Le 11h02 : « Il est grand temps d’aider les rebelles syriens »

Rédaction en ligne

mardi 29 mai 2012, 12:36

Dans une déclaration adoptée à l’unanimité, les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU dénoncent le régime syrien. Pourtant aucune résolution n’a été prise quant à une intervention. Baudouin Loos a répondu à vos questions

Alors que le médiateur international, Kofi Annan, est aujourd’hui à Damas pour rencontrer Bashar el-Assad, le plan de paix décrété le 12 avril semble de plus en plus fragile. En témoigne encore le massacre de Houla qui a fait, vendredi dernier, plus d’une centaine de victimes civiles dont la moitié était des enfants.

Aider les rebelles mais comment ? Quel pourrait être le rôle de la Belgique ?

On assiste de loin au massacre d’un peuple. Il faut certainement prendre ses responsabilités. Sans leur apporter des chars sur un plateau, ne doit-on tout de même pas aider les rebelles syriens ? La solution n’est pas simple. La Belgique, comme les autres pays occidentaux, adopte une position légaliste qui ne fait pas avancer les choses. Nous sommes dans l’attente d’une résolution de l’ONU qui permettrait une intervention légale en Syrie. Mais elle s’avère impossible ; deux pays, la Chine et la Russie, exercent leur droit de veto et empêchent toute avancée.

Pourquoi empêchent-ils cette intervention ?

Selon le principe d’ingérence dans les affaires internes d’un État, la Russie et la Chine refusent toute intervention parce que ces deux pays ont eux-mêmes des problèmes intérieurs qu’ils ne souhaitent pas voir être débattus à l’ONU. Nombre d’intérêts géostratégiques influencent également cette position. La Russie veut récupérer un rôle central dans la région, elle ne bougera que si les massacres empirent. Mais je ne les vois pas changer d’avis dans un proche avenir.

Qu’en est-il du plan de paix ?

Le cessez-le-feu est peu imaginable pour le régime syrien. Il se sent autorisé à agir de la sorte, de peur de perdre le contrôle de certaines villes. Il s’agit d’une question existentielle pour les dirigeants qui s’engouffrent dans une spirale violente.

Qui sont les rebelles syriens ?

Les rebelles sont principalement issus de l’armée syrienne libre, une armée autoproclamée dans la clandestinité. Cette armée compte beaucoup de déserteurs de l’armée officielle, comme l’attestent ces nombreuses vidéos où des hommes, face caméra, montrent leur carte de soldat. Au fur et à mesure, des civils, révoltés et dégoûtés, les ont rejoints. Les rebelles ont donc peu de moyens. Ils utilisent principalement des armes légères. Il apparaîtrait qu’ils ont également commis des exactions.

Comment se fier à ce que disent les médias, alors qu’ils n’ont que très peu de preuves sinon celles véhiculées par les agences internationales et ?

Premièrement, les autorités syriennes refusent à la presse internationale le droit d’enquêter sur place. Lors des rares exceptions, il y a eu mort d’homme. Des journalistes et même des écrivains sont parvenus à pénétrer en Syrie clandestinement. Les informations qu’ils ont pu nous fournir sont hautement qualitatives. Moi-même, je possède des contacts personnels, mais je ne peux en dire plus.

Pourquoi l’intervention de l’ONU a-t-elle été possible en Libye et pas en Syrie ?

En Tunisie et en Egypte, les armées ont rapidement décidé de ne plus soutenir les dictateurs locaux. Dans le cas libyen, les Occidentaux et les pays arabes ont pris leurs responsabilités, notamment grâce à Sarkozy et à Cameroun. En Syrie, le dossier géopolitique est très compliqué. Ses voisins rendent l’intervention extrêmement complexe. Malheureusement, il apparaît que ce conflit risque de durer.

Un porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, a d’ailleurs annoncé que la majorité des victimes de Houla ont été exécutées sommairement. Selon les premiers résultats d’une enquête de l’ONU, « on croit que moins de 20 des 108 assassinats peuvent être attribués à des tirs d’artillerie et de tanks. » Damas a de son côté nié toute responsabilité gouvernementale dans ce massacre.