Le 11h02 : « Marine Le Pen séduit mais n’a pas de solutions cohérentes »

Rédaction en ligne

jeudi 12 avril 2012, 11:59

Marine Le Pen et son Front national sont-ils un accident ou s’inscrivent-ils dans la continuité de l’histoire française ? Quel avenir leur prédire ? Pascal Martin a répondu à vos questions. Le résumé du 11h02

Marine Le Pen est décrite comme la championne du vote des 18-25 ans, tout comme son père dix ans plus tôt. Pascal Martin met en garde : Elle a des arguments simples qui peuvent séduire, mais quand on gratte un peu, elle n’a pas grand-chose à proposer.

Comment expliquer son succès auprès de la jeunesse ?

« Une partie des gens qui la suivent passe par un vote de rejet. Les jeunes sont furieux contre la politique traditionnelle qui ne leur donne pas d’emploi. Avec la crise économique, le chômage élevé et l’incapacité des politiques traditionnelles à y répondre, Marine Le Pen capte ce vote de rejet. Il en va de même auprès des retraités qui ont, eux aussi, des craintes. Ceci dit, elle ne rejette pas pour autant l’ultra libéralisme devant les artisans et les commerçants. Elle n’a pas vraiment de solutions cohérentes à leur proposer. »

Est-ce qu’on peut dire qu’elle tient la route ?

« L’économie s’est compliquée avec mondialisation. Marine Le Pen passe par des arguments simples alors que la réalité est très complexe. Quand on gratte un peu, elle n’a pas grand-chose à proposer. Elle a les mêmes carences que son père qui remplissaient les salles mais n’avaient strictement rien à dire sur le fond des choses. »

Marine Le Pen à 26 % des intentions de vote, danger ?

« On verra le soir du premier tour, dans quelle mesure ces gens qui en ont ras-le-bol passeront à l’acte dans les urnes. Il faut noter tout de même que Le Pen père a fait mieux que Lionel Jospin en 2002. »

Doit-elle son succès à la faiblesse du camp démocratique ?

« Inévitablement, comme cela a été le cas entre les deux guerres. Quand le parlementarisme s’affaiblit, l’extrême droite semble toujours séduire mais ce n’est pas pour autant que les partis nationalistes ont la réponse à la question. Ce qui laisse une marge de manœuvre aux partis traditionnels. »

« L’extrême droite surfe sur les thèmes qui touchent à l’émotionnel, sur l’instinct des foules. Il y a toujours eu un contre moi, ça a longtemps été les juifs mais aujourd’hui que ceux-ci sont bien intégrés dans la population française, cette question est remplacée par une immigration essentiellement arabo-musulmane. On a, quelque part, déplacé la haine donc il y a un problème qui se pose dans ce contexte mais la réponse de Le Pen est mauvaise. »

L’extrême droite est-elle un accident ?

« Jamais, quand on gratte bien on voit qu’il y a toujours une filiation quelque part. Notre société est malade et produit des populismes de gauche et de droite. À un moment donné, il faut crever l’abcès et l’extrême droite appuie sur cet abcès. Les partis traditionnels doivent montrer qu’ils peuvent répondre aux problèmes de notre époque. »

Elodie Lamer (st.)