Le 11h02 : « Payer des taxes, oui, mais qu’elles servent à quelque chose »

STAGIAIRE

vendredi 25 mai 2012, 13:19

Selon le Bureau du Plan, les Belges paient plus de taxes qu’en 2011. Est-ce dû à la crise ou à la politique du gouvernement Di Rupo ? Bernard Demonty a répondu à vos questions

Pourquoi la Belgique est un des pays les plus taxés du monde ?

Même hors crise, la pression fiscale en Belgique est importante. Deux grandes raisons expliquent cela. Premièrement, le système belge de sécurité social est ambitieux et performant. Deuxièmement, l’endettement du pays est très élevé. Pour le financer, les taxes augmentent. La pression fiscale porte davantage sur le travail. Par contre, dans certains domaines nous sommes les moins taxés, par exemple sur les plus values immobilières.

Un rééquilibrage serait nécessaire pour éviter de décourager les entreprises d’engager du personnel.

La crise a-t-elle intensifié cette tendance ?

Depuis la crise, énormément de personnes ont rejoint les rangs du chômage. Fatalement, ces allocations de chômage ont pesé sur la sécurité sociale. Il a fallu les financer par de nouvelles taxes. De plus, la croissance économique a diminué, ce qui signifie moins de recettes fiscales. Depuis quelques mois, la pression fiscale a été augmentée de 3 milliards et demi.

La faute à l’assistanat ? Faut-il être moins taxé et avoir un système social moins performant ?

N’oublions pas que l’État a également touché aux allocations de chômages et à la couverture sociale, tout comme il a aussi taxé les plus gros revenus. Sans cette taxation, notre société serait moins humaine voire invivable. Il faudrait alors affronter des problèmes sociaux gigantesques.

L’instabilité fiscale du gouvernement Di Rupo induit-elle une perception d’une augmentation de la taxation ?

En effet, la fiscalité belge est devenue kafkaïenne. L’exemple est criant pour la taxation des voitures de sociétés ou le système des pensions, difficilement compréhensibles. C’est une particularité du gouvernement Di Rupo. Ils voulaient tellement sortir de la crise, de peur que les marchés nous tombent dessus, qu’ils ont fini par créer un système fiscal d’une complexité telle que personne ne s’en sort. Un gros travail de simplification est attendu, sans empirer la situation. Autre particularité belge, celle du système institutionnel complexe qui empêche que chaque euro public soit utilisé de façon efficace.

Le problème ne serait pas d’être taxé mais porterait davantage sur ce qui est fait de cet argent.

Un État qui taxe fort doit tout faire pour être irréprochable. Mais quand on voit l’état des routes, la justice, l’enseignement sous financé, l’état des prisons… Il est vrai que, plus qu’hier, l’État a une obligation de vertu sur la façon dont il dépense cet argent. Il doit concrétiser le retour des taxes.