BDS à l’ULB : « Tout cercle peut être reconnu »

Rédaction en ligne

vendredi 03 août 2012, 19:48

Par Didier Viviers, Recteur de l’Université libre de Bruxelles

Dans La Libre du dernier week-end de juillet (après une première carte blanche dans Le Soir), un collectif est revenu sur la reconnaissance, le 21 mai dernier, par le CA de l’ULB du cercle étudiant BDS, qui prône le boycott à la fois économique, académique et culturel de l’État d’Israël en raison de la politique de ce dernier à l’égard des territoires palestiniens. Ce collectif entend soutenir résolument la décision du CA et la plupart des points de vue énoncés n’appellent, dans l’absolu, aucune critique de fond. Mais la “carte blanche” pourrait laisser penser que les voix qui se sont élevées en cette séance du CA contre la reconnaissance du cercle BDS obéissaient à un agenda extérieur auquel on aurait volontiers sacrifié le droit d’expression d’un groupe d’étudiants. Aussi, en vertu même du principe du libre examen que voulait défendre ce collectif, il me paraît nécessaire de reposer avec exactitude les termes du débat tel qu’il fut mené en CA.

Car c’est sur le boycott académique que le débat s’est concentré. Il ne s’agit pas ici de boycotter des produits, mais bien des hommes, des scientifiques, qui dépendraient d’institutions académiques censées participer de près ou de loin à la politique de l’Etat israélien. Autant dire, tout scientifique israélien.

Or, les règlements de l’ULB précisent, avec cohérence, que tout cercle peut être reconnu, pour autant que ses statuts ne soient pas contraires à ceux de l’Université. Par exemple, qu’ils ne remettent pas en cause le libre examen ou la liberté académique. Et le débat s’est donc engagé sur la question de savoir si la promotion du boycott académique ne s’opposait pas au contenu de l’article 3 de nos statuts, qui définit la mission de l’Université et lui confie le soin d’établir tels contacts qu’elle estime opportuns avec les organismes publics ou privés, tant en Belgique qu’à l’étranger, sous la seule réserve d’avoir à en donner régulièrement connaissance à la communauté universitaire.

D’un point de vue juridique, il avait semblé que, dans la mesure où, en de rarissimes circonstances certes, l’ULB s’était prononcée en faveur du boycott d’institutions académiques, l’article 3 n’entrait pas en contradiction avec les statuts de BDS. La question était donc bel et bien “politique”, au sens où il convenait de circonscrire plus finement la portée de l’article 3 et d’établir l’importance que recouvrait aujourd’hui à nos yeux la collaboration scientifique au cœur de nos missions fondamentales. Beaucoup de membres du CA ont ainsi considéré que, sur une matière qui touchait directement notre mission (et donc nos statuts), il y aurait incohérence à soutenir que l’ULB rejette le boycott académique ou, à tout le moins, souhaite lui conserver un caractère totalement exceptionnel, tout en reconnaissant, dans le même temps, un cercle étudiant qui prône exactement le contraire. Ce n’était pas ici un débat sur la liberté d’expression, celle d’une opinion parmi d’autres, comme cela aurait été le cas s’agissant du boycott économique. Les questions posées étaient celles de l’importance de la collaboration scientifique internationale et de la spécificité de la science et de l’éducation par rapport, notamment, aux produits de consommation visés par un boycott économique qui, je le répète, relevait d’une toute autre problématique. Si l’on considérait que le cercle BDS ne répondait

pas aux principes généraux énoncés dans nos statuts, nos règlements interdisaient la reconnaissance du cercle. Et, face à une analyse juridique qui ne permettait pas une interprétation sans ambiguïté de l’article 3, pouvait-on admettre que la promotion du boycott académique était compatible avec la défense de nos missions? Une réponse négative rendait caduque la reconnaissance du cercle BDS.

Ne faisons donc pas dire aux membres du CA de l’ULB qui ont voté contre la reconnaissance du cercle BDS ce qu’ils n’ont pas voulu dire. Leur vote n’était pas à la solde d’un quelconque État. Il n’entendait pas plus dénier la situation injuste et pénible que vivent les Palestiniens, ni le caractère éminemment contestable de la colonisation israélienne de la Palestine. Ce vote voulait simplement souligner que la science n’est pas à ravaler au rang d’un simple produit économique, qu’elle est le fait d’individus (et d’institutions académiques, ce qui revient au même), et que le boycott d’individus est toujours une décision dangereuse. Qu’au-delà, la collaboration scientifique internationale constitue l’une des voies d’avenir pour le dialogue pacifique entre les peuples. Et que l’article 3 de nos statuts devrait être interprété en ce sens. Ce n’était nullement réduire la liberté d’expression que de demander aux membres d’une communauté universitaire, comme le stipulent d’ailleurs nos propres règlements (que personne ne remet en cause), d’accepter quelques principes fondateurs, comme celui qui situe la collaboration scientifique au-delà des conflits politiques ou idéologiques.

D’une courte majorité, le CA a voté en faveur de la reconnaissance du cercle BDS. L’ULB n’aura pas failli à sa tradition de transparence et de débat démocratique. Mais en toute circonstance, il faut savoir rendre à chacun le sens de ses actes et de ses paroles. C’est cela aussi le libre examen.