Le 11h02 : « Le bras de fer PS-MR ne peut justifier les dérapages »

Rédaction en ligne

vendredi 11 mai 2012, 12:14

Au Sénat, Didier Reynders riposte à Philippe Moureaux : « J’aurais mieux fait d’aller à Molenbeek, c’est plus près mais c’est déjà l’étranger ». Le ministre des Affaires étrangères a tenu à préciser que si ses propos avaient heurté, il le regrettait. Martine Dubuisson a répondu à vos questions

Pouvez-vous remettre la boutade dans son contexte ?

« Parler de boutade, c’est un peu léger. C’était un vrai dérapage. On connaît pourtant bien Didier Reynders. L’homme possède une répartie plutôt cynique et cinglante. Il aime distiller des phrases qui font mouche, souvent drôles et choquantes à la fois. Avec Philippe Moureaux, ils ont l’art de s’invectiver l’un l’autre, ils ne s’apprécient pas énormément et ils le montrent à travers leurs échanges musclés. »

« Tout a démarré sur une comparaison entre les routes wallonnes et les routes afghanes. Pour Didier Reynders, c’était une manière de critiquer ceux qui gèrent les infrastructures routières. Sachant que le MR n’est pas au pouvoir en Wallonie, on comprend vite où il a voulu en venir… »

« Un peu plus tard, alors que Reynders revient à la tribune de la Chambre, Philippe Moureaux lui lance un « Ah, voilà l’Afghanistan ». S’ensuit alors le dérapage du libéral, qui lui rétorque : « J’aurais pu aller à Molenbeek, c’était plus court pour aller à l’étranger. » L’affaire est donc lancée. »

« Alors, non seulement ce n’est pas drôle, mais en plus Didier Reynders se trompe d’ennemi. Avec cette pique, ce n’est pas à Moureaux qu’il s’en prend, mais à la population de sa commune qu’il stigmatise sans retenue. Or, s’il y a bien une population étrangère à Molenbeek, il y a surtout une population belge d origine étrangère dans cette commune. »

« Cependant, il faut reconnaître que l’ancien leader du MR n’est pas coutumier de ce genre de dérapages sur des thèmes aussi sensibles que l’immigration, comme d’autres dans son parti. Mais cette fois-ci, sa réaction était vraiment limite car il a réellement stigmatisé toute une communauté. On rentre subrepticement dans ce climat de la présidentielle française, où l’on aimait désigner des boucs émissaires et jouer sur une certaine victimisation. C’est en effet plus facile que de s’attaquer au problème de fond. Il a donc eu raison de s excuser, même s’il l’a fait à demi-mot. Et ce, d’autant plus qu’il n’est plus ministre des Finances, mais bien des Affaires étrangères. »

Comment alors expliquer ce dérapage de la part de Didier Reynders ?

« D’une part, il y a tout simplement la personnalité du politicien, qui aime lancer des piques. En interview, on rit jaune avec lui. Il n’hésite pas à balancer sur le reste de la classe politique. C’est un habitué de ces réparties cinglantes qui ne ratent pas leur cible. Parfois méchantes, ses répliques font partie de sa nature. »

« Deuxièmement, j’ai le sentiment d’une certaine amertume chez lui, pas qu’il reçoit une pression particulière. Quelque part il aime assez sa fonction, mais il se serait quand même bien vu rester ministre des Finances. C’était pourtant hors de question, côté francophone comme côté flamand. Et cette aigreur aiguise son côté acerbe. »

« Cela dit, en Belgique, le débat politique ressemble de plus en plus à celui qu’on a en France : on ne joue plus le ballon mais de plus en plus l’homme lui-même. Il arrive qu’on ne discute plus d’un thème sur le fond et qu’on se contente d’attaquer l’autre simplement sur sa personne. »

« Il y a quelques semaines, Philippe Moureaux comparait la RTBF à la propagande nazie sous Goebbels. Dans ce documentaire, on expliquait qu’une partie de la population musulmane de Bruxelles se radicalisait. Avec la réaction du socialiste, on n’a assisté à aucun débat de fond. On s’est contenté de rester dans la polémique. »

« Et puis, il ne faut pas oublier qu’à travers cette altercation, c’est aussi un bras de fer entre le MR et le PS qui s’exprime. Lundi, Reynders chargeait Verhofstadt qui se réjouissait de la victoire de François Hollande en France et qui comparait Nicolas Sarkozy à l’extrême droite. Tout cela n’a pas plus au ministre des Affaires étrangères, puisque le socialisme est, faut-il le rappeler, l’adversaire principal du MR en Wallonie. »

Jérémie Degives (St.)