Les administrateurs Dexia pas responsables : « Un choix étonnant »

Rédaction en ligne

jeudi 10 mai 2012, 13:03

Selon Eric De Keuleneer, « il fallait garder la possibilité de mettre en cause les administrateurs ». L’économiste est revenu sur l’AG dans notre chat. Le résumé de son intervention

Les administrateurs Dexia pas responsables : « Un choix étonnant »

©belga

Ce mercredi, l’assemblée générale des actionnaires de Dexia a voté la décharge aux administrateurs du groupe, avec 82,25 % des voix. Traduction : les administrateurs ne sont pas responsables de la chute de Dexia.

Selon Eric De Keuleneer, « les actionnaires auraient pu se donner la possibilité, comme il y a eu très peu d’informations sur la gestion de Dexia ces dernières années, de mettre en cause la responsabilité des administrateurs, et donc de ne pas donner à la décharge ».

Hier déjà, Jean-Marc Nollet avait déclaré, avant l’assemblée générale, qu’on « ne devait pas décharger les administrateurs de leurs responsabilités ». « Il faut d’abord disposer de tous les éléments avant de « décharger » les administrateurs ». « Ce n’est pas une décision anodine car une fois la décharge octroyée, plus possible de se retourner en justice », avait alors prévenu Jean-Marc Nollet dans un chat avec nos internautes.

Empêcher la catastrophe économique

La solution serait-elle alors d’arrêter de renflouer la banque ? « Non », répond De Keuleneer. « Les conséquences pourraient quand même être très importantes au niveau de la continuation de l’activité économique. Des faillites de banques importantes en Belgique ou d’autres grands pays mettraient en danger l’ensemble des systèmes des payement et de crédit. De plus, pour l’affaire Dexia, il n’y a pas que ceux qui ont des obligations, il y a aussi le rôle de la banque elle-même dans des volumes considérables de transactions de marché. Si la banque faisait faillite, il pourrait y avoir là un élément déstabilisateur pour l’ensemble du marché de l’euro, ainsi que peut-être, pour le crédit de l’État belge. »

C’est donc pour éviter tout cataclysme économique que Dexia a été renflouée. De Keuleneer pointe du doigt les leçons que sont censées nous enseigner de telles affaires : « Il serait bon que les pouvoirs publics tirent les conséquences de ces problèmes récurrents, et imposent aux banques qui font des dépôts et des crédits de limiter leurs risques dans les activités de marché », insiste-t-il.

L’économiste revient aussi sur le coût de l’opération de sauvetage de Dexia : « Cela a un impact sur notre rating et sur notre coût de financement. Mais je crois que cet impact est déjà une réalité depuis quelques années, en tout cas depuis 2010, quand on a vu le spread augmenter lorsque Dexia a émis les obligations garanties par l’État belge. Standard & Poor’s a également abordé ce problème en novembre pour expliquer la dégradation de la Belgique. »

La Belgique qui n’a d’ailleurs aucune possibilité d’annuler son engagement avec Dexia. « Les garanties données par l’État belge sont vis-à-vis de créanciers extérieurs », précise De Keuleneer. « C’est une obligation comme une autre de l’État. Il ne peut pas y renoncer sans se mettre lui-même en défaut de payement. »

Envisager l’activité bancaire autrement

Mais malgré les risques, ne faudrait-il tout de même pas laisser aux banques la possibilité de se refaire sur le marché ? « La plupart des banques font globalement plutôt des pertes dans leurs activités internationales et leurs activités de marché. Il ne faut surtout pas croire dans l’analyse selon laquelle ces activités de marché sont indispensables », affirme Éric De Keuleneer, intransigeant.

Qu’en est-il des banques moins importantes ? Seraient-elles une alternative judicieuse aux banques classiques ? L’économiste belge répond par l’affirmative : « Les banques qui ne font que du dépôt et du crédit ont démontré que cette activité peut être gérée d’une façon prudente et rentable. D’autres petites banques qui ne visent pas la taille ni les activités de marché sont dans le même cas. Tout cela montre qu’il n’y a pas d’économie d’échelle ni d’avantage à la taille en matière bancaire. Notre économie se porterait mieux avec un plus grand nombre de banques plus petites. Les fusions des années 95 à 2007 ont souvent été des désastres. »

Et le professeur de Solvay de conclure : « Je crois qu’il est surtout important de tirer les leçons de cette débâcle par rapport à l’organisation du système bancaire que nous souhaitons avoir en Europe. De nombreux banquiers défendent le « business as usual ». Or, il est clair que cette méthode n’est pas acceptable. »

Jérémie Degives (St.)