Chat : « Le foot, toujours sur le banc des accusés »

STAGIAIRE

vendredi 08 juin 2012, 14:09

Corruption, atteinte aux Droits de l’Homme, hooliganisme… Faut-il boycotter l’Euro 2012 ? Professeur à l’université de Franche-Comté et auteur d’une « Histoire du football », Paul Dietschy a répondu à vos questions

Chat : « Le foot, toujours sur le banc des accusés »

: AP

Morceaux choisis du chat.

Sur le hooliganisme et le racisme dans le monde footballistique. « Il me semble qu’à l’Ouest la question du hooliganisme a été prise en compte depuis plus longtemps et avec plus de moyens. Je ne pense pas que le monde du football soit plus raciste que d’autres secteurs de la société. Au contraire, s’il y a des manifestations ouvertes de racisme, c’est aussi parce que c’est un espace social beaucoup plus ouvert que d’autres. »

Sur le boycott de l’Euro 2012. « En raison de son importance et de sa notoriété, le football est toujours placé sur le banc des accusés. On s’inquiète assez peu des investissements de sociétés d’Europe de l’Ouest dans les pays autoritaires tels que l’Ukraine. Il me semble que la question est de savoir si organiser la compétition en Ukraine est conforme ou non aux statuts de l’UEFA. Par ailleurs, c’est l’Euro qui met sur le devant de la scène le système oligarchique ukrainien et la question des droits de l’homme. Sinon, on n’en parlerait peut-être pas. Il existe tout de même un moyen radical de boycotter, c’est de ne pas allumer son téléviseur. Le foot business, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est l’enfant de la privatisation télévisions et de la révolution des télécommunications des années 1980. »

Sur la neutralité du football. « Le sport peut-il s’affranchir des lois communes, de son environnement ? À partir du moment où une compétition comme l’Euro ne peut être organisée sans le soutien de l’État, cela me paraît difficile… Et puis, le football a une telle puissance médiatique qu’il peut permettre aussi de faire avancer certaines choses. Par ailleurs, je ne pense pas que l’absence de Messieurs Barroso ou Hollande dans les tribunes nuira particulièrement à la compétition ! »

Sur le rôle des fédérations participantes. « Les fédérations participantes sont en droit indépendantes des États sauf peut-être la fédération française qui reçoit délégation de l’État depuis Vichy. Les fédérations les plus influentes sont évidemment celles de l’Ouest. Toutefois, le principe une fédération, une voix oblige aussi à des compromis à des campagnes électorales (Havelange en 1974, Platini en 2007) qui expliquent d’ailleurs la tenue de l’Euro en Pologne-Ukraine. Si les fédérations occidentales dominaient vraiment les fédérations internationales, il n’y aurait jamais eu de Coupe du monde en Corée du Sud-Japon, en Afrique du Sud et, à venir, en Russie et au Qatar. »