Le 11h02  : Les enjeux des législatives

Rédaction en ligne

jeudi 07 juin 2012, 12:55

Quelle sera l'influence des législatives dont le premier tour s'est déroulé en France ce dimanche? Jurek Kuczkiewicz a répondu à vos questions dès 11h02 

Quels sont enjeux de ces élections législatives dont le premier tour a lieu ce dimanche en France ? Le fait que le PS ait remporté l'élection présidentielle préfigure-t-il une majorité à gauche lors de ces législatives ?

C'est la tradition des institutions de la Ve République en France qui a été renforcée par le passage au quinquennat, lequel est directement lié aux législatives. Autrement dit, automatiquement, immédiatement après les élections présidentielles où le président est élu pour 5 ans, sont convoquées les élections législatives pour un mandat de 5 ans à l'Assemblée nationale. D'ordinaire, dans la foulée de l'élection d'un président de la République, l'électorat confirme cette élection en donnant la majorité parlementaire au président élu. Selon tous les sondages, ce devrait être aussi le cas cette fois-ci. Théoriquement, la droite est majoritaire dans l'électorat français, mais le système électoral majoritaire uninominal, dans le cadre des législatives, va quand même privilégier le parti qui a les faveurs de l'électorat, donc les socialistes.

Un sondage de “ Libération “ publié ce mardi révèle que, à la question : “ la gauche peut-elle perdre ? “, 59% des Français souhaitent sa victoire aux législatives, 62% font confiance à François Hollande et 51% pensent qu'une cohabitation serait une mauvaise chose. On le voit, la tendance est à la victoire du PS. Une cohabitation est-elle possible ?

Oui il y en a déjà eu et elle est théoriquement possible. Mais l'électorat se déjugerait. Il faudrait qu'une partie des électeurs qui a voté François Hollande au 2e tour ne vote pas à gauche et donc se déjuge elle-même. Secundo, et c'est cela la tradition, une partie de l'électorat qui n'a peut-être pas voté pour François Hollande au 2e tour de la présidentielle, considérera que pour que les institutions fonctionnent, pour que le président et le gouvernement puissent travailler, il faut donner une majorité à ce président.

Comment l'UMP pourra-t-il redresser la barre ? Ne serait-ce pas tout profit pour Marine Le Pen ?

Oui, c'est toute la question des reports de voix et des alliances éventuelles. Droite et extrême droite prises ensemble sont majoritaires et apparaîtront probablement majoritaires au premier tour. On s'attend à ce qu'il puisse y avoir jusqu'à une bonne centaine de triangulaires. Aux législatives en France tous les candidats qui atteignent 12% des voix au premier tour passent au second mais il y a une tradition de désistement qui fait que le 3e candidat, qui a dépassé 12% des voix mais qui est en troisième position, et qui appartient à une grande famille politique, se désiste au profit du candidat qui est mieux placé. Ces reports de voix fonctionnent traditionnellement et systématiquement bien à gauche.

Le problème à droite c'est qu'il y a l'extrême droite et qu'on s'attend à ce qu'une centaine de candidats du FN accèdent au second tour avec plus de 12% et donc tout le problème sera de savoir s'ils se désistent ou non. A priori, ils ne se désisteront pas et en ne se désistant pas, ils généreront un éclatement des voix à droite, ce qui sera tout profit pour les socialistes. C'est d'ailleurs l'argument que se renvoient la gauche et la droite, à savoir que le Front National favorise la gauche et c'est un des éléments qui fait dire aux sondages que la gauche devrait remporter ces élections, parce que, l'objectif direct de Marine Le Pen étant de mettre en difficulté l'UMP, de maintenir ses candidats et donc faire la preuve que sans alliance avec le FN, la droite ne s'en sortira pas.

Dimanche passé, les Français de l'étranger, dont ceux de Belgique, ont pu voter. Quelles sont les premières tendances ? Comment ont-ils voté ?

La nouveauté n'est pas que des Français de l'étranger puissent voter mais que des Français de l'étranger élisent 11 députés provenant de 11 circonscriptions électorales de l'étranger, l'une d'entre elles étant le Bénélux. Le premier tour a eu lieu dimanche dernier et le 1er enseignement de ce scrutin est la très faible participation électorale. A peu près 20 % d'électeurs Français de l'étranger seulement. Certains étaient peu informés du fait qu'ils pouvaient désormais élire un député et, surtout, ce scrutin avait lieu 1 semaine avant celui qui a lieu en métropole.

En termes de résultats, les deux candidats qui passent au second tour sont le candidat socialiste Philippe Cordery (30%) et la candidate de l'UMP Marie-Anne Montchamp (21%), mais il y a aussi eu beaucoup de candidatures dissidentes à droite. Le deuxième enseignement de ce scrutin, en Belgique en particulier, alors que les Français de Belgique avaient majoritairement voté pour Sarkozy à la dernière (et la précédente) présidentielle, c'est ici le socialiste Philippe Cordery qui se présente en tête, assez logiquement vu le contexte français général.

“ Le Soir “ a justement organisé un débat entre ces deux candidats. De quoi parle-t-on pour ces législatives ?

Il y a deux groupes de thèmes : les enjeux nationaux dont on débat en France, principalement la politique économique (austérité, relance, réduction des déficits, réduction de la dette, etc.) qui sont des sujets “ nationaux “ sur fond de crise de l'Euro. Puis il y a les sujets qui intéressent directement les Français établis à l'étranger et qui tournent principalement autour des questions sociales (retraites, chômage, compatibilité ou incompatibilité administrative entre régime de pensions, de maladie-invalidité), puis les questions l'éducation des enfants, l'enseignement et en particulier le coût de cet enseignement, car beaucoup de Français placent leurs enfants au Lycée français, qui a un statut privé et cela coûte cher. Il y a un problème d'accès à un enseignement de qualité pour les Français résidant à l'étranger.

Ces élections vont-elles influencer les élections communales en Belgique ?

Je ne vois absolument pas de lien. On pourrait imaginer que l'élection présidentielle puisse avoir un certain écho, surtout du côté francophone, sur une éventuelle élection nationale en Belgique mais au niveau communal, je ne vois absolument pas quelle influence il peut y avoir.

Par ailleurs le système électoral à la proportionnelle en Belgique fait qu'il y a une différence radicale avec les scrutins français. Il y a juste un élément qui laisse perplexe, à savoir le score du FN français réalisé auprès des Français de Belgique le week-end dernier, en particulier dans le Hainaut : une vingtaine de pourcent avec une candidate absolument pas connue, en ce qui concerne le scrutin papier en tout cas. Dans le Hainaut, le FN français a donc fait un score. Faut-il replacer ce score dans le contexte français ou ce score se rapporte-t-il à une réalité sociale, urbaine, socio-économique belge ? C'est la question.

Le score du FN sera-t-il un élément-clé ?

Oui, au premier tour. Il faudra voir combien de candidats du FN passeront au deuxième tour, ce qui déterminera le résultat final dans ces circonscriptions. C'est un enjeu majeur pour le résultat des législatives elles-mêmes, et par ailleurs l'élément qui déterminera la façon dont la droite va se réorganiser ou éventuellement se reconstruire.

Résumé par Fabienne Tréfois