Le 11h02 : « La métamorphose de Hollande en chef d’État »

Rédaction en ligne

jeudi 03 mai 2012, 13:24

Y a-t-il un vainqueur à ce débat à couteaux tirés ? Agressivité, tensions, accusations… Que retenir du débat ? Joëlle Meskens a répondu à vos questions

En terme de durée et d’audience, que peut-on retenir de ce débat ?

« Le duel d’hier, qui a duré 2 heures 50, est le plus long auquel ont pu assister les Français. Ils étaient d’ailleurs un peu moins de 18 millions à suivre les deux candidats finalistes à la télévision. »

Y a-t-il eu un gagnant ?

« Au départ, Nicolas Sarkozy se voyait clairement ressortir grand vainqueur de ce débat. Très confiant, c’était pour lui l’occasion d’inverser la tendance, de « débusquer le prince de l’esquive ».

Mais celui qui a pris l’ascendant n’est finalement pas celui auquel on s’attendait. François Hollande a, d’emblée, était très offensif. C’est lui qui a entamé le combat et qui a mené son adversaire sur des terrains sur lesquels il voulait aller. »

Comment ont été choisies les thématiques ?

« Les choix sont opérés par les deux grandes chaînes de télévision françaises. Les candidats ne décident pas grand-chose. Bien sûr, il y a des sujets incontournables qu’ils devront immanquablement aborder. Hier, on a très peu parlé de la future orientation de la France en matière de politique étrangère par exemple, mais on ne peut pas parler de tout non plus. »

Qu’a-t-on réellement appris lors de ce débat ?

« Au niveau du programme, rien du tout. Leurs programmes sont connus depuis des mois et rien de nouveau n’a vraiment été dit à ce propos. »

« Par contre, au niveau de la personnalité des deux candidats, on a pu découvrir pas mal de choses ! François Hollande s’est révélé beaucoup plus présidentiel qu’attendu. On le disait souvent mou, mais hier, il a affirmé sans crainte son ascendant, son autorité. Le socialiste a fait preuve d’une carrure à toute épreuve, au contraire de son adversaire qui l’a beaucoup invectivé, le traitant même de « menteur » et de « petit calomnieur » sur la fin. »

Leur gestuelle a-t-elle révélé des informations supplémentaires ?

« Encore une fois, le socialiste a mieux géré cet aspect-là. Il est apparu souriant, sûr de lui, serein. Sarkozy, qui jouait beaucoup avec sa veste, semblait tendu et crispé. Lorsqu’ils parlaient, les regards des deux candidats étaient assez explicites : alors que Hollande regardait toujours Sarkozy dans les yeux quand il s’adressait à lui, le candidat de l’UMP cherchait souvent les journalistes du regard. »

« Tout ceci alors que Sarkozy, en tant que challenger, avait nettement moins à perdre dans ce débat que Hollande. Mais cela ne l’a pas empêché de faire preuve de beaucoup de crispation finalement. »

Hollande serait-il sorti vainqueur notamment aussi parce que Sarkozy l’a sous-estimé ?

« Cela ne fait aucun doute qu’une telle déconsidération a plus desservi Sarkozy que l’inverse. Il a dû être étonné d’avoir en face de lui un homme d’une telle prestance. Hollande s’est véritablement métamorphosé au cours de ces derniers mois. Hier, il était posé et présidentiel. »

« Du côté des militants de droite, bien que tout le monde s’accorde à dire que Nicolas Sarkozy est sorti gagnant du débat, personne n’ose prétendre qu’il a « explosé » son adversaire, comme beaucoup d’entre eux l’avaient prédit. »

« Et quand on regarde les manchettes des journaux français, « Libération », qui ne cache pas ses penchants socialistes, a titré « Hollande préside le débat ». Alors que « Le Figaro », situé plus à droite, s’est contenté d’un titre beaucoup moins partisan et bien plus neutre. »

Est-ce que le débat peut changer les choses d’ici dimanche ?

« Aucun débat d’entre-deux-tours n’a jamais été décisif. On parle parfois de celui de 1974, mais il est tellement difficile de mesurer son impact. En fait, ces débats confortent généralement les citoyens dans leurs positions. »

« Ceci étant dit, hier, lors de la conclusion, François Hollande s’est montré réellement bluffant. Pour décrire sa potentielle future présidence, il a sorti une tirade assez phénoménale, fort convaincante. Pendant quelques minutes, il a endossé le costume présidentiel pour souligner les différences qui l’opposait à Sarkozy. Il en a aussi profité pour remettre en avant sa normalité. »

« Pour sa conclusion, Sarkozy s’est, lui, surtout adressé aux électeurs du Front National et du MoDem. C’est en cela notamment qu’il s’est montré moins rassembleur et qu’il est apparu encore un peu moins comme un chef d’État. »

Quelle était la stratégie de Sarkozy pour décrédibiliser son adversaire ?

« Il a voulu chercher son adversaire sur ses contradictions mais cela n’a pas marché. François Hollande est resté très serein et n’a montré aucune instabilité. Même sur l’immigration, sujet sur lequel le socialiste s’est souvent montré ambigu, Sarkozy n’a pas réussi à le coincer. Hollande était effectivement plus précis cette fois-ci. Il n’a de plus pas modifié son intention de donner le droit de vote aux étrangers. Sur ce point, il a cependant nuancé son projet en déclarant qu’il aurait recours au référendum si besoin est. »

Quel a été, pour vous, le moment fort du débat ?

« Il y en a eu deux à mon sens. D’abord, comme je l’ai dit plus tôt, la conclusion de François Hollande m’a beaucoup surprise. J’ai trouvé que l’autre moment clé se situait en fait avant le débat, c’est-à-dire lors de l’introduction qui le précédait et de l’entrée en scène des deux candidats. Tout cela me faisait penser à une pièce de théâtre, au script déjà connu. Comme si le match était joué d’avance. Or, si Hollande avait tout de suite l’air calme et serein, Sarkozy paraissait déjà très crispé, très tendu. »

Les derniers sondages maintiennent Hollande victorieux le 6 mai. Qu’est-ce qui pourrait encore influencer les électeurs ?

« Si, dimanche, les pourcentages changent, le débat n’en sera pas responsable. La seule surprise envisageable viendrait du report de voix. De ce côté, il subsiste un fort rejet du président sortant parmi les électeurs de Marine Le Pen, bien qu’une majorité de ceux-ci opterait tout de même pour Sarkozy. L’électorat de Bayrou, lui, se partagerait en trois parts assez égales : un tiers pour Sarkozy, un pour Hollande et un qui voterait blanc. »

Pour conclure, quel fut, à votre avis, l’atout de François Hollande lors de ce débat ?

« Tout simplement sa constance. Il n’a jamais dévié et a fait preuve de solidité face au président-candidat. Lui-même mise beaucoup sur sa normalité. »

Jérémie Degives (St.)