Le 11h02 : « Non, Monsieur De Wever, la presse n’est pas dangereuse »

Rédaction en ligne

vendredi 04 mai 2012, 12:41

Lors d’une interview accordée à Apache, Bart De Wever s’en est pris violemment aux médias, qu’il voit comme une menace pour la politique. Dave Sinardet, « Bart De Wever aime jouer la victimisation ». Dans quel but ? Béatrice Delvaux a répondu à vos questions

Les médias sont-ils réellement dangereux ?

« Avant toute chose, il faut remettre la situation dans son contexte. C’est après une conférence sur les liens entre médias et démocratie qu’il a déclaré au site d’informations « Apache » être effrayé par les abus médiatiques. »

« Alors qu’a-t-il cherché à faire en fustigeant de la sorte les médias ? En fait, on se rend compte que la plupart de ses sorties servent soit à détourner l’attention, soit au contraire, à l’attirer. Mais c’est aussi une occasion pour lui de discréditer les médias et les porteurs d’informations qui le dérangent. »

« Or, Luc Van Der Kelen, qui est éditorialiste à « Het Laatste Nieuws », a écrit plus d’un texte dans lesquels il exprimait son désaccord avec la N-VA et ses idées. J’ai d’ailleurs trouvé les mots de De Wever à l’encontre de Luc Van Der Kelen très durs. Cet homme n’est pas un « activiste politique pur-sang », il est un éditorialiste politique. Qu’on ne s’étonne donc pas de ses textes engagés dès lors que son métier consiste précisément à émettre des avis sur la politique. Mais que M. Van Der Kelen se rassure, il n’est pas le seul à subir les foudres de Bart De Wever. « Le Soir » et lui ont toujours eu une relation assez tendue… »

« En somme, quand les médias portent son message, Bart De Wever est content. C’est moins le cas dès le moment ou ceux-ci n’approuvent pas ses déclarations ou pire, les critiquent. Pourtant, Bart De Wever, dans sa tentative de discréditer les médias, ne devrait pas oublier que l’enquête qui a conduit à la démission de Pol Van Den Driessche, ancien membre de son parti, était le fruit d’une recherche bien documentée. »

« Et puis arrive le cas Ghysen, où, effectivement, la presse a fait preuve d’une déontologie journaliste assez douteuse. Les accusations à l’encontre de Ghysen n’ont pas été vérifiées avant d’être diffusées à l’antenne. De Wever en a ensuite profité pour jeter l’opprobre sur tous les médias, ce qui constitue une tactique politique en soi. »

Jouer les « Calimero », c’est une bonne stratégie pour attirer l’attention sur soi ?

« Je ne suis même pas certaine qu’il en ait réellement besoin. Sa présence médiatique est loin d’être au point mort et sa candidature au poste de bourgmestre d’Anvers a fait suffisamment de bruit. »

« Et puis c’est toute la contradiction chez De Wever : il aime donner des leçons qu’il n’applique pas. C’est le fameux « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». On se souvient de lui montrant ses enfants à la télévision et, à travers son régime, on le devine accorder une importance non négligeable à son image médiatique. Il a même récemment posé en costume, telle une star de cinéma, dans un magazine flamand qui lui a consacré toute une série de pages. Enfin, à lui, et à sa diète. Mais ce lien que les journalistes tentent de lui montrer, il le nie complètement. »

« Ce qui me marque à chacune de ses sorties, c’est qu’il n’hésite jamais à attaquer d’abord sans retenue pour ensuite se défendre de ses propres propos en les minimisant. On a encore eu le cas cette fois-ci puisqu’il a affirmé par après avoir voulu s’en prendre à Twitter et à la rapidité des médias. »

Accorder une telle importance à ses déclarations, n’est-ce pas prendre le risque d’entrer dans son jeu ?

« On en parle moins côté néerlandophone que chez nous. Finalement, c’est aussi De Wever qui s’expose à l’indifférence en multipliant ce genre de sorties tactiques et populistes. Étant donné qu’il n’y a aucun fond dans la stratégie qui est la sienne, l’intérêt qu’on lui porte risque de s’en retrouver progressivement affecté. »

Tout est-il à jeter dans les discours du leader de la N-VA ?

« Non, bien sûr, Bart De Wever ne raconte pas que des inepties. Mais c’est aussi le travail des journalistes de faire du « fact checking », c’est-à-dire notamment de vérifier les faits et les dires des hommes politiques. Après le débat entre Hollande et Sarkozy, plusieurs journalistes se sont attelés à décortiquer leurs propos et à vérifier leurs chiffres. »

« Cependant, la manière dont Bart De Wever tente de faire valoir un avis est douteuse. Il fait de la manipulation et use de recettes populistes pour critiquer la presse. »

« Au final, cette poussée de testostérone est plutôt un flop, et lui qui voulait se révéler le chantre de tous ces politiciens « terrorisés » par les médias n’a trouvé aucun écho à sa tirade dans le monde politique. »

Jérémie Degives (St.)