« Hollande devra réduire l’endettement et le déficit français »

Rédaction en ligne

mardi 08 mai 2012, 15:25

Pour Bruno Colmant « La rigueur est saine uniquement en période de croissance, pas en période de récession. » Pour l’économiste belge, les politiques d’austérité, en période de récession, aggravent la situation et ne permettent pas de rembourser la dette publique. ». L’économiste a répondu à vos questions

« Hollande devra réduire l’endettement et le déficit français »

©afp

À propos de l’importance de la France dans l’économie européenne et de François Hollande

« Il faut avoir une vision nuancée des choses. La France a un poids moyen au sein de l’Europe. Et la seule chose que Hollande puisse faire, c’est pousser à une politique monétaire plus accommodante (plus d’injection d’argent) et, aussi, à moins de rigueur budgétaire. »

« Une fois aux commandes de l’État, il devra réussir à réduire l’endettement et le déficit budgétaire français qui ont atteint des proportions très inquiétantes. »

« Mais François Hollande n’imposera rien à la Banque centrale européenne. Par contre, il risque d’influencer les placements des banques françaises pour financer la dette publique française. »

« Enfin, la France est le contre-exemple du libéralisme puisqu’elle est une des économies européennes dans laquelle le poids de l’État est le plus important. Effectivement, contrairement à ce qu’on pense généralement, Sarkozy a augmenté le poids de l État dans l’économie française. »

« Quant à la gauche européenne, paradoxalement, elle devra mettre en œuvre une politique de droite car elle va devoir ajuster des transferts sociaux dans la plupart des pays européens. »

Sur la Banque centrale européenne (BCE)

« Immanquablement, la BCE va devoir augmenter la création monétaire et cela conduira à de l’inflation. Cette inflation est indispensable pour relancer l’économie. Elle est d’ailleurs préconisée par les meilleurs économistes américains. »

« Par ailleurs, la BCE a déjà cédé puisqu’elle a injecté mille milliards d’euros dans le système. Mais il est probable qu’elle doive encore faire plus. »

« Quant aux taux pratiqués par la BCE, il existe deux raisons pour lesquelles la BCE ne prête pas directement aux états à 1 % comme elle le fait aux banques : tout d’abord, c’est interdit par ses statuts, et ensuite, cela permet de reconstituer les rentabilités des banques, ce qui est indispensable actuellement. »

Sur les solutions envisageables

« Il faut désormais libérer l’énergie de la jeunesse, qui sera la seule façon de sortir l’Europe de la crise. L’Asie, par exemple, a redéployé sa jeunesse en stimulant la formation et l’éducation et en stimulant fiscalement le travail des jeunes. »

« Par ailleurs, je plaide depuis trois ans pour l’absence de rigueur. La rigueur est saine uniquement en période de croissance, mais pas en période de récession. Je crois que les politiques d’austérité sont une mauvaise chose en période de récession, car elles aggravent ces récessions. Et surtout, elles ne permettent pas de rembourser la dette publique. Le progrès de l’économie est basé sur la croissance qui est indispensable. Et donc prôner la décroissance est vain. »

« Aujourd’hui, en ayant un peu d’inflation, on réduit l’endettement que nous léguons aux futures générations. »

« En fait, la valeur d’une monnaie est uniquement basée sur la confiance qu’on a dans son pouvoir d’achat futur. C’est pour cela que la Banque centrale européenne est attentive à garder sa crédibilité. »

Sur les types de financement à privilégier

« Au niveau macro-économique, il faut injecter de l’argent dans des grands projets d’infrastructures. Par exemple : des installations de chemin de fer ou d’énergie renouvelable. »

« Il vaut effectivement mieux financer des projets d’infrastructures qui créent de l’emploi indirect plutôt que de financer de simples transferts sociaux »

Sur l’inflation et les limites à ne pas franchir

« L’inflation actuelle en Belgique est un peu inférieure à 4 %. Je pense qu’il faudrait une inflation de 5 % au niveau européen. Le problème est que les Allemands n’en veulent pas. Pourtant, je pense que si nous n’acceptons pas un peu d’inflation, la probabilité de scission de l’euro augmente. »

Sur le retour à l’étalon-or

« Je ne pense pas que ce serait une bonne idée, parce que l’or est devenu aujourd’hui une matière négociable et a perdu son caractère de monnaie. »

À propos de l’augmentation de l’impôt.

« L’augmentation de l’impôt, généralement privilégiée à l’inflation par la gauche, exige une coordination européenne difficile à mettre en place. Tandis que la création monétaire est plus rapidement efficace. »

« De plus, augmenter l’impôt à 75 %, par exemple, serait nocif. Les économies sont trop imbriquées aujourd’hui, pour avoir une taxation de cet ordre. Cela ferait fuir tous les entrepreneurs de France. »

À propos du pacte budgétaire européen

« Je crois qu’il devra être repensé, ou en tout cas, repensé à court terme. »

Sur l’éventualité d’une solution à l’échelle mondiale

« Il n’existe pas de théorie universelle car pour tout débiteur, il y a un créancier. Par contre, un excès d’endettement public se termine toujours mal, et au mieux par de l’inflation. »

Sur un potentiel protectionnisme européen

« Je crois qu’une dose de protectionnisme temporaire serait utile pour reconstituer notre capital industriel. »

Sur les tensions qui risquent de secouer prochainement l’Europe

« Quoiqu’il se passe, cela ne conduira pas à des guerres. Car des guerres ne sont pas pertinentes dans des économies de service. Par contre, cela conduira à des troubles sociaux et générationnels. »

Sur l’aspect social

« Le vrai risque est social, parce qu’entre l’ordre monétaire et l’ordre social, l’ordre social prévaut toujours. Il faut donc privilégier la justice sociale à un monde sans inflation. »

Sur les eurobonds

« Ils sont aujourd’hui une idée abandonnée. Au contraire, maintenant, les États rachètent leur propre dette. C’est un phénomène de renationalisation des dettes publiques. »

Sur la durée de la crise

« Elle durera au moins une génération. »

Sur Mélenchon

« Ce que préconise Mélenchon n’est plus d’actualité au XXe siècle. »

Sur le « Livre Blanc « de Jacques Delors

« Même aujourd’hui, il faudrait en reprendre les principes. »

Plutôt Hayek ou Keynes ?

« Hayek. »

En conclusion

« Le vrai problème de l’euro, actuellement, est la confiance en la monnaie sachant que cela relève toujours d’une profession de foi portant sur le sérieux de nos gouvernants – à ce sujet, François Hollande sera testé dans les prochains mois. Or, en endettant nos économies depuis 40 ans, nos gouvernants ont fragilisé la monnaie. Cela me conduit à l’intuition qu’un État endetté est toujours inflationniste. »

Jérémie Degives (St.)