Le 11h02 : « Hollande, le président normal, a maintenant un hyper-pouvoir »

Rédaction en ligne

lundi 18 juin 2012, 12:49

Le PS remporte une large victoire et obtient à lui seul la majorité absolue. François Hollande a-t-il un boulevard devant lui ? Va-t-il tenir ses promesses ? Joëlle Meskens a répondu à vos questions

Après la présidentielle c’était au tour des élections législatives, dimanche, en France. Avec une victoire et une majorité absolue que tout le monde attendait pour le PS de François Hollande.

Quelles sont les tendances qui se sont dégagées ?

Le Parti Socialiste détient effectivement à lui seul la majorité absolue, c’est ça qui est l’essentiel de ce scrutin. On avait pensé que le PS dépendrait de ses alliés très proches à gauche pour former cette majorité. Avec ses seuls alliés divers gauche très proches, le PS dispose d’une majorité de 315 sièges sur 577. Elle est très large et lui donne les mains libres pour agir. Le PS a même le renfort des Verts, qui ont obtenu de quoi former un groupe parlementaire, avec 17 députés. Le Front de Gauche avait auparavant 19 députés à l’Assemblée et n’en a plus qu’entre 10 et 13, ce qui ne sera pas suffisant pour constituer un Groupe parlementaire.

Ces élections sont une grosse déception pour François Bayrou…

Il n’aura pas de siège, et le MoDem, son parti, en aura 2. C’est une défaite cinglante pour celui qui était il y a quelques années à la tête de la puissante UDF, était le 3e homme de la présidentielle en 2007, qui rêvait de conquérir l’Elysée et s’était toujours imaginé un destin national. Le revoilà simple conseiller municipal d’opposition. C’est une énorme claque pour lui. Il va entamer une terrible traversée du désert. Il n’aura pas voix au chapitre dans la recomposition du centre, qui va s’entamer maintenant.

Comment analyser la défaite de l’UMP ? Jean-François Copé était battu mais pas abattu pour autant ?

Jean-François Copé admet difficilement la défaite, mais il l’a toutefois reconnue dimanche. C’est une très sévère défaite pour la droite, après la défaite présidentielle. L’électorat perdant a eu du mal à se mobiliser pour ces législatives. Avec aussi peu de députés, ce sera très difficile pour la droite de se faire entendre, d’autant qu’elle n’aura plus aucun levier de pouvoir dans le pays. Le Sénat est lui aussi à gauche, les régions aussi, les départements aussi. L’UMP se trouve donc bien dépourvu et sans véritable leadership depuis le départ de Nicolas Sarkozy. C’est une vraie bataille de chefs qui va s’engager à l’automne prochain lors d’un congrès, avec trois prétendants : Copé, Fillon et Juppé.

L’une des surprises de ces législatives, c’est aussi l’élection de Marion Le Pen, à 22 ans. Le signe d’un bel avenir pour le Front National ?

Oui et non. Le FN a 2 élus. Marine Le Pen elle-même le souligne et elle n’a pas tort : cela pose question d’avoir un parti qui fait 18 % à la présidentielle et qui n’obtient que 2 députés à l’Assemblée Nationale, à l’inverse des Verts qui n’ont fait que 2 % à la présidentielle et obtiennent un groupe parlementaire. Mais il est à noter que ces sièges ont été remportés en triangulaire : Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse et Gilbert Collard dans le Gard étaient chacun confrontés à 2 candidats, tandis que Marine Le Pen était en duel et a échoué d’un cheveu à Henin-Beaumont face à un candidat PS. Donc, le FN ne progresse que quand la digue républicaine n’est pas érigée comme elle l’avait été les années précédentes. Il faut savoir que le FN n’avait plus de député à l’Assemblée depuis une quinzaine d’années.

22 ans elle et la plus jeune élue à l’Assemblée ?

Oui, c’est la benjamine comme l’avait été son grand-père à l’âge de 27 ans : Jean-Marie Le Pen avait été élu en 1956 sur une liste poujadiste. On sait le tremplin que ce siège à l’Assemblée Nationale a été pour la suite de sa carrière.

Peut-on lui prédire une carrière similaire ?

Rien ne permet de le dire aujourd’hui. Ces 2 sièges ont été obtenus dans la foulée de la présidentielle mais Marine Le Pen reste la patronne du FN.

C’est une grosse déception pour Marine Le Pen ?

Elle a demandé un recomptage des voix. Peut-être y aura-t-il un recours. Mais c’est une déception car elle aurait pu profiter d’une nouvelle tribune, à l’Assemblée Nationale cette fois, pour faire entendre ses idées. Au-delà de cette représentation, ce que cherche Marine Le Pen c’est à recomposer la droite. Elle n’a pas du tout échoué dans cette opération-là puisqu’elle a semé la zizanie dans l’UMP, qui a été obligé d’adopter une stratégie très bancale pendant l’entre-deux tours de ces législatives. L’UMP est pris au piège que lui a tendu le FN et est maintenant écartelé entre 2 courants, celui de la ligne gaulliste ancienne (pas de négociations avec le FN) et celui beaucoup plus à droite représenté par le courant de la droite populaire qui cherche des alliances ou au moins à discuter avec le FN pour permettre à la droite d’être plus forte dans les prochains scrutins.

Venons-en au cas de Ségolène Royal qui a échoué face à Falorni en Charente-Maritime. Des mots assez durs ont été échangés après le premier tour. Falorni, lui, en a appelé à plus de sérénité. Royal parle de trahison, Aubry n’a pas voulu répondre à Salorni. Il y a eu un véritable combat…

Oui. C’est la tache sur cette large victoire de la gauche. On peut aussi citer la défaite d’une autre figure du PS, Jack Lang, dans les Vosges mais celle de Royal est spectaculaire et singulière. C’est une personnalité qui était au premier plan de la vie politique, qui rêvait de prendre sa revanche de sa défaite à la présidentielle de 2007 et son élimination lors de la dernière primaire socialiste. Cette défaite est extrêmement amère. Elle est battue par un candidat issu des propres rangs de la gauche. Il y cette dimension supplémentaire. Elle voulait la présidence de l’Assemblée Nationale, c’était le « deal » qui avait été fait avec François Hollande. Elle a le sentiment d’avoir été écartée par son propre clan, peut-être victime d’un complot ourdi par d’anciens ennemis comme Lionel Jospin. Puis il y a eu ce fameux Tweet de Valérie Trierweiler, qui n’a pas dû arranger les choses, et dans lequel Trierweiler souhaitait bon courage à Olivier Falorni.

Comment se dessine l’avenir de Ségolène Royal ?

Elle reste députée de Poitou-Charentes, où elle est élue depuis près de 10 ans. C’est une région dont elle a fait une sorte de laboratoire politique mais où elle est très critiquée par ses adversaires politiques. À l’inverse de Lionel Jospin en 2002, qui avait renoncé à la vie politique quand il avait été éliminé dès le premier tour de la présidentielle par Jean-Marie Le Pen, Royal n’a pas du tout dit qu’elle se retirerait de la vie politique, bien au contraire, qu’elle chercherait à occuper une place. Elle n’a pas exclu de postuler à la présidence du PS. Cela se décidera à l’automne prochain puisque Martine Aubry a laissé entendre qu’elle laisserait les rênes du parti à l’automne prochain. Mais peu croient à une victoire de Royal.

Olivier Falorni se retrouve exclu du PS ?

Oui, c’était déjà le cas avant l’élection,. Il demande de siéger aux côtés de la majorité. Falorni s’estime appartenir à la majorité présidentielle. C’est bien là toute la tragédie de cette affaire de La Rochelle. Martine Aubry a estimé qu’il ne pourrait pas siéger dans le groupe PS à l’Assemblée.

L’UMP attend déjà le PS au tournant. Il déclare que le PS n’a plus le droit à l’erreur. Or majorité absolue ne veut pas dite pouvoir absolu.

C’est tout le cœur du défi. La très large victoire obtenue par le PS l’oblige, et c’est en même temps une forte responsabilité. Il a les pleins pouvoirs, est majoritaire partout, a tous les leviers de commande du pays. Il sera donc responsable en cas d’échec. La seule circonstance atténuante qu’il pourra faire valoir est sa marge de manœuvre très étroite sur le plan économique avec la crise et le problème de la dette qu’il faut résorber. Pour le reste, Hollande qui voulait être un président normal et non l’hyperprésident va devoir composer avec le fait de disposer d’un hyper-pouvoir.

Quelles seront les priorités du gouvernement Hollande ?

Il les a définies depuis très longtemps et n’a jamais dévié de sa ligne depuis le début de sa campagne électorale. Hollande a établi une liste de 60 engagements pour la France. Ses 2 objectifs sont la jeunesse et l’emploi, avec un critère sur lequel il veut être jugé : la justice, même s’il demandera des efforts au pays, car on est dans un contexte d’austérité. Il veut que les efforts soient répartis. Il a par exemple déjà pris par décret des mesures visant notamment à limiter le salaire des grands patrons des entreprises publiques.

Il aura en toile de fond la crise de la dette qui ne va pas lui faciliter la tâche…

Oui et sa marge de manœuvre sera très étroite. Il va aussi devoir insuffler une dose de croissance dans ce fameux traité européen contrairement à Angela Merkel qui ne veut que de la rigueur. Ce sera dur de faire infléchir Merkel. Cette aura qu’il a obtenue sur le terrain français ne l’aidera pas forcément sur le plan international. Merkel et sa coalition sont certes un peu fragilisées en Allemagne mais le rapport de force n’a pas changé à l’intérieur de l’Europe.