Le 11h02 : « L’alimentation, aussi une question d’éducation »

Rédaction en ligne

vendredi 27 avril 2012, 12:48

Un enfant sur cinq est en surcharge pondérale en Belgique. Mais « il y a une véritable prise de conscience au sein de la population », estime le cabinet de la Ministre de la Santé, Fadila Lalaan. Quelles solutions, alors ? Christian Du Brulle a répondu à vos questions lors du 11h02

Quels sont les chiffres à retenir de cette étude faite à Amsterdam ?

« Les chercheurs ont suivi le poids de 7.000 écoliers, dans sept pays différents, dont la Belgique. Ils ont constaté que très petit déjà, un problème inquiétant de surpoids pouvait apparaître chez l’enfant. »

« En Belgique, nous n’avons pas trop à nous plaindre car il est vrai que nous sommes encore assez épargnés, mais, statistiquement, un enfant sur cinq est en surpoids dans nos écoles. En Grèce, c’est un enfant sur deux qui présenterait une surcharge pondérale préoccupante. »

Quels sont les critères qui définissent si une personne est en surpoids ou pas ?

« Il suffit d’un calcul assez simple à réaliser. On divise en fait le poids (en kilogrammes) par la taille (en mètres) au carré. Par exemple, si vous pesez cent kilos et mesurez deux mètres, vous divisez 100 par 4 et arrivez donc au chiffre 25. Or, tant que le nombre obtenu oscille entre 19 et 25, cela veut dire qu’aucun problème de poids n’est à déclarer. Au-dessus de 25, on considère que la personne est en surpoids ; au-dessus de 30 qu’elle est obèse. »

Cette étude précise que l’obésité peut parfois commencer très tôt… Quels seraient les rôles de l’école et des parents quant à la nutrition des plus jeunes ?

« C’est évidemment une question d’éducation et de mode de vie. Les milieux familial et scolaire sont très importants pour la compréhension de ce qu’est une alimentation saine. C’est lors des repas à la maison qu’il faut apprendre à manger moins gras, moins salé et plus équilibré. »

« Malheureusement, les parents consacrent de moins en moins de temps à la cuisine. Désormais, on achète fréquemment des plats préparés ou de la nourriture industrielle. On n’a plus la patience de faire attention à la valeur nutritive des ingrédients qu’on achète. »

« Autre souci : on mange aussi trop salé. Le sel rajoute du goût et il nous serait insupportable de nous en passer. Cependant, il ne faut pas en abuser car trop de sel est nocif pour la santé. Cela peut causer des problèmes cardio-vasculaires très graves ou provoquer de l’hypertension ou les deux. »

« Dès le plus jeune âge, il faut donc apprendre aux enfants à ne pas exagérer sur le sel et à manger sainement. »

Qu’en est-il des distributeurs de sodas et de boissons sucrées dont regorgent nos écoles ?

« L’ennui avec ces distributeurs, c’est qu’on pourrait les supprimer facilement s’ils n’apportaient pas un certain pécule aux écoles. Alors pour limiter leur succès, les professeurs peuvent aborder le sujet en classe. Mais c’est aussi le rôle des parents d’éviter à leurs enfants de se laisser aller à la tentation de ces collations faciles et souvent trop sucrées. Pour cela, il suffit de placer dans leur sac d’écolier un en-cas qu’on aura estimé assez sain et nutritif pour son enfant. »

Est-ce que les professeurs et instituteurs sensibilisent vraiment les élèves à ce sujet ?

« Il y a tout de même l’opération « un fruit par jour » qu’organisent certaines écoles. Il faut aussi dire qu’avant, on avait une autre conception de la collation. Et tout ceci me semble lié à notre gestion du temps. Celui-ci se fait de plus en plus court et, du coup, on prend moins le temps pour manger sainement. »

Et le politique dans tout ça ?

« En ce qui nous concerne, la Fédération Wallonie-Bruxelles est assez dynamique. Il y a des campagnes et quelques évolutions singulières. À Mouscron et à Marche par exemple, où, depuis six ans, des spécialistes viennent apprendre aux jeunes à manger correctement. En plus de ces diététiciens, des animateurs sportifs ont pour mission de faire bouger et se dépenser les écoliers. Les résultats sont plus que satisfaisants : depuis le début de l’opération, la courbe s’est inversée et le pourcentage d’élèves en surcharge pondérale a baissé. »

« Évidemment, toutes ces opérations ont un coût, d’où la nécessité du politique pour le prendre en charge. »

Que pensez-vous des propositions de l’ONU qui voudrait taxer la malbouffe ?

« Cela me paraît délicat. Je crois plutôt qu’il faudrait davantage miser sur la prévention, surtout en ce qui concerne les enfants. On peut notamment leur expliquer qu’il est facile de végéter devant un écran et de succomber à la facilité qu’offrent les fast-foods. Ils comprendront d’autant plus l’importance d’une alimentation correcte et du sport sur notre santé. »

Jérémie Degives (St.)