Le 11h02 : « Au-delà du dynamisme, un manque de fierté culturelle »

Rédaction en ligne

jeudi 10 mai 2012, 12:32

Après la lettre de Xavier Canonne contre Fadila Laanan, la ministre de la Culture en Communauté française est-elle sur un siège éjectable ? Jean-Marie Wynants a répondu à vos questions

Pouvez-vous remettre les choses dans leur contexte ?

« Tout part de la décision, prise il y a quelque temps, d’assurer au public la gratuité de tous les musées reconnus par la Communauté française la gratuité, chaque premier dimanche du mois. »

« Le problème est qu’il a aussi été annoncé à ces musées que ceux qui étaient jusque-là remboursés du manque à gagner ne le seraient plus. Certains musées se sont donc énervés, donc celui de la photo à Charleroi. Son directeur, Xavier Canonne, a en effet fait part de son désaccord, mettant en avant les difficultés financières qu’engendrait ce jour de gratuité. Ensuite, on n’a jamais vraiment assisté à des discussions sur le fond entre les différents protagonistes culturels, et chacun s’est contenté de renvoyer la balle dans le camp adverse. »

Ces journées gratuites sont-elles vraiment la solution pour attirer du monde dans les musées ?

« Pas vraiment. On a remarqué que les gens qui venaient lors de ces journées non payantes étaient souvent les habitués. Cette mesure n’attire donc pas réellement un public nouveau. Ce sont personnes habituelles qui se présentent. La seule chose qui change est que ces personnes ne payent par leur entrée alors qu’elles le font normalement. »

« Ce qu’il faudrait pour attirer un public neuf, c’est une meilleure médiation entre les institutions culturelles et la population. Cette médiation a un coût, évidemment, mais elle demeure très importante. Il ne suffit pas de dire que l’entrée est gratuite, il faut aussi et surtout offrir à ce public peu habitué des musées et qu’on désire attirer, les moyens de le guider. »

Est-ce qu’on en fait finalement assez, côté francophone, pour promouvoir la culture ?

« Avant tout, signalons qu’en politique, aucune personne n’est jamais seule au pouvoir, et que Fadila Laanan n’en est pas à son premier mandat de ministre de la Culture. Or, d’aucuns insistent sur la qualité de ce premier mandat, qu’elle a de plus effectué jusqu’à son terme. Elle n’a pas été reconduite à ce poste pour rien. »

« Maintenant, il est vrai que son deuxième mandat au poste de ministre de la Culture n’est pas aussi rose que le premier. Pour tenter d’expliquer cette baisse de régime, peut-être peut-on souligner l’efficacité et la motivation du précédent chef de cabinet Gilles Mahieu. De plus, Fadila Laanan est désormais une ministre multifonctions puisqu’elle est aussi en charge de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances, matières dans lesquelles elle semble plus impliquée lors de ce second mandat. »

Si la gratuité n’est pas la meilleure promotion culturelle, quelle alternative faut-il envisager ?

« Je pense qu’il est très important de faciliter l’accès des écoles aux différentes institutions culturelles pour intéresser sans attendre les jeunes à la culture. Il faut aussi faire en sorte que les coûts endossés par les écoles pour ces sorties culturelles soient pris en charge par les pouvoirs publics. »

Les choses sont-elles différentes en Flandre ?

« Il faut savoir qu’en Communauté française, si des dizaines de compagnies différentes coexistent, on a fait le choix de restreindre sensiblement le nombre de compagnies culturelles en Flandre. En danse, par exemple, seulement quatre ou cinq compagnies subsistent encore. Dès lors, comment survivent les compagnies « officieuses » ? Et comment font les jeunes talents pour émerger ? »

« Mais même pour un politicien, il est très dur de changer les choses. Les blocages sont nombreux et viennent de partout, y compris du monde culturel lui-même. Il reste donc très complexe de faire avancer les dossiers. »

La culture francophone de Belgique est-elle définitivement « molle » ?

« Non. Nous avons beaucoup d’artistes, dont la majorité est dynamique. Ce qu’il nous manque, c’est une fierté de cette culture. Et cette fierté, c’est du public qu’elle doit provenir, donc de nous. »

Jérémie Degives (St.)