Le 11h02 : « L’avenir de la Belgique ressemble à celui de l’Europe »

Rédaction en ligne

vendredi 20 juillet 2012, 14:14

Lors de la dernière Fête nationale, le Roi avait frappé du poing sur la table. En cause, l’interminable crise politique qui tiraillait alors le pays. Un an plus tard, la situation semble meilleure. Pour Béatrice Delvaux, « il faut que chacun écoute ce que l’autre dit. ». Résumé.

Quel bilan politique peut-il être dressé depuis un an ?

« La Belgique va mieux. Je me suis demandé si nous étions trop positifs en pensant ceci. Mais la vérité a ses droits. Après la crise politique que nous avons vécue, nous pouvons penser que les choses ont été faites. En si peu de temps, le gouvernement, qui avait une mission très difficile, a fait le maximum de ce qu’il pouvait faire. Il y a une volonté de réforme qui n’existait pas avant. Les autorités ont eu la responsabilité d’oser des discussions, comme celle sur l’indexation des salaires. Tant les francophones que les néerlandophones ont pris des risques. Voir la manière dont les partis flamands se battent contre la N-VA, en insistant sur le chaos que laisserait présager une scission, confirme que la Belgique a une valeur ajoutée, et qu’ils ne veulent pas qu’elle disparaisse. Le Belgique, en fait, est ce qu’elle est, mais fonctionne désormais mieux, même si des inconnus pèsent sur son avenir. Il y a un an, tout le monde avait fait le deuil du pays, notamment chez les francophones. Nous sommes devenus de plus en plus capables de s’en détacher, et de prendre du recul. Le projet séparatiste de la N-VA nous force à être courageux. Les socialistes ont eu le sentiment qu’ils ont pris des décisions responsables : la majorité a fait quelque chose de non banal. Seront-ils récompensés électoralement ? »

Comment les conflits linguistiques évoluent-ils ?

« On peut être soit de gauche, soit de droite, est penser que le nationalisme est une aberration. Etre wallon ou flamand n’est pas un bon concept pour organiser une société. Les néerlandophones en prennent conscience. Une vie en société ne se fait pas par exclusion. Il faut que chacun écoute ce que l’autre dit. BHV était un symbole, même si les Wallons pensaient que la scission n’était pas indispensable. Les néerlandophones doivent faire voir aux électeurs que tout avance. Espérons que le gouvernement ne sera pas mis en danger, lors des prochaines échéances, par la N-VA. Préparer l’avenir de l’espace francophone est très différent selon si la N-VA gouverne en Flandre, ou s’il faut négocier avec les autres partis. Il faut que la Belgique devienne une non-Belgique, de manière subtile, en gardant les solidarités, tout en faisant que chacun vive dans sa région. »

En quoi la Belgique est-t-elle toujours une réalité envisageable ?

« Les mécanismes importants de transferts et de sécurité sociale, entre les régions, mais aussi au niveau infrarégional, permettent d’assurer la pérennité du pays. Ensuite, Bruxelles reste une question qui tend à empêcher la scission. La N-VA se résoudrait à s’en séparer, mais les milieux économiques flamands ne la laisseront pas faire. Bruxelles peut vivre un peu plus autonome, mais ne peut exister qu’entre la Wallonie et la Flandre. Les francophones ont été amenés à préparer un scénario d’autonomie, mais il ne coïncide pas avec le projet de société humaniste défendu. Il est impossible de rêver à être tous les mêmes. Il faut désormais savoir gérer le multiculturalisme, qui est une richesse incroyable. Il faut ouvrir des perspectives et garder des projets communs sur de grands enjeux. L’avenir de la Belgique ressemble à celui de l’Europe, qui vise à ce que le fonctionnement d’entités différentes, mais ayant des capacités à vivre ensemble, soit possible. Toutefois, si la tendance communautaire est à la délégation de souverainetés, l’autonomie des régions, en Belgique, doit être renforcée. Bruxelles, plus particulièrement, vise à ce beau défi : la multiculturalité existe de partout, même s’il existe une vie d’en bas, dans le métro, qu’il faut faire monter. Finalement, après le coup-de-poing sur la table de l’an passé, inattendu, le Roi va sûrement saluer ce

qui a été fait, en bonne entente avec le Premier ministre. Ce que j’aime dans le fait d’être belge est que l’on tient à ce pays, en le regardant avec une distance affectueuse. Ma nationalité n’est pas pesante. »

Martin Cangelosi (St.)