Le 11h02 : l’Obamacare, « historique et crucial pour la présidentielle »

STAGIAIRE

vendredi 29 juin 2012, 13:09

La Cour suprême a approuvé la réforme santé d’Obama qui permet aux Américains d’enfin accéder à une couverture de santé universelle. Jurek Kuczkiewicz a répondu à vos questions.

En quoi cette réforme est-elle historique ?

Les États-Unis sont le dernier pays riche et développé à se doter d’une couverture de soins de santé universelle. Cinquante millions d’Américains, et principalement ceux qui n’ont pas les moyens, n’étaient pas couverts, Les quatre derniers présidents ont envisagé de régler ce problème mais n’y sont pas parvenus.

Comment Obama y est-il arrivé ? En dépit du fait qu’il disposait d’une majorité parlementaire au Congrès, c’était une bataille parlementaire qu’il a tenu à mener jusqu’au bout.

Est-ce le principal succès de la présidence ?

C’est une aubaine pour Obama. Ce vote est quasiment le seul grand succès, très concret, de sa présidence. Il avait donc besoin de cette victoire pour la campagne présidentielle. Dans le cas contraire, le coup aurait été terrible. Il restera dans l’histoire comme celui qui aura assuré une couverture médicale et universelle à tous les Américains.

« C’est un grand jour pour tous sauf pour les pauvres » peut-on lire dans Le Soir ce matin. Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?

C’est un fait. Même s’il n’y avait pas de système universel, les Etats-Unis disposaient d’une couverture pour les pauvres, le Medicaid et une autre pour les personnes âgées, le Medicare. La Cour suprême a rejeté un seul point de l’Obamacare : l’obligation faite aux États d’étendre ce Medicaid.

Quelle est cette taxe que les Américains devront payer s’ils refusent de souscrire une assurance santé ?

C’est davantage une pénalité. Ceux qui ne veulent pas souscrire d’assurance, se verraient obligés de payer 2,5 % d’impôt qui ne serviront, en réalité, qu’à couvrir leurs propres soins de santé.

Pourquoi la Cour suprême a-t-elle dû approuver cette réforme ?

L’Obamacare a été, dès le début, contesté par les États dirigés par des républicains. Premièrement, pour des raisons politiques. Il fallait faire obstruction aux ambitions d’Obama. Deuxièmement, parce que les Américains sont très attachés à la liberté individuelle. Obliger un individu à souscrire quelque chose, même pour l’aider, passe mal.

La loi, contestée par de nombreux États, a été attaquée devant les tribunaux. Cela a fini à la Cour suprême, le pouvoir juridictionnel ultime.

Pourquoi le républicain Mitt Romney a-t-il promis d’abroger cette réforme s’il est élu ? La hausse des impôts qu’il critique est-elle réelle ?

C’est un grand paradoxe de la campagne du républicain. Lorsqu’il était gouverneur du Massachusetts, il a lui-même installé une couverture universelle, avec notamment cette obligation individuelle pour chaque citoyen de souscrire une assurance. Aujourd’hui, sous la pression du Tea Party, il doit se dire opposé à l’Obamacare.

Il avance que le coût de l’assurance et que la pénalité de 2,5 % représentent des impôts déguisés. Ce qu’il ne dit pas, c’est que l’Obamacare réduira le coût total des soins de santé. Aux Etats-Unis, ces dépenses sont les plus élevées par habitant. La concurrence entre les compagnies d’assurance sera bientôt amenée à disparaître. Tout le monde payera, mais moins.