Le 11h02 - Grand baromètre : « Les grands partis doivent prendre des voix au centre »

Rédaction en ligne

lundi 11 juin 2012, 12:57

Un grand enseignement cette fois-ci par rapport à mars, c'est le tassement des partis traditionnels et ce quasiment dans les 3 régions. On en a parlé avec Fabrice Grosfilley

Côté Wallonie, -0,4 % pour le PS, -2,4 pour le MR, -1,8 pour le CDH, Ecolo qui perd également des plumes avec -0,7. Tout profit pour les petits partis, PTB, Rassemblement wallon, voire le PP. Globalement, ce serait plus d'un électeur sur 5 qui aurait l'intention de voter pour ces « petits partis ».

« Il faut sans doute être plus nuancé que ça. D'abord, effectivement, il y a une érosion. Quand on parle de -0,4 % pour le PS, c'est une très légère érosion. C'est un petit peu plus marqué pour le MR, c'est vrai, et cela essentiellement en Wallonie. »

« C'est un petit peu plus limité côté bruxellois. Cette érosion bénéficie aux petits partis, sans doute dans une mesure qu'il convient de relativiser. On a une petite progression du Rassemblement Wallonie-France qui passe à 3,4 %, une petite progression pour le PTB, qui passe à 3,6 % (qui gagne 1 point) mais ce sont des progressions qui sont relativement faibles et il faut rappeler qu'on est sous la marge d'erreur qui est de 3,4 %. Il faut donc prendre ces chiffres avec beaucoup de distance même si ça veut sans doute dire quelque chose que tous les grands partis traditionnels soient en recul et que les petites formations sont plutôt en hausse. »

« Mais c'est une hausse qui reste limitée. Si on regarde Démocratie Nouvelle, le nouveau nom du Front National, c'est plutôt une baisse. On voit que le Parti Populaire ne perce pas, que le Mouvement de Gauche lancé par Bernard Wesphael ne fait pas non plus un carton et apparaît à des niveaux très modestes. Ce qui est plus inquiétant de savoir que dans nos pourcentages, on a déjà retiré un certain nombre de personnes qui ont annoncé qu'elles allaient voter blanc ou qu'elles n'iraient pas voter : 8 % pour la Wallonie, 6 % pour les Bruxellois. »

« Il faut additionner l'ensemble de ces scores : les scores des petits partis, le score de ceux qui annoncent qu'ils vont voter blanc et le score qui, personnellement m'interpelle beaucoup, qui est celui des 7 % de personnes qui affirment qu'elles vont voter pour un autre parti quand on leur propose une liste avec les partis qui vont théoriquement se présenter aux élections. Ces gens ne se reconnaissent donc pas dans toute la liste qu'on leur a proposée. Cet aspect-là est très difficile à interpréter. »

« Si l'on ajoute ceux qui vont voter blanc ou nul, cela fait presque un électeur sur quatre. Cela veut dire quelque chose. Rappelons tout de même qu'il y a eu 400.000 votes blancs ou nuls lors des élections de 2010. Il y a donc un phénomène important qui est révélé par ce sondage et sur lequel les politologues et les partis traditionnels vont devoir se pencher. »

Sur Bruxelles, c'est aussi important de parler de l'érosion. Le PS perd 3 %, Ecolo 2,3 %, le CDH tombe sous la barre des 10 % avec une chute de 1,6. Par contre, le divorce entre le MR et le FDF semble bénéficier et à l'un et à l'autre puisqu'on retrouve le MR au coude à coude avec le PS à 22,6 %. Il fait une progression de 1,6. Et le FDF qui devient le 3e parti de la capitale. Il est à 11 % et gagne 2,2. Quels enseignements peut-on en tirer ?

« Ce coude à coude entre PS et MR n'est pas nouveau. Autrefois, la région bruxelloise était un bastion libéral. Puis il a été conquis par le PS, mais c'est relativement récent. On pensait que le divorce MR-FDF allait accentuer l'écart entre PS et MR mais c'est exactement l'inverse qui se produit : le PS est sanctionné en, perdant 3 %, la chute est significative, le MR est en légère progression. Il avait pâti dans les sondages du divorce avec le FDF fin 2011, mais plus maintenant. Le FDF, avec 11 %, devient le 3e parti de la Région bruxelloise. »

« Puis il y a un seuil symbolique qui est celui des 10 % : Ecolo est juste au-dessus et le CDH est juste en dessous. Ce qu'on peut en retenir c'est qu'à force de taper sur le MR et son président Charles Michel, le FDF a plutôt renforcé le MR et a été chercher des intentions de vote à gauche. Une partie des électeurs d'Ecolo, du PS et du CDH se sont reconnus dans le discours d'Olivier Maingain et d'autant plus que ce dernier tapait su le MR. C'est le paradoxe, le divorce MR-FDF pour l'instant est un divorce heureux. »

Du côté flamand, on constate un léger tassement de la N-VA, qui caracole toujours en tête avec 36,6 % devant les partis traditionnels qui engrangent un peu de points par rapport à notre sondage du mois de mars.

« On parlera d'un léger frémissement qui profite effectivement à l'Open VLD et au CDV, et d'une légère érosion de la N-VA. Mais il faut relativiser. Une érosion, quand on est à 36 % d'intentions de vote, cela veut dire qu'on améliore encore le score des élections législatives. Cela veut dire, en termes de sièges à la Chambre, que si l'on devait voter aujourd'hui, la N-VA passerait de 27 à 39 sièges ! Cela reste un score exceptionnellement haut. On voit que la N-VA est toujours l'acteur ultra-dominant en Flandre. Si l'on devait constituer un gouvernement sur base de ces intentions de vote, on ne pourrait pas se passer de la N-VA. »

Le politologue Dave Sinardet affirme que la force de Bart De Wever, c'est la faiblesse des autres…

« Le CD&V, le SP.A et l'Open VLD ont du mal à exister, à se positionner, à contrer la communication de Bart De Wever et c'est un réel problème : tant qu'il n'y aura pas une communication alternative, des personnalités qui émergeront au même niveau que De Wever, (Kris Peeters pourrait le faire mais il limite son rôle au niveau régional, à celui de ministre-président flamand), il reste un acteur incontournable. »

« Il faut comprendre qu'il y a plusieurs tempos qui se jouent en même temps : le tempo fédéral, le tempo flamand, qui est différent, et celui des élections communales. On va sans doute changer de période politique après ces élections communales et il est difficile de savoir quel sera le résultat des communales, car nous avons des intentions de vote à l'échelle du royaume mais on ne sait pas du tout ce que fera la N-VA aux communales. Peut-être que le résultat du 14 octobre ne sera pas tout à fait ce qui est prédit par les sondages. C'est encore une inconnue. »

Au niveau individuel, on constate une certaine perte de popularité pour Elio Di Rupo côté flamand.

« Une réelle chute peut-on même dire, puisqu'il garde la troisième place mais perd 10 %. On peut sans doute l'expliquer par toute la polémique qui a eu lieu autour du billet d'avion pris pour les Etats-Unis. Il y a eu de la part de Di Rupo une erreur de communication qui a fait beaucoup de bruit en Flandre et qui a terni son image. Il le paie en Flandre mais aussi en Wallonie où il perd 2 %, et à Bruxelles (-5 %). »

« Il reste de très loin le préféré des francophones, il reste apprécié côté néerlandophone, c'est assez rare pour un francophone, mais il est très clairement en perte de vitesse dans ce baromètre-ci. Le prochain baromètre confirmera s'il s'agit d'une érosion suite à l'affaire du billet d'avion ou à une usure du pouvoir. »

« Côté francophone, en ce qui concerne les personnalités, on a toujours Guy Verhofstadt en 2e position et 3e position et Joëlle Milquet qui s'accroche à la troisième place malgré le fait que le CDH est un parti traditionnel qui perd le plus de plumes. »

« On notera aussi que Charles Michel a toujours du mal à s'imposer. Il est toujours devancé par Didier Reynders, tandis que chez Ecolo, il y a une percée en Wallonie d'Emily Hoyos qui a gagné 6 points par rapport au baromètre précédent. Elle est visiblement en train de s'installer dans son rôle de coprésidente d'Ecolo. »

Pourquoi les grands partis perdent-ils des plumes ?

« Difficile à interpréter. On peut émettre une hypothèse qui est que les grands partis se disputent tous un électorat volatil. Ils ont donc d'une part l'électorat qui leur est acquis, et auquel il n'est pas réellement utile de parler, et d'autre part un électorat qu'ils doivent aller chercher, qui est susceptible de bouger et qui se trouve au centre. Peut-être qu'une partie de l'électorat ne se reconnaît pas dans cette bataille au centre et préférerait avoir affaire à des partis plus clairement positionnés à droite ou à gauche. C'est une hypothèse qu'on peut émettre et qui demanderait à être vérifiée. »

« Ensuite, on constate une tendance générale au rejet du débat politique, que l'on rencontre dans toute l'Europe, qui fait le bonheur des grands partis nationalistes ou populistes. Peut-être est-on à la veille de ce genre de mouvement en Belgique. Peut-être y a-t-il aussi une fonction de la démocratie difficile dans notre pays. On sort aussi d'une très longue crise qui a pu fatiguer l'opinion. »

Résumé par Fabienne Trefois