Myriam Leroy : « Les salopes et les grosses putes, tu réponds même pas »

Rédaction en ligne

vendredi 03 août 2012, 16:29

Depuis sa diffusion, le documentaire de Sofie Peeters suscite les passions. Lors d'un chat ce midi avec Myriam Leroy, les commentaires ont fusé. Comment réagir au harcèlement de rue ? Ignorer ou répondre ?

Myriam Leroy : « Les salopes et les grosses putes, tu réponds même pas »

Capture d’écran

Avant de répondre aux internautes, la chroniqueuse Myriam Leroy a tenu à mettre les points sur les i. D'abord il faut relativiser la soi-disante provocation. Et considérer le champ de la séduction sans faux-semblant :

@paul, qui écrivait : « Mesdames, dans 10 ans vous vous plaindrez car plus personne ne vous regarde. » Je crois que personne ne se plaint d'être regardé. Mais bien d'être lourdement et -surtout- agressivement abordé. Tout le monde aime plaire. Personne ne porte de faux-cils chez lui pour regarder le téléachat. Bien entendu qu'une fille qui s'habille sexy espère faire luire dans l'oeil des hommes (et des femmes, il n'y a pas de raison) une lueur de gourmandise. Mais personne ne souhaite qu'on l'aborde en demandant ses tarifs.

La question d'un éventuel côté aguicheur ou provocant chez certaines femmes a cristallisé une partie du débat. Un internaute s'est pris une volée de bois vert après avoir affirmé : « je pense que c'est un manque de respect de certains hommes mais néanmoins d'une part c'est de la provocation de certaines femmes de s'habiller en mini-jupe, décolleté plongeant etc. ». Ally @ piro : ce genre de commentaire me désole : non, une femme qui s'habille « sexy » ne le fait pas nécessairement pour obtenir des regards ou des propositions. Elle peut le faire juste pour elle-mêmeColine @piro : euh… parce qu'on met des mini-jupes et des décolletés, on est des p*tes ? Ca devait être toi dans la vidéo, non ?

Mais que répondre aux harceleurs/dragueurs/relous ?

Comment répondre au harcèlement de rue ? Que rétorquer aux gros dragueurs ? Comment réagir face aux insultes ?

Visiteur Harcèlement de rue : que répondre aux relous ? Rien. Ignorez-les. C'est la meilleure des réponses que vous pouvez leurs faire ;-)

Myriam Leroy @Visiteur : Personnellement, c'est ma technique. Ne rien dire, ne rien faire, faire semblant de ne pas avoir entendu, que la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe. Mais je peux comprendre qu'à la fin d'une journée chargée en petites vexations ordinaires, une fille ait envie de hurler et de rendre la monnaie de leur pièce aux « petits cons » qui lui ont miné le moral. Question d'évacuation de la frustration.

Et plus loin : Alors, la question : ignorer ou ne pas ignorer… Ignorer est sans doute le meilleur moyen d'avoir la paix. C'est aussi la seule réponse possible en cas de comportement vraiment agressif et inquiétant. Mon avis : les salopes et les grosses putes, tu réponds même pas. Ce n'est pas comme si le cerveau qui avait émis l'insulte était capable de saisir la pertinence de ta répartie. La seule chose à faire est de se consoler en pensant à la misère affective, sexuelle, et probablement, sociale et économique, de celui qui l'a prononcée.

L'ignorance, une forme de réponse. Mais pas la seule. Dans certains cas, l'humour et la repartie peuvent aussi faire mouche.

Myriam Leroy : Pour le reste, si t'es en forme, et que t'as conscience de répondre peut prolonger l'échange et le rendre de ce fait encore plus pénible, gâte-toi. On te siffle ? « HEY, t'as perdu ton chien ? » Ou : « Tu suces ? » « Heu, pas toi, en tout cas… »

Les internautes y sont aussi allés de leurs tuyaux, souvent avec humour : guest Pour « Fils de pute » : hé, je suis pas ton frère ! Ou, plus sobre : Domi Et dire « Vous aimeriez qu'un homme dise cela à votre mère ou à votre soeur ? »

Une autre façon de réagir : jouer à l'hystérique, une technique apparemment éprouvée : Cachou Quand c'est vulgaire, insultant et que vous en avez ras la casquette, vous déversez votre colère en hurlant comme une possédée contre le type, hihi, je vous assure qu'il vous regarde avec effraiement (et les gens autour aussi mais bon…) et il s'éloigne très très vite ni vu ni connu. On vous prend pour une folle mais on se sent beaucoup mieux après

Myriam Leroy @ Cachou : Il paraît que pousser d'affreux cris d'animaux est très efficace. Jamais essayé.

Myriam Leroy : Alors, pour en revenir au thème « Que répondre aux relous », puisque certains le réclament, je vous orienterais vers le chouette sketch de Bérangère Krief (le « plan cul régulier » de Bref). On lui dit « Ton père est un voleur, il a piqué toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux », elle répond « Toi aussi ton père est un voleur. Il a pris toutes les bonnes phrases d'approche et toi t'es obligé de dire de la merde. » Voilà le lien vers son cours de répartie.

Myriam Leroy : Sinon, pour bazarder un gêneur avec son traditionnel « vous êtes charmante » appuyé et lubrique, une copine conseille : « Oui, c'est pour ça que je ne sors qu'avec des princes, et t'as pas le profil. »

Comment aborder une fille sans passer pour un gros lourd ?

A Julien qui demande s'il est encore possible de plaire ou d'aborder une femme sans se faire passer pour un gros lourd, Myriam Leroy répond : Il me semble tout à fait possible d'aborder une femme sans passer pour un gros lourd. Le tout étant de le faire en finesse. Il ne faut pas se tromper de débat. Celui qui nous anime depuis quelques jours, initié par Sofie Peeters et son documentaire, fait état d'une violence permanente, entretenue par une société passive. Pas de quelques échanges flatteurs.

Visiteur se pose aussi la question : Comment être adéquat en abordant une dame dans le métro, dans la rue,. ?

Myriam Leroy : Déjà, éviter de le faire en bande. C'est une intimidation. Ensuite, tâter le terrain. La fille a-t-elle l'air angoissée, timorée, fermée, ou tout simplement, pressée ? Dans ce cas-là, vaut même pas essayer. Sinon, un sourire, un « excusez-moi de vous déranger » permettent une approche en douceur. Et puis balancer un gentil compliment, tendre un bristol avec son numéro (plutôt que harceler pour que la fille donne le sien)…

La drague de trottoir, voire les insultes, une spécificité belge ?

Barcabxl Je vis à Barcelone depuis 2 ans, et ici je n'ai jamais eu ce genre de problème alors qu'a Bruxelles… c'est omniprésent dans certains quartiers ! Choc de culture, problème d'éducation et de civisme… Je pense qu'il est vraiment temps que ce problème soit abordé afin de pouvoir poser des actions concrètes ! Il faut que ce genre de projet puisse être pris en main par les communes et les associations, amenés vers les citoyens.

Même écho chez Karolina : En Espagne, quand les hommes vous interpellent c'est pour vous dire que vous êtes belle ! La femme n'est pas un objet, elle est belle par sa féminité, ce qui la différencie de l'homme !!! Pourquoi ne peut-on pas le montrer et en être fière ? A Bruxelles, j'essaye de sortir « couverte » lorsque je ne suis pas accompagnée !

Myriam Leroy @Barcabxl : Effectivement, c'est l'écho que j'en ai aussi. Je reviens ainsi d'une semaine au Québec, une société que je connais un peu pour avoir fait mon Erasmus là-bas. A Montréal (et ailleurs), les filles sont pratiquement nues dans la rue. Et personne ne les embête. Si d'aventure, un lourdaud viendrait à être insultant et/ou insistant, quelqu'un viendrait automatiquement à son secours. De tels comportements n'y sont pas socialement tolérés, contrairement à chez nous. Nous vivons dans une société tellement permissive à cet égard, tellement machiste, qu'il a fallu attendre le reportage d'une fille « de la rue » pour s'en émouvoir. Que les journalistes n'ont jamais cru bon de se pencher sur un phénomène qui n'est pas nouveau, et qui empoisonne le quotidien de toutes les femmes, jeunes ou vieilles, moches ou belles.

guest @Myriam, effectivement au Québec, ils ont été assez choqués par cette histoire et Mylène Gilbert-Dumas, écrivaine québécoise, compte écrire un livre sur le sujet…

Le lourdaud appartient à toutes les couches de la société

Aude signale @alca3010 Nan mais faut arrêter de faire des amalgames hein… moi j'ai déjà été abordé irrespectueusement par des Belges ou « caucasien »

Myriam Leroy @Aude : petites tranches de vie : Au festival Les Ardentes, début juillet, un homme m'a mis la main aux fesses sous la jupe. C'était un caucasien. (…)

Bix La question que je me pose le plus sur ce sujet, et que je brûle de poser à ces relous, c'est : « est-ce que ça MARCHE » ? est-ce qu'une seule fois, juste une, il y a une fille qui a trouvé l'approche en mode « hey salope tu suces ? » adéquate à ses paramètres de séduction ?

Myriam Leroy @ Bix : On peut se consoler en se disant, comme le précise un jeune homme interrogé par Sofie Peeters, que dans 99 % des cas, la technique du harcèlement ne fonctionne pas (et se désoler pour les filles qui représentent le % restant)

« C'est le mec qui a un problème, pas la femme »

Mr Wang s'offusque de certains commentaires machistes du chat : Et bien, quand je vois certaines réactions, je me dis qu'on est en train de vivre doucement mais sûrement un monde rétrograde. Quand une femme qui s'habille légèrement, mais normalement se fait insulter par un mec, c'est le mec qui a un problème, pas la femme. Certains mecs sont choqués par la manière dont les femmes sont habillées ? Et bien, qu'ils ne la regardent pas. Je vois très très très rarement une femme qui s'habille de manière provocante, même en boîte de nuit, alors dans la rue, encore moins !

Myriam Leroy @ Mr Wang : C'est effectivement prendre le problème par le mauvais bout. Le problème, en cas de viol, c'est le violeur, pas le vagin. Pour l'homophobie, c'est l'homophobe, pas l'homo. Pour le racisme, c'est le raciste, pas l'étranger… etc etc

Une prise de conscience salutaire pour prêter main-forte aux victimes

Myriam Leroy @Anne « Comment se battre efficacement, voilà la question » : D'abord en conscientisant, ce que parvient à faire Sofie Peeters grâce à sa salutaire démarche. Ensuite en faisant en sorte que l'agresseur passe pour un attardé mental plutôt qu'un fier téméraire. Il serait temps que la foule sorte de sa léthargie et que tout le monde, hommes et femmes, prête systématiquement main-forte aux victimes du harcèlement de rue. On commence demain ?

François nuance cependant, selon lui, il est parfois difficile d'oser réagir et défendre une femme harcelée : A propos de réagir et de prêter main-forte à la victime de harcèlement en rue… plus facile à dire qu'à faire… Un homme qui s'interposerait risque fort une mise à tabac en règle par les harceleurs et ses « frères » ou « cousins »… Désolé, mais se retrouver à l'hôpital (ou pire) pour une insulte ou une main aux fesses… Bof !

Myriam Leroy @François : Cela ne se produirait pas si TOUS les passants étaient solidaires. Faut éduquer les masses à sortir de leur léthargie coupable.

atily fait remarquer : quand je vois tous les remous que cette histoire provoque, je me dis je dois vraiment vivre dans une bulle parce que je n'ai jamais été témoin de telles situations dans la rue

Myriam Leroy @ atily : Etes-vous un homme ou une femme ? Il est difficile pour un homme de se rendre compte de l'ampleur du phénomène, notamment parce qu'il se fait beaucoup plus discret quand la femme est escortée. Question de taille des attributs, je pense.

Et plus loin, au même François, Myriam Leroy pointe l'intérêt du documentaire de Sofie Peeters à ses yeux : effectivement, à l'heure actuelle, c'est dangereux de se rebiffer. Espérons que l'oeuvre de Sofie Peeters fera réagir. Son plus grand mérite : montrer aux hommes une réalité que leur simple présence aux côtés des femmes (leurs copines, leurs compagnes…) a tendance à estomper.