Le 11h02 : « Rien n’est encore joué pour François Hollande »

Rédaction en ligne

lundi 23 avril 2012, 13:11

Sarkozy a-t-il encore une chance ? Quel va être l’attitude de Marine Le Pen ? Et des autres candidats ? Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef, a répondu à vos questions lors du 11h02

Béatrice Delvaux, quelles sont vos impressions sur les résultats de ces élections ?

« J’aimerais avant tout dire deux choses. Tout d’abord, le score de Marine Le Pen inquiète vraiment. Non seulement car il est très élevé à l’échelle nationale, mais en plus parce qu’il l’a été dans beaucoup de départements.

Ensuite, le vote d’hier soir avait principalement pour objectif de mettre Nicolas Sarkozy au tapis. Avec un taux d’abstention aussi faible, les Français ont clairement exprimé leur mécontentement et leur colère par rapport au dernier quinquennat. Ils ont aussi démontré leur implication politique en se rendant aux urnes aussi massivement. En gros, ils ont crié haut et fort leur ras-le-bol envers Nicolas Sarkozy.

Les électeurs n’ont pas seulement condamné ses promesses non tenues, ils ont aussi et surtout complètement désapprouvé sa personnalité et son sens éternel de la mise en scène. C’est pourquoi pour Sarkozy, qui a tout misé sur lui-même, c’est une vraie défaite personnelle. »

C’est la première fois qu’un président sortant n’obtient pas le meilleur score au premier tour. Cela augure-t-il d’une victoire assurée pour François Hollande ?

« Déjà, le score réalisé par Hollande est une véritable prouesse en soi. Même Paris, historiquement plus à droite que la plupart des métropoles françaises, s’est tourné vers le candidat socialiste.

Mais cette victoire au premier tour est légèrement ternie par la motivation des électeurs. Ceux-ci ont en effet voté principalement contre Sarkozy, plus que pour Hollande. Un certain nombre d’électeurs situés plus à gauche ont aussi décidé, dès le premier tour, de « voter utile », c’est-à-dire de voter pour Hollande au détriment, entre autres, de Jean-Luc Mélenchon.

C’est pourquoi François Hollande, s’il veut remporter le second tour, va devoir tourner ce vote de contestation en un vote d’adhésion, ce vote négatif en un vote positif.

De toute façon, ce premier tour aura été davantage marqué par le score de Marine Le Pen que par la victoire de François Hollande. »

Quelles sont les prévisions pour le 6 mai ?

« Difficile à dire, d’autant plus que les sondeurs n’ont pas la science exacte et les résultats d’hier soir l’ont prouvé une fois de plus.

Ce qui est certain, c’est que Sarkozy va devoir convaincre l’électorat de Marine Le Pen et de François Bayrou, car aucun d’entre eux ne va appeler à voter pour lui. »

Peut-on prochainement prévoir un éclatement de la droite ?

« Il y a une différence fondamentale entre Marine Le Pen et son père, Jean- Marie. Ce dernier cherchait moins à peser politiquement qu’à exprimer certaines idées, voire juste à s’exprimer, à provoquer. La nouvelle présidente du Front National a d’autres ambitions. Elle possède un vrai désir d’exister sur la scène politique, d’exercer une réelle influence. Elle veut combattre Sarkozy et, une fois qu’il serait à terre, tenter de lui reprendre le maximum d’électeurs pour les législatives qui auront lieu d’ici quelques mois. Le Front National est de moins en moins considéré comme un parti d’extrême droite, et est perçu de manière croissante comme une « droite de la droite », ce qui la rend plus fréquentable auprès des Français. »

Peut-on envisager que le Front National change de nom ?

« On verra. En fait, on a un peu l’impression que Marine est passée au second tour, mais qu’en gros, ses idées sont représentées par un autre candidat qui n’est autre que Sarkozy, qui va clairement représenter les électeurs du FN.

Marine Le Pen se fait passer pour une mère de famille regroupant ses enfants égarés et en manque de changement. De plus, la simplicité de son programme séduit plus d’un Français.

Pour la gauche, le challenge est moins aisé. Ils doivent convaincre les plus utopistes tout en restant raisonnables, afin de rallier l’électorat le plus à gauche comme celui situé plus au centre. »

Quels vont être les rôles des candidats éliminés ?

« Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont sans ambiguïtés appelé à voter François Hollande au deuxième tour. Peut-être plus pour expulser Sarkozy du pouvoir que par conviction pour Hollande.

Ceci dit, même parmi les républicains, certains vont voter à gauche par crainte du Front National et des populistes. C’est pourquoi la gauche se doit de gagner afin d’éviter une victoire par procuration du Front National. Ensuite et une fois le pouvoir pris, François Hollande se devra de l’exercer de façon efficace afin d’enrayer convenablement la montée du FN. »

On qualifie beaucoup l’électorat de François Bayrou comme la variable inconnue du second tour. À qui cela va-t-il finalement profiter ?

« On ne sait pas exactement. Ce qui est sûr, c’est que le président du PS devra moins faire de concessions que prévu pour séduire le plus large électorat possible par rapport à son rival de l’UMP. Le score moins élevé qu’attendu de Jean-Luc Mélenchon et de la gauche plus radicale est en grande partie responsable de cela. Tandis que Sarkozy, qui va immanquablement lorgner du côté du FN, se devra de durcir les thèmes de sa campagne, risquant ainsi de perdre ses électeurs plus modérés.

Malgré tout, la politique économique de François Hollande est assez centriste. Ce qui n’entre pas en contradiction avec son désir d’une Europe différente. Car une victoire socialiste en France pourrait considérablement changer le paysage politique européen, se répandant comme une traînée de poudre vermeille. Or, si ses dirigeants changent, l’Europe et sa politique changent aussi à leur tour. »

Finalement, François Hollande peut-il être arrêté dans sa course au pouvoir ?

« Il faut être prudent, rien n’est encore gagné. Malgré un résultat plus que convaincant au premier tour, François Hollande va devoir se battre et aller chercher cette victoire qu’il ne doit absolument pas considérer comme acquise. Surtout qu’on connaît bien Sarkozy qui ne se laissera pas faire et qui luttera jusqu’au bout.

Ceci étant dit, la vraie force de François Hollande au deuxième tour sera la même qu’au premier : c’est dans le ras-le-bol de Nicolas Sarkozy qu’il puise le maximum de sa puissance. »

Que va-t-il se passer d’ici le second tour ?

« Le débat qui opposera les deux finalistes risque d’être fort intéressant. Il leur faudra d’ailleurs tout donner sur ce débat unique. Sarkozy va devoir montrer ce qu’il a encore dans le ventre, et Hollande va tenter de prouver qu’il n’est pas aussi mou qu’on le prétend et qu’il est, lui aussi, animé d’une certaine énergie, voire d’une certaine fermeté.

Enfin, il faudra aussi débattre de l’extrême droite, de son score ahurissant et de sa place aujourd’hui sur la scène politique. »

Jérémie Degives (St.)