Le 11h02 : « Ne pas sous-évaluer l’aide à l’Espagne »

Rédaction en ligne

vendredi 08 juin 2012, 12:21

Face à une aggravation de la crise de la dette qui menace désormais l’Espagne, le monde entier s’impatiente : il faut que l’Union européenne trouve une solution. Peut-être ce week-end ? Dominique Berns a répondu à vos questions

Selon l’agence Reuters, l’Espagne serait sur le point de demander de l’aide à l’Union Européenne. Tout s’accélère.

L’Espagne plonge-t-elle pour les mêmes raisons que la Grèce ?

La situation de la Grèce est la conséquence d’une mauvaise gestion des finances publiques. L’Espagne, quant à elle, a été une très bonne élève de la zone euro jusqu’en 2007. La dette publique espagnole représentait moins que 40 % du PIB. Et le pays était en léger surplus budgétaire.

Qu’elle est le problème de l’Espagne ?

Le pays a connu un boom immobilier incroyable dans les années 2000. Il a été financé par le crédit, des particuliers et des promoteurs immobiliers. Lorsque la bulle immobilière a éclaté, les promoteurs immobiliers et les particuliers se sont retrouvés incapables de payer leurs dettes. Les banques ont accumulé des créances devenues douteuses. L’éclatement de la bulle s’est accompagné d’une profonde récession. Les finances publiques se sont alors détériorées.

Aujourd’hui, les banques espagnoles ont besoin de capitaux frais. Le gouvernement espagnol ne s’exprime pas quant au montant. L’Espagne ne peut emprunter l’argent dont il a besoin, car les investisseurs lui demandent des taux d’intérêts supérieurs à 6 %, bien trop chers pour le pays.

Retirer son argent des banques est un bon réflexe ?

Si les Espagnols décident de transférer leurs fonds ailleurs, dans les banques du Nord, par exemple, les banques espagnoles se voient obligées de chercher une autre source de financement, alors qu’elles ne peuvent pas emprunter… C’est un acte symboliquement très fort. Individuellement, chaque citoyen a raison de le faire. Collectivement, c’est catastrophique.

Que peut faire l’Europe ?

L’Europe doit faire cesser la crise bancaire espagnole. Comment ? En injectant de l’argent. En plus de liquidités, il faut du capital. Le mécanisme européen de stabilité financière, prévu pour juillet, recapitalise les banques directement. Avec l’espoir, de récupérer une partie de cet argent une fois l’économie rétablie.

Le MES n’est pas encore créé. Où en est-on ?

L’Allemagne refuse toujours cette possibilité. On espère que son existence même suffise à rassurer les marchés. Mais l’autre problème c’est de savoir s’il a suffisamment de fonds pour venir en aide à des pays comme l’Espagne ou l’Italie, des poids lourds économiques. La question est donc de savoir comment rendre crédible cette stratégie.

Comment est financé ce fonds ?

Les États n’ont soit pas les moyens de l’alimenter, soit peu envie de le faire. L’idée, c’est de lui donner un capital de base et d’offrir une garantie d’État en échange.

L’idée du bond européen est-elle une bonne piste ?

L’idée est intéressante et très tentante. Le problème, c’est qu’il faut que cela marche car sinon cela donnera un très mauvais signal.

Que se passera-t-il si l’Union Européen aide l’Espagne ?

Si les États européens décident d’accepter que le futur MES recapitalise les banques espagnoles, il reste un danger. celui d’en faire trop peu. Comme l’Espagne est en récession, l’effet de la crise est cumulatif et les fonds nécessaires à son aide doivent être calculés en conséquence. Il y a de fortes chances que l’aide envisagée s’en insuffisante.