Le 11h02 : « Capitaliser sur ce qui fait la force de la Wallonie »

Rédaction en ligne

jeudi 29 mars 2012, 12:17

Le haut fourneau de Carsid ferme définitivement ses portes. Les travailleurs ont vertement critiqué la direction et le gouvernement wallon. À qui la faute ? Benoît July a répondu à vos questions

Selon Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’économie, il y aurait un espoir de trouver un repreneur ?

Vu de l’extérieur, on est dubitatif. Antonio Gozzi, le patron de Duferco, cherche un repreneur depuis plus d’un an, sans le trouver. Dans le monde de la sidérurgie, tout le monde se connaît. On peut donc difficilement imaginer que Jean-Claude Marcourt ait trouvé un repreneur sans que Duferco ne soit au courant.

Qu’est-ce que la « procédure Renault » ?

C’est malheureusement un procédé auquel on s’habitue en Belgique… Il s’agit d’une procédure en deux étapes, instaurée après la fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde. Il y a d’abord une phase d’information, où les travailleurs sont amenés à poser toutes les questions concernant le plan de licenciement collectif et à recevoir des réponses. La deuxième étape est la négociation en tant que telle, avec l’indemnisation des travailleurs etc. Jamais une intention de fermeture n’a pourtant été infléchie par cette procédure.

Mettre les travailleurs au chômage technique pendant 4 ans, était-ce la meilleure idée ?

Le chômage économique a été instauré à la suite de la crise financière de 2008, lors de laquelle la sidérurgie avait été plombée. Mais il y avait un espoir de reprise, d’un redémarrage de l’économie, c’est pourquoi on a eu recours au chômage économique. Les patrons de Carsid aussi ont misé sur la reprise de la conjoncture, on ne peut pas leur reprocher. Malheureusement, en Europe la situation s’est aggravée avec la crise de la dette. Le continent est vu comme l’homme malade de l’économie mondiale. On aurait peut-être pu s’en rendre compte plus tôt, les travailleurs ont vécu dans l’espoir pendant 4 ans.

À qui revient la responsabilité de cette fermeture ? Le gouvernement wallon ; les dirigeants de Duferco ?

Les décisions ont été prises en fonction des informations qu’on disposait à l’époque. Aujourd’hui le haut fourneau de Marcinelle est totalement isolé, la phase à chaud est toute seule. Difficile de retrouver un repreneur… On reproche au gouvernement wallon de n’avoir pas fait assez et en même temps d’en avoir fait trop, de soutenir un canard boiteux ! Il y a eu un soutien important des pouvoirs publics wallons (quotas de CO2, chômage économique…). Mais on pourrait apporter toute l’aide du monde, si le marché n’est pas là, s’il n’y a pas de repreneur, il faut arrêter les frais !

Certains parlent d’une vieille industrie, quid de la relance et de la reconversion ?

Dire que la sidérurgie wallonne n’a plus d’avenir est excessif. Ce n’est pas une vieille industrie, le haut fourneau de Carsid était à la pointe de la technologie. On ne peut pas abandonner ce qui a fait la force de la Wallonie. Enterrer l’industrie n’est certainement pas le bon choix, l’économie en a besoin pour tenir. Ce qu’il faut, c’est tirer parti de la mondialisation. Tenter d’augmenter la valeur ajoutée et revenir à la pointe, cela finira bien par porter ses fruits. Même si les effets du Plan Marshall tardent à se faire sentir… Attention, car la critique est facile, après-coup. Les conditions sont difficiles.

Marie Dosquet (St.)