Le 11h02 : « Seule la Banque centrale européenne peut nous sortir de la crise »

STAGIAIRE

jeudi 14 juin 2012, 12:44

Pourquoi l’Europe est-elle au bord du gouffre ? C’est la question de notre supplément du jour et de notre 11h02. Dominique Berns a répondu à vos questions

Le cas grec est-il comparable au cas espagnol ?

La Grèce souffre de multiples maux : une économie désindustrialisée, un système fiscal injuste, la corruption et une administration peu efficace. Lorsque la Grèce intègre les Communautés Européennes, elle a besoin d’une réelle aide mais les Fonds structurels européens renforcent plutôt la position des gens au pouvoir qui ne veulent pas d’une réelle réforme. De même lorsque le pays intègre la zone euro. On sait alors que le système doit se moderniser mais on le laisse tourner. À aucun moment, nous nous sommes attaqués au fond du problème.

Le cas de l’Espagne est différent. Le pays n’est pas un pécheur budgétaire. Il a toujours respecté les critères budgétaires de Maastrich, a toujours essayé d’améliorer ses dépenses publiques. Mais l’Espagne a subi l’explosion de sa bulle immobilière, financée par le crédit. Au moment de la crise financière, l’Espagne s’est enfoncée dans la récession. Les banques ont vu s’accumuler les créances douteuses.

Malgré l’aide apportée, on apprend que l’agence de cotation Moody’s a à nouveau baissé la note de l’Espagne. Quel jeu se cache derrière ces notations ?

Moody’s ne fait que répéter ce qu’il se dit sur les marchés depuis lundi. Les 100 milliards prêtés pour recapitaliser les banques (c’est-à-dire éponger leurs pertes) alourdissent encore la dette publique espagnole. Les observateurs remarquent également que les régions auront besoin, elles aussi, de 140 milliards d’euros. Le plan est déjà trop court. Il aurait été plus utile que les mécanismes européens recapitalisent directement les banques, sans passer par l’État.

Dans le dernier 11h02, vous aviez prévenu qu’il ne fallait pas sous estimer l’aide à apporter à l’Espagne. Est-ce que cela s’est produit ?

On n’en sait rien. Le gouvernement espagnol a même mandaté plusieurs sociétés de consultance et le FMI pour évaluer l’ampleur des besoins du secteur bancaire espagnol. Le FMI annonce qu’il faut au moins 40 milliards d’euros. Foutaise ! le jour avant on apprend que trois banques ont besoin à elles seules de 30 milliards… Souvent, on minimise là où il faut mettre le paquet.

L’Irlande a également été dans la tourmente. Elle semble être sortie de la crise. Peut-on appliquer sa recette à l’Espagne et à la Grèce ?

Contrairement à ce qu’avance le discours officiel, l’Irlande ne s’en sort pas. Le pays, pourtant bon élève budgétaire, a souffert de sa bulle immobilière et d’un secteur bancaire trop important par rapport à son PIB. L’Irlande a alors décidé de s’endetter pour sauver les banques. La dette publique irlandaise est passée à 25 % du PIB à plus de 110 % aujourd’hui. En échange, le gouvernement a dû mettre en œuvre une austérité très violente. Les ménages qui ont emprunté ne peuvent plus rembourser. Les crédits douteux se multiplient dans les banques… qui ont désormais à nouveau besoin d’aide.

Quelle est la triple crise de la monnaie unique ?

La crise de l’Euro n’est pas seulement une crise des dettes (privées et publiques). C’est aussi une crise bancaire et une crise de balance de payements (les pays importent plus qu’ils n’exportent), ce qui nécessite un financement des déficits extérieurs. En bref, ce n’est pas seulement une crise dans la zone euro mais de la zone euro.

Quitter la monnaie unique peut-il être une solution ?

Les conséquences seraient graves. Les interconnections financières et économiques entre les différents pays sont extrêmement fortes. Imaginons qu’un pays décide de quitter la zone euro. En quelle monnaie sera libellée sa dette extérieure ?

Comment négocier avec l’Allemagne, dont le rôle semble de plus en plus important ?

Les économies les plus fortes ont naturellement plus de pouvoir. L’Allemagne a une position un peu dogmatique mais de manière générale, les dirigeants européens ont toujours géré la crise sur le fil du rasoir. Il faudrait d’abord stopper la crise aiguë avant de réformer en profondeur l’Europe. Les taux d’intérêts que payent l’Espagne et l’Italie doivent baisser et seule la Banque centrale européenne peut le faire. Il faut cesser cette austérité mortifère qui détruit la Grèce et l’Espagne.

La BCE a prêté aux banques commerciales, 1000 milliards d’euros, qui ne sont pas parvenus à calmer la crise. Cet argent a été à partir de rien ! Elle pourrait donc le faire pour racheter les titres des pays en difficulté.

Et si c’était à refaire ? Quelles erreurs aurions-nous dû éviter ?

L’union bancaire aurait dû être créée il y a plusieurs années. On aurait été mieux armés.

Nous avons pointé d’autres erreurs à la fin du dossier spécial dans Le Soir.