Le 11H02 : « Sarkozy dans les cordes, ne baisse pas les bras »

Rédaction en ligne

vendredi 20 avril 2012, 14:35

Climat de fin de règne à l’Elysée, euphorie dans le clan Hollande, à 48 heures du 1er tour de la présidentielle française, c’est l’occasion de dresser un état des lieux des candidats en lice ? Joëlle Meskens a répondu à vos questions

Quelle ambiance règne en France à 48 heures de l’échéance électorale ?

« Une atmosphère plutôt étrange en vérité. Car d’un côté, on semble se diriger vers le scénario classique prévu depuis longtemps, c’est-à-dire un second tour Sarkozy versus Hollande. Mais de l’autre, des surprises sont toujours susceptibles de se produire. On ne sait toujours pas qui de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen complétera le podium. Un coup de théâtre n’est pas non plus totalement à exclure et l’on pourrait voir un des deux outsiders se hisser au second tour. »

Où en est la polémique autour de l’heure de publication des premiers résultats de ces élections présidentielles ?

« Avant tout, le verrouillage absolu des résultats me semble complètement illusoire. Avec la « twitterisation », Facebook et le journalisme en ligne, les résultats se répandront tous azimuts.

De plus, les journaux étrangers n’étant pas soumis à la loi française, les publieront dés 18h30. Certains journaux français ont déjà déclaré qu’ils violeraient l’embargo, imitant les journaux étrangers belges et suisses, entre autres. Pour justifier leur décision, ils qualifient la loi sur l’embargo d’obsolète, d’anachronique même. C’est le cas notamment de Libération, du journal Le Monde ou encore du site d’information Rue89.

Il faut dire aussi que l’amende que ces journaux risquent d’échopper et qui s’élève à 75.000 euros, ne signifie pas grand-chose au vu de l’audience qu’ils sont en droit d’espérer s’ils se révèlent le premier site d’information a publié une telle information. »

Dans l’éventualité où les résultats seraient effectivement publiés à l’avance par certains sites internet, quelle solution pourrait-on imaginer afin d’esquiver la cacophonie qui en résulterait ?

« Eh bien, le plus simple serait sans doute de fermer les bureaux de vote partout à la même heure. À 19 heures par exemple, histoire de couper la poire en deux.

Cette solution ne date pas d’hier mais n’a étrangement jamais été mise en place. L’important est d’éviter à tout prix de fausser le scrutin. »

Serait-ce donc la dernière présidentielle qui se déroule de cette manière ? Twitter et Facebook vont-ils à jamais changer le mode de fonctionnement des élections et de la diffusion des résultats ?

« Oui. Garder les résultats pour soi jusqu’à l’heure prévue paraît de plus en plus intenable. C’est pour cela que, dimanche, et ce malgré l’interdiction du Parquet, certains journaux propageront avant l’heure les premières estimations si celles-ci semblent valables et réalistes. »

Comment va se dérouler la journée de demain ?

« La journée de samedi sera certainement calme. En général, en France, la journée précédant l’élection est considérée comme une pause électorale. Ce sont les dernières 24 heures de réflexion pour figer définitivement une idée, un avis quant au candidat pour lequel on va voter. Sans oublier que l’Hexagone compte son lot – conséquent – d’indécis, dont la plupart tranchent au dernier moment, voire le matin même de l’élection. »

Pour en revenir au sujet principal de ce 11h02, parlez-nous encore de l’atmosphère qui prédomine en France à cette heure-ci.

« Comme je l’ai dit, le temps n’est pas vraiment à la fête dans le camp sarkozyste. On ressent un certain défaitisme à l’UMP.

Moi qui ai longtemps cru à un redressement du président français dans les sondages et même à sa réélection, je suis bien obligée d’admettre aujourd’hui qu’une telle remontée ne paraît plus possible. C’est cette semaine que, véritablement, le basculement s’est effectué. François Hollande est en tête dans presque tous les sondages et même l’entourage de Nicolas Sarkozy y croit de moins en moins.

D’ailleurs, le président-candidat lui-même a l’air moins confiant qu’avant. Il a choisi la chanson de Julien Clerc « Les souvenirs » lors d’une émission de radio, que d’aucuns qualifient de testamentaire. Sarkozy se teinte peu à peu de nostalgie, d’autant plus qu’il a récemment souhaité, non sans ambiguïtés, bon courage au candidat socialiste.

Toutefois, Sarkozy ne baisse pas les bras pour autant. Il n’a pas encore acté sa propre défaite et se battra jusqu’au bout. »

Quelle pourrait être la proportion des indécis ? Et de l’abstentionnisme ?

« Le nombre d’indécis tourne autour de 20 %, ce qui est loin d’être dérisoire. Avec autant de personnes incertaines, beaucoup de choses peuvent encore se passer et la situation peut considérablement changer. Et ce, malgré qu’on hésite généralement entre deux candidats se situant plus ou moins dans le même camp. En somme, beaucoup se demandent encore s’ils voteront Hollande ou Mélenchon, quand les autres oscillent toujours entre Sarkozy et Marine Le Pen. L’électorat de François Bayrou est aussi très indéterminé, très volatil.

On redoute aussi une forte abstention de la part des Français, malgré les nombreux meetings politiques en plein air qu’ont organisé les différents partis. »

Quel est finalement l’intérêt des candidats de second plan ?

« Il est vrai que certains candidats semblent parfois légèrement farfelus et qu’on devrait peut-être modifier la loi des 500 parrainages. Cependant, à défaut de mobiliser un électorat considérable, ces candidats soulèvent parfois de vraies questions, provoquant un débat intéressant auquel on n’aurait sûrement pas assisté avec un nombre restreint de candidats. Ils ont tous un message à faire passer. Un message parfois un peu incongru, mais qui, justement par son originalité, peut orienter les discussions à venir sur des thèmes qu’on n’a pas forcément l’habitude d’aborder. Bref, le débat politique en ressort plus enrichi. »

On a parfois l’impression que les candidats ont pris le devant sur les programmes… Quel est votre avis à ce sujet ?

« Je ne suis pas vraiment d’accord. Même si, forcément, on a assisté à des joutes politiques et de véritables défis personnels, il y a aussi eu de vrais débats, révélant d’importants enjeux. Je pense par exemple à la question européenne et aux différents discours de Sarkozy et Hollande sur l’espace Schengen. »

À quoi peut-on s’attendre entre le premier et le second tour des élections ?

« À du mouvement ! Ce sera le temps des recompositions, des coalitions, des désistements… Ce sera aussi l’occasion pour les candidats éliminés de se mettre en avant et, en quelque sorte, de vendre leur réservoir de voix. »

L’élection présidentielle française aurait-elle pris des allures de mauvaise série B au scénario trop prévisible ?

« Non, je ne le pense pas. Bien qu’en France, la liaison entre politique et spectacle soit plus forte que chez nous, je crois sincèrement que les questions qui intéressent les Français ont été abordées lors de ces élections, que les vrais débats n’ont pas été occultés.

Sarkozy, se présentant en candidat du peuple, a réactualisé la question du référendum. On a parlé de l’égalité homme-femme, du mariage homosexuel, du SMIC, de la fraternité, du communautarisme, de la moralisation de la classe politique… Autant de thèmes de qualité qui ne laissent pas indifférents les Français. »

Enfin, pour terminer, quel est votre pronostic pour ces élections ?

« Je ne serais pas surprise de voir Mélenchon ou Marine Le Pen passer le premier tour. Je crois en tout cas de moins en moins en la réélection du président-candidat. »

Jérémie Degives (St.)