11h02 : « L’Europe ne doit en aucun cas lâcher la Grèce »
Rédaction en ligne
mercredi 16 mai 2012, 12:31
La Grèce va devoir retourner aux urnes d’ici fin juin après l’échec de la formation d’un gouvernement de coalition, qui a de nouveau perturbé les bourses mondiales. Maroun Labaki a répondu à vos questions
En l’absence d’un gouvernement de coalition, les Grecs retourneront donc aux urnes, un vote annoncé pour le 17 juin prochain. « Pas forcément une mauvaise nouvelle » selon Maroun Labaki pour qui ce sera l’occasion de « voter utile » à propos de la question qui brûle sur toutes les lèvres : la Grèce va-t-elle quitter la zone euro ?
Scénario catastrophique
La sortie de la Grèce de la zone euro serait non seulement, catastrophique pour la Grèce, mais aussi pour l’Union Européenne. les Grecs auraient plutôt cherché à envoyer un signal fort pour dénoncer la crise qu’ils traversent, et le fait que les mesures d’austérité entraînent le pays dans une spirale de récession dont il ne parvient pas à sortir. Si le système grec connaît un certain clientélisme, le pays a su se moderniser. Toutefois l’axe Merkel/ Sarkozy a mis à mal les efforts de la Grèce. Osons espérer que l’axe Merkel/ Hollande apportera son lot de changements à ce pays qui doit impérativement faire le ménage dans ses finances publiques. Des efforts devront être consentis à la fois du côté de la Grèce ainsi que du côté européen. Dès lors, faut-il s’alarmer des spéculations à propos de son départ de la zone euro ? C’est précipité de l’affirmer. Le nouveau président de la République a rencontré hier Angela Merkel. François Hollande lui a fait part de sa volonté de relancer la Grèce et la chancelière allemande n’a pas fermé la porte à cette idée.
La présence de François Hollande à Berlin le jour même de son investiture est révélatrice d’un choix stratégique habituel de la France : le « couple » avec Merkel comme levier de pouvoir. C’était néanmoins l’occasion pour le nouveau président de marquer clairement la fin de la période « Merkozy » et trouver dans le débat sur l’austérité des partisans à son projet de relance économique.
L’UE peut-elle légalement expulser la Grèce ?
Non seulement l’expulsion de la Grèce par les autres pays membres n’est pas juridiquement concevable, mais en plus, elle enverra un signal catastrophique au reste du monde : ce départ représenterait le signe de la faiblesse de la zone euro ! Une zone dans laquelle les pays membres ne font pas preuve de solidarité les uns envers les autres. La sortie de la Grèce en affaiblissant la zone euro risquerait en outre de conduire à un effet boule de neige.
Annuler la dette de la Grèce, solution envisageable ?
Plutôt qu’envisager la suppression pure et simple de la dette de la Grèce, la vraie question est : à quel taux d’intérêt la Grèce doit-elle rembourser ? Le problème actuellement, c’est que le système de la monnaie unique ne fonctionne pas, rien n’a été fait pour son intégration économique. En cause : nos dirigeants prennent des décisions à court et moyen terme dans une perspective nationale. Si cette logique est respectable, la Grèce est dans cette situation parce que l’Europe a pris des « solutions trop modestes et tardives. » L’idée de « levier économique » telle que défendue par François Hollande est peut-être une piste qui vaut la peine d’être suivie. Pour créer une dynamique économique, il faut que les États puissent emprunter. Or actuellement, le déficit public d’un État membre ne peut pas excéder 3 % du PIB. « Les investissements productifs doivent-ils absolument être compatibilités dans ces 3 % ? ». Selon Maroun Labaki, « si les 27 pays membres se mettent d’accord sur une petite modification du pacte de stabilité et de croissance européen, on arriverait peut-être à faire mieux. »
Jennifer Fileccia (St.)