Le 11h02 : « Non, on ne guérit toujours pas du sida »

Rédaction en ligne

mardi 24 juillet 2012, 12:45

Les Etats-Unis ont promis une génération « sans sida ». Pourtant, notre journaliste Frédéric Soumois affirme que « le sida est comme un incendie, dont la braise n'est pas encore éteinte. » Résumé.

Qu'est-ce que le Truvada, dont les Etats-Unis ont autorisé la mise sur le marché ?

« Le Truvada n'est pas une nouvelle molécule. Elle sert depuis une douzaine d'années à aider les gens qui ont le virus du sida. C'est une bithérapie. L'avantage est que ce médicament n'est pas cher, se présente sous forme de pilule, et peut être pris une fois par jour, à heure fixe. C'est un avantage fort, alors que le sida touche souvent des pays du monde où les gens sont analphabétisés, ne peuvent se rendre à l'hôpital ou ne disposent pas d'un lieu réfrigéré pour stocker des médicaments.

Des chercheurs ont remarqué que les séropositifs prenant le Truvada ne sont presque pas contaminants pour leur partenaire. Pourquoi, alors, ne pas le donner à des individus exposés à un très haut risque, à l'instar des partenaires de séropositifs, qui ont toujours des rapports sexuels ou peuvent être exposés à des blessures ouvertes de leur conjoint, ou à des professionnels du sexe ? Depuis trois-quatre ans, des études affirment que le risque de contamination pour les dites personnes diminue de 40 à 50 %. »

Le Truvada est-il un moyen efficace pour se prémunir totalement du virus du sida ? Et quels en sont les effets secondaires ?

« Le Truvada est deux fois moins efficace que le préservatif. En outre, le préservatif n'a aucun effet secondaire, alors que le Truvada diminue l'espérance de vie. Un effet toxique existe, notamment sur le système cardiovasculaire, ou sur la place de la graisse sur la peau.

En Belgique, aucune unité ne recommande l'usage du Truvada pour des gens qui n'ont pas été infectés. Néanmoins, les effets secondaires seront-ils aussi forts sur les individus qui ne sont pas malades ? Personne ne le sait. Dans le monde occidental, le préservatif est une précaution simple, non seulement pour se protéger du sida, mais pour se prémunir de toute autre maladie sexuellement transmissible.

Ainsi, plusieurs ONG accusent les Etats-Unis, qui délivrent le Truvada, de vouloir faire plaisir à l'industrie pharmaceutique qui le vend. Les agences européennes de sûreté du médicament se posent toujours la question du calcul avantages/risques, lié à la prise du médicament chez les gens non atteints du virus. Le Truvada ne soigne pas du sida, mais le met à distance. A l'heure actuelle, il n'est pas possible de se priver du préservatif. »

Les progrès scientifiques établis laissent-ils augurer l'éradication prochaine du virus du sida ?

« La prévention et la prise en charge des malades sont toujours difficiles dans les pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique du Sud et d'Europe de l'Est. Pour les séropositifs, il existe des antiviraux génériques, dont le coût a diminué de 10.000. Mais les ressources manquent. Ainsi, la science sait comment faire pour qu'un enfant dont la mère est atteinte du sida naisse sans le virus, à 99,9 %. Pourtant, plus de la moitié de ces enfants sont eux-mêmes séropositifs.

En Belgique, les dernières enquêtes sur la vie sexuelle des adolescents laissent entendre que les MST sont, pour une partie d'entre-eux, un risque inexistant, pour des raisons sociologiques ou religieuses. Dans le monde occidental, le risque en matière de sida est limité, mais existe. La plateforme 'Prévention sida' fait un beau travail, depuis de nombreuses années, mais elle manque d'argent. Le débat sur l'éducation sexuelle et affective des adolescents, dans le secondaire, est toujours vif. Le sida a été transformé en maladie chronique importante, mais contrôlable.

Par ailleurs, il existe une résistance aux médicaments, puisque le virus s'adapte. Peut-être que le Truvada ne vaudra plus rien dans 10 ans. En outre, n'oublions pas que les traitements doivent être pris à vie. Même avec des efforts de prévention et d'accès aux médicaments constants, il faudrait 60 ans pour éradiquer le virus.

Ainsi, désormais, dix équipes de scientifiques, dont une à l'ULB, travaillent sur des pistes pour guérir du sida, sans savoir quand ceci sera possible. En découvrant l'AZT, les chercheurs pensaient pouvoir tuer le virus. Et pourtant, il est encore là. Notre société se croit être débarrassée de la menace, mais se trompe totalement. Le sida est comme un incendie, dont la braise n'est pas encore éteinte. In fine, sortez couverts ! »

Martin Cangelosi (St.)