ne demandons évidemment pas d'édulcorer les bulletins météo et encore moins de trafiquer les prévisions mais, au contraire, de les compléter avec des informations objectives et de prononcer le mot « soleil » lorsqu'il en est question.

« De l'info, pas de la propagande. Nous ne sommes pas un service marketing dédié à tel ou tel groupe d'influence », assènent-ils encore. On enfonce à nouveau une porte ouverte. De telles insinuations sont aussi insultantes que d'accuser les chaînes de télévision de rendre les prévisions plus pessimistes en vue d'augmenter le nombre de personnes restant devant leur écran TV.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'abondance des commentaires dénigrants tels que « ridicule », « ça me fait rire », « lubie », « surréaliste » relevés dans la presse. En vérité, l'essentiel des informations dont nous demandons la publication est fourni par de bonnes applications pour smartphones, qu'on peut difficilement soupçonner d'être à la solde des Attractions touristiques belges.

Qu'une demande aussi élémentaire que la nôtre donne lieu à tant de réactions excessives et hors sujet est tout simplement incompréhensible. Heureusement, elles ne sont pas l'apanage de tous les professionnels des bulletins météo, certains se montrant plus constructifs que d'autres.

Abordons à présent le fond du sujet.

On nous affirme qu'il est impossible de publier les durées d'ensoleillement et de précipitations, au motif qu'on ne peut pas dire où, quand et pendant combien de temps vont se produire les averses et les heures d'ensoleillement. Il tombe sous le sens que la météo n'est pas uniforme sur l'ensemble du royaume. C'est la raison pour laquelle nous avions suggéré de donner des fourchettes de durée (incluant au besoin une marge d'incertitude) pour des zones pour lesquelles les valeurs sont plus ou moins homogènes. Prétendre, malgré l'usage de ces fourchettes de valeurs, qu' « il faudrait un bulletin météo d'un quart d'heure sur toutes les localités » revient à dire que les disparités local sont tellement importantes que les bulletins météo actuels ne signifient plus rien ! Cherchez l'erreur !

La très large prédominance du temps sec sur les épisodes pluvieux, observée depuis le début du mois par les Attractions touristiques réparties dans l'ensemble du pays, démontre d'ailleurs que ces disparités ne sont pas aussi importantes que prétendu.

En conclusion. Il est légitime et dans l'intérêt de tous les Belges d'objectiver les bulletins météo en les complétant par les données chiffrées proposées. Ces données sont disponibles. Il doit être possible de regrouper par fourchettes et régions les disparités locales significatives dans ces données chiffrées. Pourquoi persister à priver le grand public de l'amélioration continue des données météorologiques ?

(1) Au nom d'un collectif de signataires : Attractions & Tourisme et Toeristische Attracties (représentant l'ensemble des 362 Attractions touristiques de Belgique), Pairi Daiza, Bobbejaanland, Walibi, Plopsaland De Panne, Bellewaerde Park, Dinant Evasion, Plopsa Coo.