Sarkozy-Hollande : on refait le débat

Rédaction en ligne

jeudi 03 mai 2012, 14:41

Au lendemain de la confrontation entre les deux candidats à la présidentielle, Philip Cordery, candidat du PS aux législatives pour la circonscription Benelux, et Denis Ducarme, député MR, reviennent sur le débat. Ils ont répondu à vos questions

Sarkozy-Hollande : on refait le débat

BELGA – AFP

Sur les programmes des deux candidats finalistes.

Philip Cordery : « Nous avons vécu hier un moment important de la campagne. François Hollande a présenté son programme et le débat a porté autour de ses propositions. Il a une vision de la France : le redressement économique, la justice sociale et fiscale, la République exemplaire. En face, nous attendons toujours le projet. Hollande a montré qu’il était prêt à gouverner. Maintenant aux électeurs de choisir. »

« Son programme est non seulement ambitieux mais aussi réaliste et financé. Il a également exposé un calendrier de mise en œuvre des premières mesures. »

« En prônant une République exemplaire, il veut mettre fin aux privilèges, remettre de l’éthique dans la gestion de l’État. Tout le contraire du président sortant qui n’a cessé de faire des cadeaux à ses proches. »

« Le vote Hollande est le vote pour combattre le FN. Nous ne réglerons pas la question du FN en courant derrière lui. Sarkozy, en faisant de la sorte, restera le Président du doublement du FN. Il faut au contraire répondre à la colère sociale légitime d’une partie grandissante de la population qui souffre en réorientant la politique économique et sociale, en créant de l’emploi. »

Denis Ducarme : « La démarche du candidat Hollande s’appuyant constamment sur les variables chômage, PIB, dette, balance commerciale… en les isolant du contexte international et de la crise européenne peut sans doute porter ses fruits devant une forme d’ethnocentrisme français mais est naturellement peu crédible à l’analyse des observateurs étrangers. »

« Je pense qu’il faut lutter contre l’exil fiscal autant que cela est possible, en ce sens la proposition du candidat Sarkozy relative aux « exilés fiscaux » me semble une réflexion à creuser à l’échelle de nos pays européens. »

À propos de l’Europe.

DD : « On peut être quelque peu déçu de la place et du temps qui lui furent réservés. La France est une des deux locomotives politiques européennes. Sa politique européenne et étrangère aura un impact sur la vie des Européens et des Belges. Le projet européen et international du candidat Hollande tel qu’exposé hier soir et durant la campagne m’interpelle négativement à plusieurs égards : un, le PS français n’a pas souhaité voter en faveur du MES (NDLR : Mécanisme européen de stabilité) auquel même le PS belge et Monsieur Di Rupo se sont soumis ; deux, la volonté du candidat socialiste de renégocier le pacte budgétaire européen, visant à la réduction des déficits publics, risque de rajouter de la crise politique à la crise économique. Ce n’est pas une perspective rassurante.

« À l’inverse, le candidat Sarkozy a eu une implication majeure dans le cadre du sauvetage de l’Euro. Il demeure à l’échelle européenne une valeur sûre dans un contexte de crise exceptionnellement difficile là où le candidat Hollande devra quant à lui nécessairement prendre un temps pour se familiariser avec les rouages et les individualités européennes. »

PC : « Il est indécent en tant de crise que des citoyens échappent à l’impôt en s’exilant dans un pays voisin. François Hollande veut renégocier la convention fiscale entre la France et la Belgique afin de permettre un échange d’informations sur le patrimoine. Notre objectif reste l’harmonisation fiscale européenne afin de mettre fin à la concurrence déloyale en Europe »

« L’harmonisation fiscale doit se faire de manière concertée et intelligente. Elle doit permettre d’éviter la concurrence déloyale. De nombreux pays ayant introduit la « flat tax » reviennent dessus. L’urgence aujourd’hui est à un meilleur équilibre entre fiscalité du travail et fiscalité du capital. C’est ce que propose Hollande en France, c’est ce que proposent les socialistes européens, notamment par l’introduction au niveau européen d’une taxe sur les transactions financières. »

« La réorientation de l’Europe que propose Hollande passe également par une politique industrielle européenne, des investissements européens dans des grands projets d’infrastructures. L’Europe doit être ambitieuse. »

« Le couple franco-allemand, ces dernières années, plutôt que d’être le moteur nécessaire de la construction européenne, s’est transformé en diktat. En imposant à l’Europe entière une politique d’austérité à court terme, « Merkozy » a accentué la crise économique et financière. Il faut en Europe de la démocratie et de la relance économique, ce que la Commission européenne commence à réaliser. Mieux vaut tard que jamais… Une victoire de François Hollande permettra une réorientation de l’Europe »

DD à Philip Cordery : « Le couple franco-allemand a surtout sauvé l’Euro et stabilisé l’Europe avec l’ensemble des pays membres qui ont adopté une part importante de leurs propositions, notamment en matière de garantie pour les pays membres en grande difficulté. »

PC à Denis Ducarme : « Denis Ducarme, et quid de la croissance ? La droite européenne a, non seulement mis presque deux ans à accepter un mécanisme de stabilité qui aurait permis, s’il avait été introduit plus tôt, d’éviter l’aggravation de la crise, mais a aussi refusé tout plan de relance qui aurait permis de revitaliser nos économies. »

Sur le plan international.

DD : « Sur le plan international et de l’Otan, je ne peux qu’être interpellé au titre de Vice-président de la Commission de la Défense Nationale par la volonté du candidat Hollande de retirer fin 2012 les troupes françaises d’Afghanistan. Certains socialistes belges, francophones et néerlandophones avaient exprimé cette volonté en Belgique dans le cadre de la négociation de notre accord de gouvernement, ils ont dû finalement faire profil bas devant les engagements internationaux de notre pays, les impératifs et délais techniques liés au retrait, la poursuite des programmes relatifs à l’Afghanisation et leur concordance avec le rythme du retrait. »

Sur le nucléaire.

DD : « L’Allemagne mise toujours sur le Charbon et parle de rouvrir un certain nombre de mines, je ne pense pas que miser sur l’énergie fossile soit écologiquement valable. Il faut néanmoins continuer à miser sur les énergies renouvelables, qui ne seront pourtant pas de sitôt suffisantes compte tenu de l’augmentation en matière de demande énergétique… On pourrait continuer ce débat et ajouter encore le paramètre de l’indépendance énergétique. Bref, je pense que nous avons besoin du nucléaire. »

« Je pense également que le débat français relatif au nucléaire est un bon enseignement et doit alimenter notre réflexion nationale. Toute sortie du nucléaire signerait pour la Belgique une baisse de pouvoir d’achat importante des consommateurs nationaux. »

Sur l’immigration.

DD : « J’estime comme Nicolas Sarkozy que pour disposer des droits liés à la citoyenneté, l’acquisition de la nationalité devrait partout rester la référence et le chemin à privilégier en Belgique. En effet, les socialistes ont mis la pression sur la question en 2004, bien avant de régler le vote des Belges de l’étranger. »

« En matière d’immigration et sur le plan européen, je ne peux qu’être sensible à la volonté du candidat Sarkozy de resserrer les accords de Schengen ou tout au moins de réclamer que la zone soit renforcée à nos frontières communes. Avoir ouvert cette réflexion et poser cette requête fera réagir positivement un certain nombre d’État et fera des émules. Bousculer un peu l’Europe sur ce plan me semble utile si cette démarche tend à s’appuyer en final sur la réalisation d’un compromis »

Jérémie Degives (St.)