Le 11h02 : cordon sanitaire, « entre déni de démocratie et nécessité démocratique »

Rédaction en ligne

mercredi 09 mai 2012, 13:54

Louis Michel a évoqué « une sorte de cordon sanitaire » vis-à-vis des « extrémismes fascisants ». Le cordon sanitaire, une exception belge de plus en plus nécessaire ou une notion désuète dans le monde d’aujourd’hui ? Olivier Mouton a répondu à vos questions

Le 11h02 : cordon sanitaire, « entre déni de démocratie et nécessité démocratique »

Louis Michel s’est dit, sur la Première ce mardi, « très inquiet de la montée des extrémismes fascisants ». Rejetant une possible « banalisation » de ce type de discours, il a évoqué « une sorte de cordon sanitaire vis-à-vis » de ces partis.

Le cordon sanitaire a-t-il sauté ?

Avec l’entrée au parlement grec du groupe néonazi Chryssi Avghi (Aurore dorée) et les excellents résultats du Front National de Marine Le Pen lors du premier tour des élections présidentielles, la question de l’utilité et de l’existence du cordon sanitaire se pose plus que jamais.

Pour rappel, ce principe veut qu’aucun parti démocratique ne fasse d’alliance avec un parti d’extrême droite, qui doit être maintenu dans l’opposition. Cela implique par conséquent que ces partis, jugés liberticides, n’aient pas accès au débat.

Le cordon sanitaire, utile à l’extrême droite ?

En Belgique, le cordon sanitaire, défendu par le MR mais également par les partis socialistes existe donc au niveau politique. Par contre, il n’y a pas de cordon sanitaire médiatique. Ainsi par exemple, il est récurrent de voir la VRT donner la parole au Vlaams Belang. Dès lors, une question se pose : cela est-il compatible avec le rôle de dénonciation des médias ? Selon Olivier Mouton, la presse belge dénonce fortement la montée des extrémismes. Néanmoins, un effet pervers est à craindre : cette diabolisation des partis d’extrême pourrait renforcer aux yeux des électeurs leur caractère « anti système » et leur faire de la publicité indirectement. Un effet d’autant plus dangereux en ces temps de crise où les gens souhaitent qu’on apporte des réponses aux difficultés qu’ils vivent. Au sein des rédactions, cette question ne trouve jamais de réponse simple.

Quant à savoir si la NVA est la preuve que le cordon sanitaire n’est plus à place en Belgique, Olivier Mouton relativise. Si ce parti a effectivement des racines communes avec le Vlaams Belang, il s’en distancie et se montre plus subtil sur certains volets.

En France, le cordon sanitaire existe aussi. Toutefois, il n’est pas impossible qu’au niveau du parlement, où le vote est aussi majoritaire, on obtienne un résultat triangulaire qui verrait l’UMP avoir besoin du poids du FN et donc faire alliance avec celui-ci de manière stratégique.

Au niveau européen, le cordon sanitaire pourrait simplement être mis en place par un simple texte auquel souscriraient les partis.

L’Autriche et les Pays-Bas : les mauvais élèves

La Grèce n’est pas le premier pays dans lequel on note une montée significative de l’extrême droite au pouvoir. Ce fut également le cas en Autriche, lors de l’alliance entre les conservateurs et les partis d’extrême droite, ainsi qu’au Pays-Bas, avec le populiste Geert Wilders et ses conceptions très dures notamment vis-à-vis de l’immigration et de l’homosexualité.

Des coalitions minoritaires ont aussi pris place dans les pays scandinaves.

Cordon sanitaire, déni de démocratie ?

Le principe du cordon sanitaire ne fait pas l’unanimité. Selon ses détracteurs, il est anti démocratique d’empêcher sciemment les partis d’extrême droite d’accéder au pouvoir alors que des électeurs élisent légalement ceux-ci. Plutôt que de s’évertuer à confiner l’extrême droite dans l’opposition et de la maintenir au silence, peut-être serait-il plus judicieux de tenir compte de la parole de ces électeurs afin de comprendre ce qu’elle exprime, et en particulier déterminer s’il s’agit d’une réaction directe à la crise d’austérité que nous vivons. Un constat d’autant plus urgent que l’Europe ne connaîtra peut être plus jamais sa richesse d’antan.

Jennifer Fileccia (St.)